La charmante Kitty est soulagée: elle va enfin pouvoir préparer sereinement son mariage avec Jurgen Cavens, programmé le 11 mai prochain. Depuis Marseille, où elle séjournait depuis le mois de septembre, ce n'était pas simple car tout restait à faire: la robe, les invitations, les détails pratiques.
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La charmante Kitty est soulagée: elle va enfin pouvoir préparer sereinement son mariage avec Jurgen Cavens, programmé le 11 mai prochain. Depuis Marseille, où elle séjournait depuis le mois de septembre, ce n'était pas simple car tout restait à faire: la robe, les invitations, les détails pratiques.Jurgen et Kitty avaient quitté la Belgique comme des voleurs. Sans prévenir. Elle travaillait dans la boutique familiale et avait à peine eu le temps d'embrasser ses parents. Le transfert fut réglé à la vitesse de l'éclair. A la fin du mois de décembre, le Standard, l'O.M. et le joueur ont à nouveau pris tout le monde de court: Jurgen Cavens retrouve Sclessin. "Je suis parti sans pouvoir faire mes adieux aux joueurs de Marseille", rigole Cavens. "Le Standard est en panne d'attaquants et c'est pour moi une opportunité unique de m'imposer ici. La perspective d'une qualification pour la Ligue des Champions me motive comme jamais. Cette fois, je devrais avoir plus de chances de jouer qu'en début de saison. A moi de prouver sur le terrain que je peux faire oublier Ole-Martin Aarst". L'ex-Lierrois était arrivé à Sclessin en juin 2001. Vite blessé à un orteil, il ne disputa même pas un match complet avec les Rouches. Bernard Tapie le voulait au Stade Vélodrome. Et, dès le transfert officialisé, il mit une pression énorme sur ses épaules. "Je n'ai pas eu Jardel, mais j'ai maintenant Cavens pour marquer des buts", lança le boss de l'O.M. "Sa comparaison ne m'a vraiment pas perturbé", signale Jurgen. "Au contraire, j'y voyais une marque de confiance. Depuis que Tapie m'a vu en finale de la Coupe contre le Standard, il s'est toujours intéressé à moi. Je n'allais pas me laisser démonter par ce que lui ou d'autres racontaient à la presse". Pour Jurgen et Kitty, les premiers jours en bord de Méditerranée furent pourtant pénibles. La Provence ne réserva pas à l'ancien Diable Rouge l'accueil à une star.Jurgen Cavens: Je sais qu'on a beaucoup parlé, en Belgique, de mes premiers jours très difficiles à Marseille. C'est vrai que j'ai souffert. J'étais en fait arrivé au plus mauvais moment: le club était en pleine crise. Il venait déjà de consommer son deuxième entraîneur depuis le début de la période de préparation: Ivic était parti avant même la première journée de championnat, puis Anigo avait été viré juste avant mon arrivée. Vous aviez été accueilli comme un chien...Bernard Tapie avait envoyé son chauffeur à l'aéroport. Il m'a emmené au stade, où j'ai dû patienter deux heures pour pouvoir passer les tests physiques. Personne ne me connaissait, on me regardait de travers parce que personne ne savait ce que je venais faire là. Quand je me suis retrouvé sur le terrain pour mon premier entraînement, personne n'a pris la peine de me présenter aux joueurs. J'étais comme un chien dans un jeu de quilles. Difficile à vivre, évidemment. J'ai pleuré comme un gosse. Le soir, j'ai appelé Michel Preud'homme pour lui annoncer que je rentrais dès le lendemain en Belgique. Mais ma fiancée m'a dit de mordre sur ma chique. Preud'homme aussi. Ils m'ont convaincu de patienter et tout a fini par s'arranger. Les dirigeants se sont excusés et m'ont promis que tout allait rentrer dans l'ordre, que je trouverais vite mes marques. Finalement, je me suis très bien adapté.Un accord verbal avec D'OnofrioCavens à Marseille, ce fut l'un des temps forts de la campagne des transferts en Belgique!J'ai été aussi étonné que vous quand on m'a proposé d'aller à Marseille. Ma seule préoccupation, à l'époque, était de revenir dans le coup après m'être fracturé un orteil lors de mon premier match amical avec le Standard. Quand Luciano D'Onofrio m'a demandé si j'étais toujours d'accord de quitter Liège pour Marseille, je me suis souvenu que je m'étais engagé à aller éventuellement à l'O.M. en cours de saison. Ce n'était pas une clause de mon contrat mais simplement un accord verbal entre lui et moi. Michel Preud'homme m'a expliqué que ce serait une excellente chose pour mon développement. Il m'a convaincu que j'aurais plus de chances de jouer ici qu'au Standard, à cause du nombre élevé d'attaquants qu'il avait dans son noyau. Je suis parti en me disant que je n'avais pas échoué au Standard et que j'y reviendrais en fin de saison avec un beau bagage supplémentaire. Je rentre plus tôt que prévu sans rien regretter: ce fut une expérience fantastique, humainement et sur le plan du foot. Si, à l'avenir, on me propose à nouveau une opportunité pareille, je n'hésiterai pas une seconde: je prendrai mon sac et je m'en irai.Pourquoi aviez-vous pris cet accord oral avec D'Onofrio?Vous connaissez beaucoup de joueurs qui refuseraient l'idée d'un transfert éventuel dans un club comme Marseille? C'était un cadeau tombé du ciel. Je n'avais rien à perdre. Dans le pire des cas, je ne jouais pas et je me retrouvais au Standard en fin de saison avec toutes mes chances de m'y imposer par la suite. Je ne pouvais de toute façon pas régresser en travaillant tous les jours dans un club comme l'O.M. Quand vous vous frottez durant toute la semaine à Frank Leboeuf, vous faites des progrès énormes. Pendant mes quatre mois là-bas, j'ai appris plus qu'au cours de mes trois dernières années au Lierse. J'ai progressé dans mon football, mais surtout au niveau mental: j'ai appris à tirer mon plan, je me sens beaucoup plus indépendant qu'avant de partir.Marseille n'est quand même pas le club idéal pour une première expérience à l'étranger quand on n'a que 23 ans!Quand je suis parti, beaucoup de gens en Belgique ont dit que je reviendrais vite au pays. Leur prouver qu'ils avaient tort, c'était une motivation supplémentaire pour moi. Je me retrouvais en face d'un défi énorme, très excitant. Je suis déjà de retour après quatre mois, mais je suis un autre homme et un autre footballeur. Je ne considère pas mon court séjour là-bas comme un échec. Le seul but que j'ai inscrit en match officiel, en championnat contre Lorient, restera même à coup sûr l'un des plus grands moments de ma carrière, avec la victoire en finale de la Coupe de Belgique avec le Lierse et ma première apparition dans le noyau des Diables Rouges, lors du tournoi en Asie avec Georges Leekens.Coupé du monde à MarseilleTout oppose le côté familial du Lierse et l'instabilité chronique de Marseille...J'étais effectivement conscient d'avoir quitté une bande de copains pour me retrouver dans un professionnalisme pur et dur. A Marseille, quand on s'entraîne, on est carrément coupés du monde. Il y a des barrières énormes tout autour du complexe d'entraînement et des gardes qui veillent à ce qu'aucun supporter ne puisse rentrer. C'est mieux comme ça, car les fans de l'O.M. peuvent être très mauvais quand les résultats ne suivent pas (il grimace). Le Lierse restera à jamais le club de mon coeur. J'y ai passé 11 ans, j'y suis devenu pro à 17 ans, j'ai connu cinq ans de D1 avec l'équipe Première, j'ai été champion et j'ai marqué deux buts en finale de la Coupe de Belgique. Tout cela ne s'oublie pas. Mais il était plus que temps de tourner la page. Toute ma génération s'était mise à plafonner: Hoefkens, Daems, Somers, Cavens.Pour quelles raisons?Sans doute parce que nos entraînements n'étaient plus adaptés. Nous n'étions plus dans des conditions idéales pour progresser. Par rapport à ce que j'ai connu à l'O.M., c'est le jour et la nuit. Au Lierse, je m'entraînais dur une dizaine d'heures par semaine. A l'O.M., on tournait à une moyenne de quinze heures. C'était moins intensif, mais beaucoup plus complet. Chaque séance durait près de deux heures et demie, et on y travaillait tous les aspects du football: physique, technique, tactique, phases arrêtées, etc. Rien que l'échauffement durait une quarantaine de minutes: ça veut dire beaucoup de choses. Globalement, c'était moins épuisant qu'au Lierse, mais on apprend beaucoup plus comme cela.Est-ce pour cette seule raison qu'on n'a plus jamais revu le grand Jurgen Cavens depuis la finale de la Coupe contre le Standard, en 1999?Il y avait aussi la pression qu'on mettait sur mes épaules. Il y avait deux boucs émissaires tout désignés pour expliquer les mauvais résultats du Lierse, au cours des deux dernières saisons: Eric Van Meir et moi. Tout simplement parce que nous étions les deux buteurs de l'équipe. Dès que le Lierse ne tournait pas, c'était la faute de Cavens et de Van Meir. C'est difficile à supporter. On m'imposait des responsabilités que je n'étais pas encore prêt à assumer. En fait, j'ai commis l'erreur de rester au Lierse après la victoire en Coupe. Pour moi, il était déjà temps de partir à ce moment-là. Je suis resté parce qu'on avait su me convaincre qu'à mon âge, je pouvais encore apprendre énormément dans un club pareil. Mais je n'ai plus du tout progressé entre-temps. On peut comprendre qu'un jeune joueur fasse un petit pas en arrière après être arrivé très vite au sommet. Mais dans le cas des Lierrois de ma génération, le recul a été terrible.En revenant au Standard, vous pensez aussi à la Coupe du Monde?Ah, l'équipe nationale... Je suis actuellement très loin du compte (il rit). Je ne dois certainement pas y penser dans l'immédiat. Je n'ai plus été appelé depuis le match contre St-Marin en février, et il n'y avait évidemment aucune raison de me sélectionner lors de mes derniers mois au Lierse. Je sais que si je confirme ma bonne forme avec Marseille, Waseige me suivra de nouveau. Le seul problème, c'est que je devrai reporter mon mariage si je suis sélectionné pour le Mondial. Mais bon, je le ferais de bon coeur (il se marre). Pierre Danvoye