Le monde du football du chef-lieu de la province du Hainaut a des soucis. Destiné à vivre une saison tranquille, l'AEC Mons se débat dans les profondeurs du classement général. Enzo Scifo est confiant. Son président, Dominique Leone aussi, lui qui balaye les fausses informations comme la fumée de son cigare. L'équipe a des impératifs mais la rumeur a eu la berlue, selon lui, en apercevant l'ombre, ou le fantôme, de José Riga et d'Ariel Jacobs dans l'une des tribunes en ruine du Tondreau.
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Le monde du football du chef-lieu de la province du Hainaut a des soucis. Destiné à vivre une saison tranquille, l'AEC Mons se débat dans les profondeurs du classement général. Enzo Scifo est confiant. Son président, Dominique Leone aussi, lui qui balaye les fausses informations comme la fumée de son cigare. L'équipe a des impératifs mais la rumeur a eu la berlue, selon lui, en apercevant l'ombre, ou le fantôme, de José Riga et d'Ariel Jacobs dans l'une des tribunes en ruine du Tondreau. " Ce sont des balivernes : nous savons que notre coach, qui a déjà tant apporté à notre club, nous sortira de ce mauvais pas. ", explique-t-il. " Les résultats ne reflètent pas la qualité du jeu proposé par Mons depuis le début de la saison. Le ballon n'a jamais roulé pour nous. Mons mérite au moins quatre points de plus au classement général et il n'aurait alors pas été question de lanterne rouge et de situation à redresser au plus vite. Je connais et j'apprécie les qualités de notre coach. La saison passée a été formidable. L'équipe a été renforcée dans tous les secteurs. BenjaminMokulu nous a, hélas, fait perdre un temps précieux. Vous savez, il a signé un contrat chez nous avant de changer d'avis. A l'avenir, Mons imposera des dates-butoirs aux joueurs qui l'intéressent : nous avons été trop patients et gentils avec Mokulu. C'est déjà loin, je sais que cet effectif va rebondir. Maintenant, si ce n'est pas le cas, il faudra passer à autre chose. " En tout état de cause, même si l'un et l'autre, tant Scifo que Leone, sont confiants, ils mesurent donc que l'hémorragie doit être stoppée de toute urgence. Et d'autres soucis hantent la tête du président montois : alors que Gand a construit son stade en douze bons mois, il y a pratiquement neuf ans que l'Albert attend que son enceinte soit terminée. Un " chez soi " coquet, pimpant, confortable, entièrement terminé, à la page, c'est la garantie de multiplier les recettes, les revenus du sponsoring, les abonnements, d'affronter ses adversaires dans une ambiance plus chaude, ce qui est toujours très apprécié par les joueurs. A Gand, à Valenciennes ou à Lille, exemples parmi d'autres nouveaux stades, le 12e homme a fait des petits, de plus en nombreux, heureux de faire la fête dans de bonnes conditions. " On ne peut pas progresser avec un outil de travail comme le nôtre ", avance le président. " Il y a trop longtemps qu'on attend : cela ne peut plus durer, c'est intenable. " Au fil des trois montées de son club en D1, Leone a puisé 17 millions d'euros de sa propre cassette. C'est énorme mais la ville du Premier ministre, Elio Di Rupo, en a bénéficié en termes de visibilité dans les médias. L'image de marque de Mons a été embellie par les Dragons. " J'ai investi énormément d'argent pour organiser ce club, lui donner une dimension digne de la D1 ", dit-il. " Je ne suis que locataire de ce stade. Malgré l'importance de mes apports financiers, je ne possède même pas une chaise au Tondreau. Le monde ne se précipite pas vers un tel stade. A Gand, je n'ai vu que des gens heureux d'être là. Chez nous, l'Albert joue presque en déplacement, sans un large public. " Prononcée en présence d'Alain Lommers, directeur général du club, ces phrases sont lourdes de sous-entendus. Leone, cela saute aux yeux, en a assez de banquer pour rien, d'attendre que le stade soit terminé, des promesses répétées en vain, de la lenteur administrative. Mons sera capitale européenne de la culture en 2015. C'est important pour la région Mons-Borinage empêtrée depuis des décennies dans la crise économique et le chômage. Il faut saisir cette chance pour tourner la page des années noires et aborder l'avenir. Mais les travaux de rénovation ont pris du retard comme entre autres la fameuse gare ferroviaire imaginée par SantiagoCalatrava. Toujours est-il que tous les budgets, dont ceux attribués par l'Europe, semblent filer vers les chantiers de la grande fête de 2015. Il y a un côté folie des grandeurs pour certains projets alors que le football semble oublié. Dans ces conditions, et si rien n'avance rapidement au niveau du Tondreau, Leone serait prêt à jouer dans un autre stade, à Charleroi, à Mouscron, etc. Le numéro de matricule lui appartient. Un éventuel déménagement du club constituerait un gros problème pour le prestige de Mons 2015. La lassitude de Leone, fatigué par ses efforts financiers, usé mentalement par son stade à moitié construit, finira même peut-être par intéresser ceux qui ont envie d'installer un nouveau club de D1 à Liège. Le stade communal de l'avenir du Tir trône sur une superficie de six hectares, où se trouvent notamment les terrains d'entraînement des Dragons. Il y a peu, en échange du titre de propriété du complexe, le président montois a proposé à la Ville d'assumer lui-même la construction de deux tribunes. Sans tenir compte des subsides, cela exigerait un investissement privé de l'ordre des 20.000.000 d'euros. Ce serait un souci en moins pour les finances de la Ville. " La réponse a été négative ", précise Leone. " Dans le cas contraire, j'aurais très vite entamé les importantes rénovations qui restent à faire. Les travaux n'auraient duré qu'un an, tout au plus. " En attendant que ce dossier évolue, les Dragons se doivent de battre Waasland Beveren samedi. En raison d'Ecosse-Belgique, Scifo a eu une semaine de plus pour remettre l'église au milieu du village après la déception gantoise. " Et je dois bien dire que cette interruption du championnat est tombée au bon moment ", précise-t-il. " Si nous avions dû affronter directement Waasland Beveren, cela aurait posé des problèmes. L'effectif, qui a toujours eu toute ma confiance, avait besoin de cette semaine supplémentaire pour mettre les choses à plat. Je me souviens avoir vécu une période au moins aussi délicate à Mouscron. La machine s'y est mise en route après un maigre 1 sur 21. Notre bilan actuel me déçoit, m'inquiète, c'est normal, mais je retiens le positif, la qualité de notre jeu. Et, dans le fond, même si le stress est très présent, l'entraîneur qui se trouve dans une telle situation aborde des aspects psychologiques très intéressants de son travail. " " Cela se joue aussi dans les têtes. Je n'ai jamais douté car on n'a rien changé dans la manière : ce Mons-ci joue comme le Mons précédent même si nous avons raté le coche contre Charleroi et le CS Bruges. Au-delà de cela, nous avons vécu de bonnes choses depuis février 2012. Cet effectif n'a pas que six semaines à son compteur. Il est en panne d'efficacité. Tout le monde doit y croire à tous les échelons : supporters, direction, staff technique, joueurs. Mon vestiaire a digéré ce qui s'est passé chez les Buffalos. Il y a une grosse envie de révolte par rapport à une situation injuste. A Gand, l'arbitre invente un penalty, Charleroi aurait dû être knock-out au repos mais finit par s'imposer chez nous, on a offert un but au Standard. Mons n'a jamais reçu de cadeau. Il y a eu un problème de rendement. La bonne volonté est présente et mon équipe devra hausser son niveau de jeu. " Le T1 a été le premier à se méfier de l'excès d'optimisme d'avant saison. Tous les observateurs prévoyaient un parcours tranquille. Scifo : " Il faut faire face, être solidaires, déclencher le déclic contre Waasland Beveren. La presse évoque beaucoup le vide laissé par le départ de Jérémy Perbet. Moi, personnellement, je trouve cette explication un peu bizarre, ou du moins incomplète. J'ai apprécié l'apport de Jérémy mais on ne peut pas résumer les progrès de Mons au seul Perbet. Je ne mets nullement ses qualités en doute mais avons gagné beaucoup de matches, et marqué des buts sans Perbet. Il a entamé le précédent championnat un peu plus tard que prévu en raison de projets de transferts qui se réalisèrent en janvier. A cette époque, personne n'a dit : - Tiens, Mons vit bien l'après Perbet. Pour moi, cela signifie bel et bien que la page Perbet a été tournée en 2012-13. Notre situation actuelle ne s'explique donc pas du tout par Perbet. " Mons a raté sa campagne des transferts avant les trois coups du championnat. L'argent a alors fait défaut face à des clubs plus riches, ce qui explique le choix de Mokulu pour Malines. Plus récemment, Mogi Bayat a vidé sa gibecière dans le vestiaire du Tondreau. C'est du gibier qui n'est pas encore prêt à gambader 90 minutes en D1. Ils sont à court de compétition et accusent un retard physique. " J'ai découvert des éléments qui ont potentialités ", affirme Scifo. " Ainsi, à l'entraînement, et pour ne citer que lui, Richard Soumah montre de très belles choses. Il a du football et la suite est une question de temps et de travail. En 10 jours de travail, Soumah a sans cesse progressé. Tout passera par cette volonté et du temps. Les nouveaux ont besoin d'un bon mois avant de tourner à leur meilleur régime. La situation est difficile mais Mons va réagir. Pour cela, il faut décrocher cette première victoire. J'espère que les supporters répondront nombreux à l'appel car ils auront un rôle important à jouer contre Waasland Beveren. " PAR PIERRE BILICLeone en a assez de banquer, d'attendre que le stade soit terminé : il serait prêt à jouer dans un autre stade, à Charleroi, à Mouscron...