Dimanche 7 septembre, le soleil s'invite à la journée portes ouvertes du Standard. C'est à l'ombre d'une tente, derrière la tribune terril, que BenjaminMarquet (réalisateur) et BrieuxFérot (producteur) se sont installés. Face aux deux Frenchies, une jeune famille montoise découvre la bande-annonce du film qu'ils ont consacré aux supporters rouches. Le jeune papa discute avec les auteurs, son épouse tend l'oreille. A quelques mètres, les joueurs du Standard. Et assis sur une chaise, rouge bien sûr, il y a Francis, l'un des principaux personnages du documentaire, l'archiviste, l'homme aux 100.000 articles consacrés au Standard, découpés soigneusement, rangés et conservés depuis 35 ans. Une pièce de sa maison est un vrai musée voué au club, avec ses collections de livres, les fanions, les maillots, les photos signées et dédicacées. L'histoire du club et son histoire sont deux réalités inséparables depuis que le Standard s'est emparé de sa vie à six ans, la première fois où son père l'a amené au stade. Les autres gosses regardaient distraitement, lui était totalement absorbé. C'est comme s'il avait été possédé, en un sens positif comme il précise, par " quelque chose au-dessus du stade ". C'est peut-être cette réalité mystérieuse, qui unit les supporters, que le film Standard tente de rendre. Il s'agit de faire partie d'une réalité plus grande que soi et d'échapper ainsi aux limites de sa vie individuelle.
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Dimanche 7 septembre, le soleil s'invite à la journée portes ouvertes du Standard. C'est à l'ombre d'une tente, derrière la tribune terril, que BenjaminMarquet (réalisateur) et BrieuxFérot (producteur) se sont installés. Face aux deux Frenchies, une jeune famille montoise découvre la bande-annonce du film qu'ils ont consacré aux supporters rouches. Le jeune papa discute avec les auteurs, son épouse tend l'oreille. A quelques mètres, les joueurs du Standard. Et assis sur une chaise, rouge bien sûr, il y a Francis, l'un des principaux personnages du documentaire, l'archiviste, l'homme aux 100.000 articles consacrés au Standard, découpés soigneusement, rangés et conservés depuis 35 ans. Une pièce de sa maison est un vrai musée voué au club, avec ses collections de livres, les fanions, les maillots, les photos signées et dédicacées. L'histoire du club et son histoire sont deux réalités inséparables depuis que le Standard s'est emparé de sa vie à six ans, la première fois où son père l'a amené au stade. Les autres gosses regardaient distraitement, lui était totalement absorbé. C'est comme s'il avait été possédé, en un sens positif comme il précise, par " quelque chose au-dessus du stade ". C'est peut-être cette réalité mystérieuse, qui unit les supporters, que le film Standard tente de rendre. Il s'agit de faire partie d'une réalité plus grande que soi et d'échapper ainsi aux limites de sa vie individuelle. Tout a débuté à Paris, en 2008, lors d'une interview des frères Dardenne pour le mensuel de cinéma So Film. Brieux Férot découvre alors la passion des réalisateurs liégeois pour le Matricule 16 et pour la figure fascinante et tragique de RogerClaessen, le joueur de foot " intello " passionné de littérature, de musique, le joueur légendaire et proche, avec qui les supporters pouvaient discuter après le match, boire un verre entre potes. Brieux Férot se rendra pour la première fois dans la Cité Ardente pour dresser le portrait de Claessen dans SoFoot, c'est dans cette dynamique que l'idée d'un documentaire sur le Standard s'impose au journaliste. Habitué des villes qui respirent et transpirent le football, sur le terrain et dans les gradins, Brieux Férot avait déjà décrit pour le mensuel français la ferveur de la Bombonera à Boca Junior et le quotidien des fans des Addicks de Charlton. Dès son arrivée à Liège, le Français découvre la convivialité, la chaleur et la simplicité du public du Stade Maurice Dufrasne." Ma première fois à Sclessin a été une sorte de révélation, je ne sais pas comment l'expliquer... " Ce n'est pas le niveau assez faible qui le marque, mais la forte solidarité entre les supporters rouches dans un contexte socio-économique morose, où pour certains, payer sa place au stade n'est pas un acte anodin. Il décide alors de contacter Benjamin Marquet, réalisateur de Lads et jockeys. " Brieux m'a appelé et m'a dit : -Il se passe quelque chose au Standard de Liège, il y a un truc particulier, viens voir ", se rappelle Benjamin Marquet. " Je suis venu, j'ai vu, j'ai aimé et je lui ai tapé dans la main. " En novembre 2012, après avoir sollicité toutes les sources de financement possibles, le réalisateur quitte Paris pour s'installer à Liège avec sa compagne et leur fille de 6 mois, que rejoindra bientôt une seconde fille. Vivre aux côtés de ceux qui ont la réputation d'être le meilleur public de Belgique, à proximité de la gare des Guillemins, à quelques minutes de son lieu de tournage, c'était un devoir. " Pour réaliser un documentaire, il faut créer une relation de confiance avec ceux que l'on va filmer ", explique Benjamin Marquet. Aucun contrat ne lie le réalisateur et ses personnages, ceux-ci ne touchent pas de salaire. Il faut vaincre leur résistance légitime et les convaincre qu'ils ne seront pas les objets du réalisateur mais les sujets d'un film, des personnages à part entière. Et pour cela, il faut du temps. Brieux Férot : " Ça n'a pas toujours été facile de rentrer dans l'intimité des supporters. Au départ, les gens sont sur leurs gardes face à des Parisiens venus voir comment ça se passe. " Benjamin Marquet : " J'ai passé énormément de temps sans caméra avec eux mais au total, la caméra n'est là que 5 à 10 % du temps passé. À partir du moment où tu demandes aux gens de t'offrir une partie de leur vie, intime la plupart du temps, tu es obligé de le faire d'une manière juste. " C'est peut-être ce lien tissé dans la durée qui permet aux auteurs de rendre sensible et visible la dignité des gens ordinaires, comme un film des Dardenne ou une chanson de Brel. On est loin des clichés du supporter véhiculés par certains médias, loin aussi de l'image négative dénoncée par FrédéricPaulus (du Fan Coaching de la Ville de Liège) qui réduit trop souvent le supporter rouche à un mec violent. Pas de mecs ici, mais des enfants, des femmes, des hommes, très ordinaires, et que ne distingue que le degré de leur passion. Il y a le jeune " ultra " dont la longue marche vers le stade ouvre le film ; Francis, l'archiviste ; Nadine, la Bruxelloise prof à l'ICHEC, qui ne loupe pas un match depuis 44 ans, fière de ses diplômes de supportrice ; Chris, le leader de Do or die, un groupe de métal, et sa fille Lily. Et puis Sébastien et ses enfants, Amandine et Junior. Sébastien est considéré comme le plus grand supporter du Standard, et peut-être de Belgique. En plus de 15 ans, il n'a raté qu'un seul déplacement, à Belgrade, en Coupe d'Europe. En voix off, sa fille nous apprend sa grave maladie qui l'éloigne des stades. " Mon père, c'est un vrai supporter. Quand il pleure après une défaite, il dit : -Tu peux pas comprendre. " Il y a aussi la mythique T3, les ultras (le PHK et les Ultras Inferno) et le boulot immense qu'ils abattent jour et nuit. Benjamin Marquet : " Aux ultras, il a d'abord fallu leur montrer un premier montage du documentaire avant qu'ils ne m'autorisent à les filmer en tribune. " Mais il y a également quelque chose d'exceptionnel dans la situation géographique du Standard, le caractère central de son enceinte dans le paysage avoisinant. Brieux Férot : " La verticalité des alentours, le terril, les hauts fourneaux, on descend vers le stade. Le stade s'inscrit dans la ville, contrairement aux récentes structures situées en périphérie comme le Stade de France, construit à l'extérieur de la ville parisienne. " Et puis il y a le club avant tout, pas étonnant que nos deux voisins français se soient sentis si proches de ce public. Benjamin Marquet : " À un moment, les supporteurs ont commencé à me reconnaître aux abords du stade, ils savaient que j'étais là pour réaliser un documentaire, que j'étais français et tout, pourtant ils m'ont considéré comme l'un des leurs. " Aujourd'hui, à l'opposé de cette dimension locale, les joueurs circulent, comme des marchandises que l'on vend et achète, et les clubs se dématérialisent, se délocalisent. Ils ne sont plus liés à une ville, à une région et à son histoire, ils cherchent à avoir la plus grande extension possible dans le monde. Les grands clubs à l'ère de la mondialisation n'ont plus leur lieu dans une ville, ils ne jouent plus seulement pour les supporters dans leur stade, ils se situent dans un espace virtuel, ils jouent pour les caméras, pour les sponsors, pour des fans sans corps, sans histoire, des footix, comme on dit. Brieux Férot : " Au Standard, le public partage encore une expérience collective, participe ensemble à cette production culturelle géante. C'est la défense d'une identité. "Il n'y a qu'un club pour eux. Ils lui sont liés à la vie à la mort, dans la joie et la douleur. Le club avant tout. Pas étonnant qu'ils s'en sentent les propriétaires, l'âme, et le coeur. " N'oublions pas que c'est la beauté des gens qui fait le stade ", conclut Benjamin Marquet. PAR AZIZ AIT HMADTout a débuté à Paris en 2008, lors d'une interview des frères Dardenne. " Ma première fois à Sclessin a été une sorte de révélation, je ne sais pas comment l'expliquer... " Brieux Férot, producteur