C'est l'un des seuls gros coups sur un marché des transferts plus morose que jamais : Alexandros Kaklamanos poursuit sa progression linéaire. Il y eut, d'abord, un Charleroi moribond. Ensuite, une équipe de La Gantoise qui représentait déjà un pas en avant. Et, aujourd'hui, le Standard, bombardé û comme d'habitude û bonne surprise... possible pour la saison à venir. Quelles sont les chances de succès du Grec en bord de Meuse. Nous avons interrogé quelques témoins privilégiés.
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C'est l'un des seuls gros coups sur un marché des transferts plus morose que jamais : Alexandros Kaklamanos poursuit sa progression linéaire. Il y eut, d'abord, un Charleroi moribond. Ensuite, une équipe de La Gantoise qui représentait déjà un pas en avant. Et, aujourd'hui, le Standard, bombardé û comme d'habitude û bonne surprise... possible pour la saison à venir. Quelles sont les chances de succès du Grec en bord de Meuse. Nous avons interrogé quelques témoins privilégiés. L'entraîneur du Standard ne cache pas qu'au moment de contacter Alexandros Kaklamanos, il ne comptait déjà plus sur Ole-Martin Aarst. Les faits lui ont donné raison, puisque le Norvégien a quand même finalement quitté Sclessin. Dominique D'Onofrio : " Pour moi, il était clair qu'Ole-Martin Aarst ne serait plus chez nous à la reprise des entraînements. Il avait suffisamment exprimé son désir de retourner au pays. Il était dès lors logique que je songe à une solution de remplacement. Aarst est toujours là et rien ne dit qu'il ne fera pas toute la saison avec nous : tant mieux, cela va aiguiser la concurrence en attaque. Avouez qu'il y a du beau monde devant : Kaklamanos, Bangoura, mais aussi Cavens et El Yamani. Il est pratiquement acquis que je n'alignerai, cette saison, que deux attaquants spécifiques. Quatre joueurs répondant à ce profil sont sur la ligne de départ et il va donc falloir se battre pour être dans l'équipe. Ajoutez-y Walasiak et Moreira, qui sont aussi susceptibles d'évoluer en attaque. Je vois deux aspects très positifs à cette richesse offensive : la concurrence ainsi que la possibilité d'offrir des plages de repos à certains joueurs fatigués. En fin de saison dernière, il y en a qui auraient eu bien besoin de souffler mais que j'ai dû laisser dans l'équipe parce que je n'avais pas de remplaçants du même niveau. Je pense notamment à Aarst, qui était sur les genoux. Je ne peux pas encore porter un jugement définitif sur Kaklamanos. Ce n'est pas après quelques entraînements qu'un coach peut connaître convenablement un joueur. Il y a longtemps que je le suivais attentivement, mais on ne peut pas avoir un avis tranché sur un footballeur si on ne le voit pas tous les jours sur le terrain d'entraînement. Toutefois, ce qu'il a montré depuis la reprise des entraînements est prometteur. Il semble avoir une excellente mentalité. Il a directement été adopté par le groupe, et notre capitaine, Dragutinovic, l'a immédiatement pris sous son aile. C'est important, pour un nouveau venu, d'avoir un point de repère dans le groupe. En regardant Kaklamanos à l'entraînement, j'ai l'impression qu'il était déjà chez nous la saison dernière, tellement il semble bien adapté. Et il est très réceptif. Je ne l'ai pas encore vu râler après qu'un entraîneur ou un joueur lui ait fait une remarque. Sur un plan purement footballistique, il me confirme ce que je connaissais de lui : il dégage une puissance extraordinaire et, balle au pied, il n'est pas mauvais du tout. Il sait conserver un ballon et donner une bonne dernière passe. Quant à son jeu de tête, on le connaît. Globalement, je le comparerais à Lukunku. Pour le jeu de tête, c'est kif-kif, même si Lukunku était sans doute capable de s'élever un peu plus haut quand il était en pleine possession de ses moyens. Lukunku était aussi un peu plus puissant, plus redoutable sur les appels en profondeur. Par contre, Kaklamanos me semble plus fort sur le plan technique. Pour résumer ses qualités, je dirais que c'est un footballeur, très, très complet dans les 30 dernières mètres. Il a tout pour nous permettre de pratiquer le style de jeu que j'ai en tête. Un style Standard avec des appels en profondeur, des débordements et de la pénétration dans l'axe. Nous avons prouvé par moments, la saison passée, que nous étions capables de marier jeu par les flancs et par l'axe (avec Moreira et Walasiak principalement). Kaklamanos ne peut être qu'un renfort pour pratiquer le football que je veux ramener à Sclessin ". Le médian international de La Gantoise se sent un peu orphelin depuis que Kaklamanos a signé au Standard. Et il affirme qu'il n'est pas le seul à ressentir ce vide. Gaby Mudingayi : " En arrivant au premier entraînement de la reprise, j'ai directement demandé si tout était en ordre entre le Standard et Gand d'une part, entre la direction liégeoise et Kaklamanos d'autre part. Quand on m'a dit qu'il était définitivement parti là-bas, j'ai été triste parce que ce joueur occupait une place importante dans notre vestiaire. Il était essentiel dans le groupe tout en étant discret. Il n'est pas du style à aller vers les autres, à se confier ou à partir dans de grands éclats de rire à la moindre blague, mais il faisait remarquer, à sa façon, qu'on pouvait toujours compter sur lui. Pour moi, il était une espèce de guide et de point de repère sur la pelouse. Quand je n'étais pas bien dans le match, quand je manquais de confiance, je lui demandais ce que je devais faire. Il me répondait que je devais jouer simple, lâcher ma balle, faire jouer les autres, etc. Je n'étais pas le seul à m'adresser à lui en priorité, en cas de coup dur. Il avait de bons rapports avec tous les joueurs de notre groupe, je ne lui connaissais pas d'ennemis. Grâce à sa personnalité, mais aussi à ses qualités sportives : avec lui devant, on savait qu'on pouvait à tout moment balancer des centres dans le rectangle, qu'il parviendrait régulièrement à en faire un bon usage. Il serait intéressant de compter le nombre de ballons que Jacky Peeters lui a expédiés depuis le flanc droit. Kaklamanos va laisser un vide énorme à Gand ". Thierry Siquet a affronté plusieurs fois Alexandros Kaklamanos au cours des trois dernières années. Il ne se souvient pas avoir connu de difficultés particulières face au Grec. Thierry Siquet : " C'est un joueur plus que puissant. Quand on a une stature pareille, on est toujours susceptible de faire des dégâts dans une défense. Kaklamanos est redoutable de la tête, que ce soit face ou dos au but. Et il marque facilement. Quand on met près de 40 buts en trois saisons avec Gand, ça veut dire qu'on a de sacrées qualités. Le point positif, pour le défenseur qui doit le museler, c'est qu'il ne se déplace pas beaucoup. Ce n'est pas un attaquant qui va vous balader de gauche à droite pendant une heure et demie. Il ne quitte pratiquement jamais l'axe du jeu. Pour avoir de bonnes chances d'émerger face à lui, il faut un bon jeu de tête et du répondant physique. Avec Kaklamanos, on doit s'attendre à des duels d'hommes. Mais il ne vous épuise pas par ses déplacements. Le défenseur doit aussi savoir lui montrer, dès les premières minutes, qu'il est là, bien dans le match. Quand on prend l'ascendant sur Kaklamanos dans les premiers duels, il a tendance à se décourager et il connaît un passage à vide. Il peut alors rater des ballons faciles. Mais il est comme tous les bons attaquants : il finit toujours par revenir dans le match. Il a certainement le niveau pour jouer dans le haut du classement en Belgique. De là à dire qu'il va s'imposer au Standard, je ne m'avancerai pas. On fera le bilan dans quelques mois. Je me pose des questions quand je vois l'effectif offensif des Liégeois : Bangoura, Kaklamanos et Cavens sont tous des attaquants au profil comparable û même si Cavens peut se décaler plus sur la gauche. C'est aux dirigeants du Standard qu'il faut demander s'ils auront vraiment l'utilité de Kaklamanos. Il faudra aussi l'alimenter dans de bonnes conditions. Il correspond tout à fait au portrait de l'avant qui dépend de ses coéquipiers. Ce n'est pas lui qui fera la différence sur une action individuelle. S'il ne reçoit pas de bons ballons devant le but, il ne pourra pas faire grand-chose. Pour moi, il a en tout cas plus le style de Bruges que celui du Standard. Je ne sais pas s'il a assez de qualités pour évoluer dans une équipe qui vise le titre, mais le système brugeois est taillé sur mesure pour lui : c'est typiquement l'attaquant qui peut se positionner à la réception de ballons venant des ailes ". Manu Ferrera a connu Kaklamanos à Charleroi, à l'époque où le Grec découvrait notre D1. Mais il n'a jamais côtoyé le vrai Kaklamanos... Manu Ferrera : " Souvenez-vous de cette fameuse prime qu'il devait encaisser s'il était repris 21 fois sur la feuille d'arbitre. Quand je suis arrivé au Sporting, à trois mois de la fin du championnat, Kaklamanos approchait de ce total. Et c'était tout un bazar parce que la direction n'avait plus rien en caisse et était donc incapable de lui verser sa prime. On m'a signalé le problème mais on ne m'a jamais interdit de l'aligner. C'était à moi de prendre mes responsabilités. J'ai tranché et je me suis passé du joueur. Parce que je ne le trouvais pas motivé et parce que j'estimais que Rojas lui était alors supérieur comme centre-avant. Je ne pensais pas raisonnable de débourser autant d'argent pour faire de Kaklamanos mon quinzième homme, d'autant que nous étions alors bien engagés sur la voie du sauvetage. Je lui ai proposé de convertir sa prime de participation en prime de maintien, mais il a refusé. Bref, je ne l'ai pas connu dans de bonnes conditions. Le vrai Kaklamanos, je ne l'ai découvert qu'à La Gantoise. Un tout autre joueur que celui que j'avais dirigé à Charleroi. Là-bas, il est devenu une valeur sûre du championnat de Belgique. Pour moi, c'est le meilleur pivot du pays avec Bangoura. Je suis d'ailleurs curieux de voir ce que leur association va donner au Standard. Ce sera difficile, tellement leur profil est similaire. Ils n'ont pas le même gabarit mais ils pratiquent le même jeu. La seule différence, c'est que Kaklamanos utilise énormément sa tête alors que Bangoura prend presque tout de la poitrine, même quand ça lui vient à hauteur du front... Mais, Kaklamanos, c'est aussi autre chose qu'un joueur de tête. Il sait très bien se servir de ses pieds. Il use de sa force et de son gabarit pour lui-même, mais aussi pour faire marquer ses coéquipiers. Il a clairement le niveau pour évoluer dans n'importe quelle équipe belge du haut du classement ". Le manager de Kaklamanos revient sur les circonstances du transfert de son poulain à Sclessin. Si les négociations se sont éternisées, ce n'est que pour une question d'agenda. Freddy Luyckx : " L'affaire a effectivement un peu coincé, mais c'était seulement dû aux vacances de Kaklamanos. Entre les deux clubs, il y a vite eu un accord. Le Standard a déboursé une somme de transfert : logique à partir du moment où Kaklamanos était encore sous contrat pour deux saisons à Gand. Quand il est rentré d'un premier séjour à l'étranger, il ne s'est pas retrouvé dans la proposition du Standard. Directement, il est alors reparti en congé pour une dizaine de jours. Ensuite, il a retrouvé la Belgique le mercredi, et le vendredi, tout était en ordre. Finalement, les négociations n'ont donc pas duré très longtemps. Les deux parties ont tout fait pour tomber d'accord. Si Kaklamanos était toujours resté en Belgique, tout aurait pu être réglé en une petite semaine. Un délai plus que raisonnable, donc. J'étais le seul manager reconnu pour traiter ce transfert, je me suis seulement fait aider par un ami de Kaklamanos. Il n'est plus du tout lié à Bojo Ban ou à Milan Mandaric, qui s'occupaient de lui quand il est arrivé en Belgique. Dès que j'ai pris son dossier en mains, j'ai veillé à ce qu'il soit tout à fait libre. Je voulais traiter en toute transparence. Cela facilite évidemment les choses. Plusieurs clubs se sont intéressés à lui cet été. Il y avait notamment une offre de Grèce. Mais il avait une idée fixe : porter le maillot du Standard ". " Kaklamanos doit nous aider à retrouver le style Standard " (Dominique D'Onofrio)" Il dépend toujours énormément des autres " (Thierry Siquet)