S'il foule la pelouse ce soir contre la Croatie, Romelu Lukaku deviendra le troisième Diable le plus jeune de l'histoire. A 16 ans, il trône déjà en tête des buteurs du championnat de Belgique après avoir accroché le troisième accessit au Soulier d'Or. Lui qui n'a fêté sa première titularisation que le 20 septembre dernier contre Gand. En quelques mois, il est devenu la nouvelle star du championnat et même de notre football. L'Europe entière se l'arrache. Contre Bilbao, il a encore marqué des points devant les émissaires de Chelsea, Manchester United, Manchester City, Arsenal, Tottenham, Bayern Munich, Hambourg, PSV et Bordeaux. D'autres clubs étaient présents mais ils semblent déjà hors course tant le joueur a acquis une dimension internationale.
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S'il foule la pelouse ce soir contre la Croatie, Romelu Lukaku deviendra le troisième Diable le plus jeune de l'histoire. A 16 ans, il trône déjà en tête des buteurs du championnat de Belgique après avoir accroché le troisième accessit au Soulier d'Or. Lui qui n'a fêté sa première titularisation que le 20 septembre dernier contre Gand. En quelques mois, il est devenu la nouvelle star du championnat et même de notre football. L'Europe entière se l'arrache. Contre Bilbao, il a encore marqué des points devant les émissaires de Chelsea, Manchester United, Manchester City, Arsenal, Tottenham, Bayern Munich, Hambourg, PSV et Bordeaux. D'autres clubs étaient présents mais ils semblent déjà hors course tant le joueur a acquis une dimension internationale. En Belgique, on n'avait plus vu pareil phénomène depuis Enzo Scifo, Vincent Kompany n'évoluant pas à un poste à forte visibilité. Les médias se bousculent au portillon. Que ce soit en Belgique ou à l'étranger. " Je reçois de 30 à 40 demandes par semaine pour lui ", explique le responsable de la communication d'Anderlecht, David Steegen. " Cela va des interviews classiques à la presse people, en passant par des sessions photos d'étudiants en photographie ou des participations à des talk shows. On lui demande d'intervenir à des allocutions dans les écoles ou à faire acte de présence dans des ASBL africaines. Il y a de plus en plus de demandes de l'étranger comme la BBC, Sky ou l'UEFA qui produit également du contenu et qui voulait le suivre pendant deux jours. On a refusé. " Toute sollicitation n'arrive pas qu'à Anderlecht. Les médias passent également par la famille. " Les demandes peuvent être très ridicules ", dit son papa, Roger Lukaku. " Car les gens veulent exploiter son image. Mais j'ai récemment reçu plusieurs demandes étrangères (un média portugais, un italien, plusieurs quotidiens anglais, et l'agence de presse Reuters). " Le marché belge est donc devenu trop petit. Les médias nationaux s'en sont d'ailleurs rendu compte et tentent de se positionner dans la masse... tout en n'ayant pas d'interview en tête à tête puisque Anderlecht a décidé de protéger sa pépite. " A un moment donné, on a dû se poser la question de savoir comment traiter le phénomène ", explique Christophe Berti, chef du service sport du Soir. " On se trouvait face à un gamin de 16 ans qui est devenu en moins d'un an la vedette (certains disent même le sauveur) du football belge. On a choisi de faire un énorme portait de Lukaku en se demandant comment il était devenu une vedette. " Depuis son éclosion, les mots de Lukaku sont d'autant plus recherchés qu'ils se font très rares. " Les règles sont claires. Conjointement avec sa famille, on a décidé de ne pas donner d'interviews individuelles ", se défend Steegen. " Il a 16 ans et il est encore un peu enfant. On veut qu'il se concentre sur ses études et sur l'aspect sportif. La deuxième raison, c'est que si on lui laisse accepter des interviews, il ne fait plus que cela. Le joueur est également conscient des risques. A La Manga, lors du stage hivernal, on avait décidé de lâcher un peu de lest et d'accorder trois-quatre sessions d'interviews. On l'avait même mis devant la presse espagnole. C'est lui qui est venu me demander d'arrêter car il était fatigué... "" A La Manga, j'ai eu la chance d'être parmi les privilégiés ", raconte Rudy Nuyens, journaliste au Laatste Nieuws. " Mais à l'époque, il m'avait déjà dit qu'il avait un accord avec le chef de la communication d'Anderlecht pour que ce soit sa dernière interview de la saison ! " " On essaye de le protéger ", renchérit son papa. " Cela ne veut pas dire qu'on le coupe de tout. On lit les journaux ou le télétexte et on le met devant le fait accompli. Quand on parle de lui dans les journaux, on en rigole ou on en parle sérieusement mais on ne le lui cache pas. Sinon, le jour où les barrières vont tomber, il va être perturbé. "Cette situation est inédite. Jamais un club belge n'a gardé sous l'éteignoir un joueur aussi longtemps. " C'est un phénomène comme on en a connu peu en Belgique ", lâche Berti, " J'ai vécu l'éclosion de Kompany mais il était plus adulte dans sa tête et Anderlecht beaucoup moins armé. Je me souviens être allé chercher Kompany au pied de son immeuble et l'avoir emmené au restaurant pour une interview de trois heures. Même si cela ne fait pas nos affaires et que je préférerais l'avoir tous les jours en interview, je trouve qu'Anderlecht gère bien Lukaku. Le club a beaucoup appris de Kompany et d' Anthony Vanden Borre. A cette époque-là, Anderlecht était dépassé par l'intérêt médiatique. " " Avec Vanden Borre, cela n'avait pas fonctionné avec la presse. Anderlecht ne veut plus que cela se reproduise ", ajoute Nuyens. La télévision est logée à même enseigne. " On a préféré suivre le papa qui allait un soir voir Romelu jouer et le lendemain son fils cadet ", explique Pierre Deprez. " A partir du moment où tous les médias sont sur un pied d'égalité, il faut se distinguer les uns des autres... " " On construit médiatiquement et sportivement un adolescent sérieux et on met autour de lui une série de barrières ", analyse Gérard Derèze, professeur à l'UCL et membre de l'Observatoire du récit médiatique. " Se pose alors la question : faut-il une préservation totale, un camp retranché ou une exposition modéré ? Derrière cette question se cache également un élément sportif : une relative exposition peut-elle nuire à son amélioration sportive ? En plus d'un élément marchand : si le club le laisse partir en sucette, le vendra-t-il moins cher ? Je trouve que c'est plutôt sage comme comportement même si on ouvre la porte à quelques dérives, certains médias voulant avoir accès à l'information par quelques détours. " Anderlecht veut donc protéger son joueur. Le club ne lâchera son poulain face à la meute médiatique qu'une fois armé. " Il faut l'éduquer dans sa communication de manière à ce qu'il ne commette pas d'impair ", concède son manager Christophe Henrotay. " On le prépare petit à petit à se comporter face aux médias ", reconnait Steegen. " Il commence à communiquer à travers nos supports privés ( RSCA.TV et Purple Heart). Je lui donne quelques conseils. Je lui dis par exemple de ne parler que de lui, pas des autres. Je lui montre quelques exemples comme Chelsea. On a analysé ce que John Terry avait dit récemment et comment il avait géré sa crise personnelle sur le plan médiatique. " Peut-on parler de censure dans le chef d'Anderlecht ? " Je ne pense pas ", modère Derèze. " On n'est pas dans le cas où un club oblige ses joueurs à se taire pendant une période. Là, on comprendrait que la presse remue ciel et terre pour avoir accès à l'information. Dans le cas Lukaku, si un journal brise le tabou ou l'interdiction, il va à l'encontre des intérêts du gamin. "La presse belge comprend et respecte la décision du club jusqu'à un certain point. Nuyens : " Je ne comprends pas pourquoi, après un match comme celui de Bilbao par exemple où il marque un but et donne un assist, on ne l'emmène pas en zone mixe. Là, tous les journaux seraient servis et mis sur un pied d'égalité pour cinq minutes de réaction. Il est assez intelligent. Je ne crois pas qu'il sera bousculé par deux ou trois questions de journalistes. "" S'il n'y avait pas eu cette barrière, je ne sais pas quel enfer il aurait connu ", dit Deprez. " Car l'intérêt fut crescendo. L'attention n'est jamais retombée. Il y a eu son premier match, son premier but, son premier but européen, la qualification et maintenant sa première sélection. "" La presse belge est modérée ", poursuit Derèze. " On n'est pas dans l'effervescence ni dans la situation où le football accapare tout l'espace médiatique comme dans les pays du sud ou en Angleterre. "Le sociologue du sport, Jean-Michel Dewael abonde dans le même sens. " La presse belge (ou française) respecte encore certaines limites. A partir du moment où un sportif atteint ce niveau, il est impossible d'éviter l'hypermédiatisation et le fait que tout le monde veuille le protéger rajoute à la médiatisation. Il y a une part de secret, d'où une certaine gourmandise médiatique. En Angleterre où le libéralisme règne en maître, les clubs protègent leurs joueurs mais ceux-ci sont traqués par une presse plus agressive. " Le phénomène Lukaku est donc loin d'être monté en épingle dans notre pays. " On a l'impression qu'on vit dans une société dans laquelle les médias mettent en avant un certain nombre de personnes qui ne le méritent pas ", dit Derèze. " Or, l'éclosion de Lukaku n'est pas un élément de surface ni un produit de marketing. Elle est liée à quelque chose de professionnel. Il y a une logique de préparation. L'éclosion est rapide mais elle résulte d'un processus de travail. "Si Lukaku fait parler de lui, c'est donc en raison de ses performances hors du commun. Pas d'un effet de mode. Derèze : " On peut juste concéder qu'il y a un appel d'air qui fonctionne parce qu'il y a de la place à prendre. Si le football belge se composait d'une flopée de stars, on en parlerait moins. "Mais la presse a-t-elle déployé un dispositif plus fourni par rapport à celui mis en place lors des éclosions de Scifo, Kompany ou Walter Baseggio ? " Le contexte économique est différent. Il y a des années, les engouements étaient plus locaux. On disait d'un joueur qui explosait à Marchienne qu'il allait jouer à Charleroi. On ne parlait pas de Manchester après deux bons matches comme maintenant ", précise Derèze. " Les médias ont changé. L'intérêt et le nombre de pages consacrées au championnat ont augmenté ", affirme Berti. " Et pourtant le niveau du championnat a baissé. Lors de la finale des Belges à l'Euro 80, Le Soir avait consacré une page à l'événement. Inimaginable maintenant. " Si l'intérêt médiatique se fait sentir, d'autres paramètres permettent de situer Lukaku dans le buzzomètre. Les scouts, les managers et les sponsors se bousculent au portillon. " C'est tout à fait normal qu'il suscite les convoitises ", avance Henrotay. " Il a 16 ans et est en passe de devenir le meilleur buteur du championnat belge. Il y a beaucoup de demandes mais les gens comprennent très vite notre manière de fonctionner. "" Dès qu'il a signé son contrat avec Anderlecht, on s'est mis d'accord pour que toutes les demandes passent par le club ou son manager ", précise Roger Lukaku. " On a reçu beaucoup de demandes de sponsoring mais pour le moment, il n'a signé qu'un seul contrat avec Adidas. "Au sein d'Adidas Benelux, on reste discret même s'il semble que la firme allemande ait fait le forcing pour mettre Lukaku sous contrat. Son physique, son caractère multiculturel (il est d'origine congolaise et est parfaitement bilingue) en fait des arguments de vente indéniables. La famille a discuté avec Nike mais à Anderlecht, " les joueurs sont vivement conseillés de jouer avec Adidas puisque la firme est l'équipementier officiel du club ", avoue Henrotay. A part cela, la famille pèse le pour et le contre. Et priorité est donnée aux études avant les parades publicitaires. Pourtant, la demande est telle que le clan va bientôt s'agrandir. " Nous sommes en contact avec quelqu'un qui va centraliser toutes les sollicitations commerciales et qui va également s'occuper de son site internet ", explique Roger Lukaku. " Si je laisse tout passer par moi ou son agent, il y aurait un peu de désordre. "Son profil plaît également à de nombreuses associations caritatives. Sur ce terrain, la famille marche sur des £ufs. Si elle refuse, Romelu Lukaku risque de passer pour quelqu'un d'ingrat mais elle ne peut décemment tout accepter. Alors, on agit davantage sur des coups de c£ur. Comme avec l'association congolaise Observatoire Ba Ya Ya, qui aide les jeunes d'origine congolaise en difficulté à Bruxelles. Lukaku a répondu positivement à l'appel de cette association. " Dans l'avenir, il faudra essayer de cibler les projets. Dans la lignée de ce que Vincent Kompany a fait en allant au Congo. " La machine est donc lancée mais risque-t-elle de s'enrayer ? " Tout concourt à la préservation ", conclut Derèze. " Son club dit qu'il ne faut pas aller trop vite, on insiste sur son environnement familial et même le sélectionneur national dit de lui qu'il n'est pas une super-vedette. Tout est balisé. "" On ne pourra pas le protéger indéfiniment ", dit Berti, " Plus il va grandir, plus il va décider lui-même de sa communication. Ce qu'il accepte à 16 ans, pas sûr qu'il l'acceptera à 20. Il faut maintenant attendre le premier contrecoup car pour le moment tout lui réussit. Il va également subir ses premières critiques et généralement, le regard des gens changent quand vous arrivez en équipe nationale. Tout d'un coup, on attend davantage de vous. "" A un certain moment, il va falloir qu'on puisse suivre le gamin, l'interroger ", dit Deprez. " Le club va devoir ouvrir une soupape. Sinon, il finira par avoir les paparazzis sur le dos. "Par Stéphane Vande Velde"Je reçois de 30 à 40 demandes d'interview par semaine pour lui. (David Steegen)"