Parce que les murs des vestiaires ne sont pas hermétiques aux événements qui se produisent dans les bureaux, cela fait de longs mois qu'en chaussant leurs crampons, les Rouches se confient sur leurs doutes. Il y a bientôt deux ans, alors que Michel Preud'homme fait encore la loi sur le banc de Sclessin, des cadres du groupe liégeois s'incitent ainsi mutuellement à aller voir ailleurs à la première occasion. Leurs agents leur rapportent que la situation du club sent le roussi. Un sentiment confirmé par le retard du paiement des primes à la signature, part importante de leur salaire annuel, et renforcé par le refus de l'octroi de la licence, finalement accordée en appel par la CBAS quelques semaines plus tard. Les discours de rattrapage se multiplient, mais l'image est écornée. Si le Standard évoque alors une incompréhension par la Commission des Licences d'un document concernant la vente du stade à la nouvelle Immobilière du Standard de Liège imaginée par Bruno Venanzi, cette péripétie est aussi la preuve que sans cet argent frais qui doit arriver sur les comptes rouches, le club ne peut plus assurer sa continuité. Tout, par la suite, suivra la trajectoire d'un monument incapable de financer ses travaux de réfection jusqu'à perdre inexorablement de sa grandeur.
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Parce que les murs des vestiaires ne sont pas hermétiques aux événements qui se produisent dans les bureaux, cela fait de longs mois qu'en chaussant leurs crampons, les Rouches se confient sur leurs doutes. Il y a bientôt deux ans, alors que Michel Preud'homme fait encore la loi sur le banc de Sclessin, des cadres du groupe liégeois s'incitent ainsi mutuellement à aller voir ailleurs à la première occasion. Leurs agents leur rapportent que la situation du club sent le roussi. Un sentiment confirmé par le retard du paiement des primes à la signature, part importante de leur salaire annuel, et renforcé par le refus de l'octroi de la licence, finalement accordée en appel par la CBAS quelques semaines plus tard. Les discours de rattrapage se multiplient, mais l'image est écornée. Si le Standard évoque alors une incompréhension par la Commission des Licences d'un document concernant la vente du stade à la nouvelle Immobilière du Standard de Liège imaginée par Bruno Venanzi, cette péripétie est aussi la preuve que sans cet argent frais qui doit arriver sur les comptes rouches, le club ne peut plus assurer sa continuité. Tout, par la suite, suivra la trajectoire d'un monument incapable de financer ses travaux de réfection jusqu'à perdre inexorablement de sa grandeur. Depuis, il y a eu une saison et demi, et presque plus de banderoles que de victoires. Les premières avaient pris pour cible PhilippeMontanier, un coach français au jeu pragmatique. Déconnecté des supporters qui ne pouvaient pas garnir les tribunes pour exprimer leurs attentes footballistiques, le Normand s'emporte lors d'une rencontre avec les Ultras, et récolte les mots fleuris de son public quelques jours avant son licenciement: "Montanier, souviens-toi du temps où tu étais gardien de but... Dégage." Déjà, la direction n'est pas épargnée, visée sous forme d'un triumvirat qui serait formé par Preud'homme, BenjaminNicaise et MogiBayat, en un slogan tout aussi direct: "Reprenez vos chèvres et cassez-vous." Si Preud'homme s'en va quelques mois plus tard, et que l'implication de l'aîné de la fratrie Bayat dans les transferts suivants est presque inexistante, Benjamin Nicaise est chargé par ses dirigeants de faire le ménage parmi la foule d'excédentaires. L'ancien milieu de terrain trouve des portes de sortie, parfois provisoires, pour ObbiOularé ou EdenShamir. Par contre, des joueurs classés indésirables par le coach MbayeLeye comme les "tauliers" que sont MehdiCarcela, MaximeLestienne ou NoëDussenne ne trouvent pas preneur, pas plus que KostasLaifis ou GojkoCimirot, pourtant proposés à gauche et à droite à chaque fenêtre de transferts. En interne, on déplore aujourd'hui que certains joueurs sont encore présents au club alors qu'ils réclament un départ depuis deux ou trois mercatos, sans que les têtes pensantes soient parvenues à leur trouver une solution satisfaisante pour toutes les parties. Le marasme est profond, et les résultats l'amplifient. En mai dernier, les banderoles font leur retour avant un match disputé pour l'honneur face à Ostende, à l'occasion de la dernière journée de play-offs 2 bâclés. Nicaise, Preud'homme et Venanzi restent au coeur de la cible, rejoints par AlexandreGrosjean, le CEO du club. Dans une lettre publiée par les Ultras en prélude de la rencontre, ainsi que d'un rendez-vous entre la direction et les représentants des supporters, on réclame "que des hommes forts prennent place comme directeur général et sportif, ce qui ne semble pas être le cas aujourd'hui. On veut des guerriers." Bruno Venanzi promet l'arrivée prochaine d'un nouvel investisseur, ainsi que celle de transferts "à la SergioConçeição" pour encadrer les talents qui sortent enfin à nouveau du SL16 Football Campus. Mbaye Leye et son staff réclament eux aussi une dose d'expérience, et soumettent une liste de routiniers du championnat belge, mais se heurtent autant à la précarité financière qu'aux visions diamétralement opposées entre le coach et son directeur sportif. Finalement, AronDønnum, ses 23 ans et 102 matches chez les professionnels font office de recrue la plus expérimentée de l'été. Le Norvégien peine à s'adapter et ne s'épanouira ironiquement qu'après le départ de Benjamin Nicaise, écarté pour un mercato jugé en-deçà des attentes et une atmosphère conflictuelle entre Leye et lui devenue invivable au quotidien. Libéré de soucis extra-sportifs, que le club aurait mis trop longtemps à gérer correctement, Dønnum est devenu l'une des valeurs sûres du Standard de LukaElsner, arrivé à Sclessin par l'intermédiaire de Mogi Bayat cet automne. Le Franco-Slovène et son nouveau staff découvrent alors un groupe meurtri par des mois de bouleversements tactiques, en plein naufrage psychologique et en retard sur le plan physique. L'ampleur du chantier nécessite du temps, celle du calendrier n'en donne pas. Les déconvenues s'enchaînent, entrecoupées de rares et timides éclaircies, jusqu'à une claque historique infligée par le rival carolo qui fait déborder les tribunes. Privés de déplacement à l'Antwerp par les nouvelles mesures de la Pro League, de leur place à Sclessin par les décisions du Standard suite à l'interruption du choc wallon, les Ultras retrouvent leurs outils de prédilection. Bombes rouges et noires sur bâche blanche, de nouvelles banderoles viennent fleurir les bords de Meuse. Cette fois, Bruno Venanzi n'échappe plus du tout aux critiques. Le président, auparavant appelé à prendre des mesures, est désormais en première ligne. Après la défaite face aux Zèbres, il a ainsi patienté au coeur du stade avant de quitter Sclessin en catimini. Alexandre Grosjean est une nouvelle fois envoyé au front pour expliquer des décisions qui ouvrent le conflit avec les tribunes liégeoises. De leur côté, les Ultras appellent au boycott des prochaines rencontres. Déjà clairsemées depuis le début de saison, les travées de la Cité Ardente pourraient bien sonner creux pour la venue du Beerschot ce mercredi. Du pain bénit pour ceux qui regardent le club s'affaiblir afin de le croquer le plus facilement possible dans les semaines ou les mois à venir. "Bruno Venanzi doit prendre ses responsabilités et partir", déclare ainsi l'homme d'affaires liégeois FrançoisFornieri dans les colonnes de La Meuse, répétant son souhait d'être impliqué dans l'avenir du club en compagnie de son associé favori, LucienD'Onofrio. Si la direction du Standard a toujours pris soin de ne pas réagir aux affirmations de Fornieri, la chasse à l'investisseur reste une réalité du quotidien présidentiel. "Bruno Venanzi travaille énormément pour trouver des partenaires avec lesquels s'associer, et il avance", déclarait en juin dernier Alexandre Grosjean. Depuis, le président a déclaré dans les colonnes de la Dernière Heure que le bout du tunnel était en vue pour le début de l'année 2022, sans pour autant que les autres membres du club n'en sachent plus sur un dossier qui ressemble parfois à des écrans de fumée. À l'heure actuelle, aucun accord ne serait effectivement bouclé, et les derniers événements pourraient rebattre les cartes. Là où Venanzi a longtemps privilégié la piste d'une revente de 49% de ses parts, le président songerait désormais à revendre l'intégralité du club face à la situation devenue ingérable avec un public qu'il a longtemps maîtrisé. Certains dossiers restent cependant des entraves à la résolution rapide d'une telle transaction. D'abord, le fait que le stade ne soit plus la propriété du club refroidit une partie des candidats potentiels. Le scénario d'une revente totale, stade compris, n'est pas totalement exclu du côté de Sclessin, mais le montant exigé serait alors important pour permettre à tous ceux qui ont placé leurs économies dans l'Immobilière de s'y retrouver avec un rachat précoce. Plus délicates sont les affaires en cours, générales et particulières. Sur le plan global, la réforme du régime fiscal des footballeurs pourrait compliquer le quotidien des clubs belges, et donc amenuiser fortement le pouvoir d'attraction d'un championnat considéré comme bon marché par les grandes puissances étrangères. En ce qui concerne uniquement le Standard, ce sont les possibles retombées de l'affaire Edmilson qui constituent un frein à l'intérêt d'investisseurs potentiels, effrayés par la perspective d'une interdiction momentanée de transfert. En attendant de voir de nouvelles bourses renflouer leurs comptes, les dirigeants rouches doivent donc continuer à vendre. Après HugoSiquet, le nom de NicolasRaskin est l'un de ceux qui surgit le plus souvent pour redonner le sourire à la comptabilité liégeoise à l'aube d'un mercato où le staff sportif a fixé l'aile gauche comme poste à renforcer en priorité. Sur la pelouse du Bosuil, c'est effectivement SamuelBastien qui a arpenté le couloir gauche du dispositif principautaire, avec à la clé une prestation plus courageuse qu'enthousiasmante. Et au bout d'une rencontre chamboulée, trois points inattendus qui donnent à Luka Elsner et à ses hommes l'occasion de respirer. Pas sûr que Bruno Venanzi et Alexandre Grosjean puissent en dire autant.