Quand Robert Waseige (70 ans) et Bertrand Crasson (38 ans) se retrouvent dans les salons cosy de Sport/Foot Magazine pour discuter le coup, les bons mots sont automatiquement de sortie. La truculence du Liégeois face à l'impertinence du Bruxellois, voilà pour faire court, la coloration de ce qui suit. Mais au-delà de la simple joute verbale, il y a la qualité de nos deux invités, très fins observateurs de notre Jupiler League.
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Quand Robert Waseige (70 ans) et Bertrand Crasson (38 ans) se retrouvent dans les salons cosy de Sport/Foot Magazine pour discuter le coup, les bons mots sont automatiquement de sortie. La truculence du Liégeois face à l'impertinence du Bruxellois, voilà pour faire court, la coloration de ce qui suit. Mais au-delà de la simple joute verbale, il y a la qualité de nos deux invités, très fins observateurs de notre Jupiler League. Dans son rôle de consultant pour Belgacom TV, le Berre reste au plus près de l'actualité du football belge tandis que Bob-The-Coach conserve son regard acéré sur les choses. Qu'il s'agisse d'évoquer la crise du Standard, la prise de pouvoir d'Anderlecht ou les difficiles relations entre les deux directions, nos deux snipers nous ont fait part de leurs vérités... souvent éloignées du discours ambiant. Analyse sans langue de bois. Waseige : C'est vrai. Mais Lucien D'Onofrio a, je trouve, réussi à désamorcer une bombe qui aurait normalement explosé dans beaucoup de clubs. Et puis, le Standard a une excuse indiscutable : les blessures chez des joueurs essentiels. De plus, les défenseurs brésiliens, Felipe et Victor Ramos, sont arrivés trop tard. Ils ont été contraints et forcés de sauter dans un train en marche. Waseige : Oui, même si d'après moi, la défense est le secteur le plus préoccupant. Waseige : Je ne crois pas. Je suis persuadé que le duo Felipe-Ramos peut s'avérer très complémentaire. Ramos a pour lui la vitesse et l'anticipation. Felipe est davantage dans le marquage strict sur l'attaquant le plus en pointe. Et il est puissant. Je crois qu'on les juge trop durement. Crasson : Ce qui est plus surprenant, c'est de voir Marcos commettre cette saison des erreurs de positionnement grotesques. Alors que, pour moi, il est intrinsèquement le meilleur back droit en Belgique. Bon, c'est vrai qu'il est dépendant de la forme de Wilfried Dalmat qui semble totalement absent depuis l'été. Même chose à gauche, Landry Mulemo en prend pour son grade, surtout depuis sa glissade à Arsenal, alors qu'on ne peut pas lui reprocher de ne pas mouiller le maillot. Waseige : Pendant plusieurs matches, on a senti que Mulemo était un peu dans le brouillard. Mais à sa décharge, on ne lui a jamais accordé énormément de confiance non plus. Waseige : C'est le rendement qui importe en football et non l'image. L'image ne parle pas pour lui, il n'a pas la classe d'un Dante, mais il est certainement capable d'avoir un rendement suffisant. Waseige : Certainement. Onyewu a fait trois orphelins en défense. C'était un mormon finalement ( il rit). Au-delà des joueurs, il y a l'aspect disciplinaire. Les joueurs se permettent beaucoup de choses aujourd'hui. Ce n'est pas propre au Standard. Mais quand les résultats ne suivent pas, ça ressort et cela fait écho auprès du grand public. Waseige : Defour, c'est la formidable démonstration du gars qui ne sera jamais autant apprécié en jouant qu'en étant absent. Son absence a aussi été un coin refuge pour tout le monde. Crasson : Defour avait endossé le rôle de celui qui savait doser une rencontre : accélérer quand il le fallait, temporiser au bon moment, etc. Ce type de joueurs est très rare. Toutefois, ça n'explique pas l'irrégularité des autres cadres. Exemple frappant : le but que le Standard encaisse face à Roulers. C'est hallucinant le manque de réaction de Momo Sarr sur cette action. On a l'impression qu'il laisse filer Joeri Dequevy... Crasson : Pour moi, Igor de Camargo est le joueur le plus important des Liégeois. Avec Defour, il est l'âme de cette équipe. C'est quelqu'un qui a énormément progressé depuis son arrivée du Brussels. Son volume de jeu est impressionnant, il défend, arrache les ballons, c'est un meneur. On n'a pas, selon moi, assez mis en avant son absence. Pour ce qui est de Milan Jovanovic, même s'il est critiqué, c'est 10 buts, le meilleur buteur du championnat... Seul Dieumerci Mbokani a semblé véritablement hors du coup, en tous les cas en championnat. Crasson : Certains joueurs ont vu et pensé trop haut. Laszlo Bölöni l'a très bien rappelé à plusieurs reprises. Certains sont convaincus qu'avec deux ou trois saisons en D1 et quelques matches de coupes d'Europe, ils courent avec une étiquette de 10 à 15 millions d'euros sur le dos. Alors qu'ils sont encore très loin du top. Waseige : On est tous d'accord pour dire que le gros problème du Standard dans cette première moitié de saison, c'est une malchance presque chirurgicale mais cela étant, je suis persuadé qu'il y a un problème de mentalité dans le chef de certains. Quelques garçons montent sur le terrain sans être conscients de l'événement. Crasson : Le travail de Bölöni doit consister depuis la reprise à retrouver un état d'esprit. Il faut que les Witsel, Dalmat, Sarr, Mbokani, se remettent en question. Si c'est le cas, le Standard reviendra très vite. Waseige : Je crois que le groupe doit redéfinir les objectifs à court terme et penser résultats. Si le coach avait demandé à ses joueurs de jouer la sécurité dans certaines rencontres, de fermer boutique, ils auraient plus de points aujourd'hui. Mais je suis sûr que parmi ses petits soldats, certains auraient renâclé à faire le gros dos. Waseige : Le public a un bon sens certain. Mais je ne dirais pas que c'est uniquement la faute aux stars. D'ailleurs, il n'y a pas de stars, il n'y a que des starlettes... au mieux. Crasson : Fin de cycle de quoi ? Parce que tu as été deux fois champion ? Un cycle c'est le Milan de Franco Baresi, Paolo Maldini, Frank Rijkaard, Ruud Gullit, Marco van Basten. Là on peut parler de cycle parce que tu as tout gagné sur la durée. Pas au Standard où il ne faut pas oublier qu'ils ont été champions la deuxième fois parce que Anderlecht n'a pas été capable de gagner à Tubize. Il faut aussi remettre les choses à leur place. Crasson : Non. Je ne crois qu'on puisse sciemment vouloir la peau du coach. Waseige : Non plus, mais on peut être moins agressif, ne plus être des guerriers comme c'est le cas actuellement. Voilà pourquoi je ne comprends pas que Benjamin Nicaise ne joue pas plus. Lui c'est un guerrier, un leader. Crasson : Je ne comprends pas non plus. Les salopards dont parlait Bölöni, Nicaise en fait partie. Des joueurs de ce type, qui peuvent être durs sur le terrain, sont indispensables, surtout quand ça ne va pas. Waseige : S'il y a un joli coup à faire, peut-être. Transférer parce qu'un joueur est bon, c'est une politique ridicule : on transfère un joueur parce qu'on en a besoin. Crasson : Je crois surtout que le plus important est de remettre de l'ordre dans la baraque. Que les dirigeants dirigent, que le coach coache et que les joueurs jouent. Quand les joueurs ont tendance à vouloir coacher cela ne va plus. Il faut qu'ils pédalent et se taisent. Crasson : Je ne suis pas d'accord avec ceux qui disent que le noyau manque de qualité. On a vu en coupe d'Europe que cette équipe était capable de bien jouer au foot. Même si au final, c'est un gardien qui les qualifie. Mais bon à Anderlecht, où tout semble plus rose, c'est un gamin de seize ans qui les sauve. Waseige : Oublions Ricardo Rocha, j'ai par exemple trouvé que la venue d'Olivier Dacourt était une très bonne chose. Qu'un joueur aussi collectif, aussi généreux vienne s'ajouter, cela ne pouvait pas faire du tort. Evidemment, il s'est rajouté à la liste des... blessés. Crasson : Il y a une efficacité qui est là et se vérifie au niveau du bilan comptable. Pour autant, on ne peut pas dire qu'Anderlecht survole le championnat et que son jeu est chatoyant à chaque sortie. Indiscutablement, la défense a joué un rôle considérable dans les bons résultats. D'abord, ils ont enfin un très bon gardien avec Silvio Proto. Et concernant le quatre défensif, des replacements importants ont eu lieu. Jelle Van Damme joue aujourd'hui au milieu et Olivier Deschacht a retrouvé son flanc gauche. On peut dire tout ce qu'on veut, Deschacht n'est pas un arrière central. Et puis, le duo Ondrej Mazuch-Roland Juhasz prouve qu'il est complémentaire. La ligne arrière reste cependant perfectible. Contre Zagreb, à domicile, Anderlecht a pris un but dans le match où il ne fallait surtout pas encaisser. L'équipe n'est pas encore capable de geler un résultat. Waseige : A droite, Guillaume Gillet, même s'il monte en puissance, n'est pas encore achevé dans son jeu défensif. Il doit définitivement se convaincre que son avenir se situe là. Et je pense que c'est ce qu'il est en train de se dire. Gillet à l'arrière droit, c'est quatre à cinq buts par an s'il joue une saison complète. Ce n'est certainement pas négligeable. Waseige : Il faut surtout souligner l'avènement des jeunes comme Cheikhou Kouyaté ou Bouba Saré. Et la prise de responsabilités de Lucas Biglia. J'ai vu l'Argentin donner plusieurs fois des excellents ballons dans la profondeur. Crasson : Biglia, il a le beau jeu pour lui, pied droit-pied gauche, une technique au-dessus de la moyenne, etc. Alors maintenant qu'il a Saré ou Kouyaté à côté de lui pour faire le sale boulot, il doit donner plus offensivement. A l'époque, on a tué Walter Baseggio pour les mêmes raisons qui font qu'aujourd'hui on encense Biglia. Walter marquait pourtant près de dix buts par an, Biglia n'est qu'à quatre depuis son arrivée à Anderlecht... L'Argentin donne parfois l'impression de ne pas vouloir marquer davantage, alors qu'il a une superbe frappe de balle. Contre l'Ajax, il est allé vers l'avant et on a vu qu'il était parfaitement capable d'évoluer haut dans le jeu. Waseige : En un contre un, Biglia esquive puis il donne. Eliminer, il n'aime pas ou ne sait pas, car probablement, il n'a pas la vitesse pour ça. Waseige : Prenez quelqu'un comme Tom De Sutter qui fut à un moment numéro trois dans la hiérarchie. C'est un joueur que j'adore, qui a tellement de qualité : il a la puissance, il est très bon dans le jeu aérien, sait faire jouer les autres, et sait où le but se trouve même s'il en a raté une pelletée. Ça en dit long sur la richesse offensive de l'équipe. Waseige : D'abord, pour expertiser un phénomène il faut être très fort ( il rit). Moi, je me contente d'admirer, il est magnifique. Et quelle santé mentale ! On sent qu'il est parfaitement bien dans son short. Crasson : Physiquement il est exceptionnel. Je l'ai vu déchirer des défenseurs expérimentés. Puis, techniquement, ce n'est pas mauvais du tout. Il perd rarement le ballon, joue bien des deux pieds. Evidemment qu'il peut encore progresser, au niveau de sa touche de balle par exemple. Faut aussi bien se rendre compte de ce qu'il vit. Un soir, il est ovationné par 25.000 personnes et se retrouve le lendemain en classe. Chapeau qu'il parvienne à garder la tête froide. Waseige : Lukaku, c'est la démonstration d'un environnement familial sain, qui n'a pas grillé son enfant pour l'appât du gain. Waseige : Non. Il me fait quelque peu penser à Roger Claessen avec la vitesse en plus chez Romelu. Claessen n'était pas lent mais il était davantage un joueur de rectangle. Lukaku peut davantage se déplacer dans le jeu. Waseige : Son attitude m'impressionne. Elle ne laisse paraître aucun relâchement. Et cela se répercute sur les joueurs. On le sent revanchard. Crasson : C'est surtout le système qui est plus osé. Quand Anderlecht n'utilisait qu'un seul avant de pointe, le jeu était bien trop stéréotypé, surtout à domicile. C'est l'arrivée de Mbark Boussoufa qui a en quelque sorte imposé ce seul avant puisqu'il se coltinait le flanc gauche. Si vous n'avez pas deux véritables ailiers, une pointe rend les choses plus faciles pour une défense. Aujourd'hui, Boussoufa a davantage de liberté et le jeu n'en est que plus intéressant. Waseige : Les bons résultats d'Anderlecht m'ont en tous les cas permis de relire des déclarations d'Herman Van Holsbeeck qui pendant un bon bout de temps ne parlait plus. Sans doute que lui aussi a voulu abandonner, aller pointer ( rires). C'est important de sortir de son mutisme. Les joueurs se sentent mieux, se sentent plus forts quand, au-dessus, ça rigole à nouveau... "Onyewu a fait trois orphelins en défense. C'était un mormon, finalement. (Waseige)""De Camargo est le joueur le plus important du Standard. (Crasson)"