MichelLouwagie vient peut-être de vivre les six mois les plus chaotiques de sa carrière de manager de La Gantoise, poste qu'il occupe depuis 1990. C'est de ça que nous voulons lui parler, même s'il profite de chaque occasion pour étendre le débat au nouveau stade. Parce que maintenant que le maintien est acquis, le club veut envisager l'avenir avec optimisme.
...

MichelLouwagie vient peut-être de vivre les six mois les plus chaotiques de sa carrière de manager de La Gantoise, poste qu'il occupe depuis 1990. C'est de ça que nous voulons lui parler, même s'il profite de chaque occasion pour étendre le débat au nouveau stade. Parce que maintenant que le maintien est acquis, le club veut envisager l'avenir avec optimisme. Michel Louwagie : Au cours des dernières années, nous avons souvent été deuxièmes ou troisièmes mais pour être champion, il nous faut quelque chose comme cela (il montre la brochure du nouveau stade). Notre budget est de 20 millions d'euros, dont 9 millions consacrés aux salaires alors qu'Anderlecht a déjà encaissé 66 millions d'euros cette saison, le FC Bruges, 30 et le Standard, 28. Nous avons atteint notre plafond, nous sommes à la fin d'un cycle initié en décembre 2008. A l'époque, nous étions dixièmes avec Michel Preud'homme et nous avons beaucoup investi dans la qualité. Contrairement aux trois clubs cités plus haut, nous ne pouvons pas acheter les joueurs que nous voulons quand nous le voulons. Nous devons attendre le bon moment. Quand Mbaye Leye, AdnanCustovicet Elimane Coulibaly sont partis, nous avons opté pour des jeunes parce que nous avions besoin d'argent pour le nouveau stade. Et puisque nous avions décidé de conserver Bernd Thys, nous ne pouvions pas prendre un autre demi-défensif confirmé. Or, un club qui doit faire des choix est beaucoup plus fragile sur le plan sportif. Je pense qu'une certaine presse a exagéré. Le président et moi avions un plan. Quand on construit, on ne peut pas tout emprunter. A Gand, aucun dirigeant n'investit, tous les revenus sont issus du management. Pour libérer des moyens nous devons vendre. Nous aurions souhaité conserver JesperJorgensen mais Zlatan Ljubijankic, compte tenu de son âge, a été vendu à bon prix et nous avons mis cet argent de côté. Nous avons pris un peu trop de risques en faisant confiance aux jeunes. Evidemment, nous ne pouvions pas savoir que Thys serait absent pour six mois. Puis tout s'est enchaîné. Donc, parfois, je me demande si nous n'aurions pas mieux fait d'investir cet argent que nous avions mis de côté dans l'équipe afin de terminer dans le Top 5. Nous savions que des clubs qui avaient changé de stade avaient eu des problèmes : le Servette avait fait faillite, Lille n'est plus que dixième en France mais il joue devant 42.000 spectateurs au lieu de 17.000. Le 30 juin 2012, dernier jour de notre exercice comptable, nous avons réglé une dette de 519.000 € à la banque. C'était la dernière tranche des 23 millions d'euros que nous devions. Nous avions jusqu'à 2024 pour payer mais nous avons mis un point d'honneur à le faire maintenant. En juillet et août, grâce aux transferts, nous avions mis deux millions de côté. Nous devions quand même veiller à ne pas jouer en D2 dans notre nouveau stade. Je ne l'ai jamais avoué mais le 20 décembre, après la défaite contre Charleroi, je paniquais. Là, j'ai compris qu'il fallait se renforcer. Et c'était le moment. En été, nous n'aurions pas pu louer David Hubert ni acheter Ervin Zukanovic à Courtrai parce que ce club était convaincu qu'Anderlecht mettrait bien plus d'argent pour l'avoir. La seule chose qu'on peut dire, c'est que BobPeeters n'a pas eu la chance de travailler avec ces joueurs. Parce que nous avons pensé qu'il valait mieux arrêter. De son bilan de 3 sur 27. Nous avons commis une erreur en l'engageant : il n'était pas prêt, mentalement, après son échec au Cercle Bruges. Il l'a d'ailleurs admis. Oui mais... le stade ! Sans cela, nous aurions réinvesti l'argent du transfert de Ljubijankic dans l'équipe. Et puis, la collaboration entre le staff technique et la cellule de scouting n'était pas aussi bonne que par le passé. Et c'est dommage car un Sollied motivé, c'est le top. Il n'y en a pas deux comme lui en Belgique. Pourquoi pensez-vous que nous étions deuxièmes en janvier 2012 ? Non, pratiquement pas. C'est un homme méthodique, comme PatrickRemy, mais celui-ci manque de charisme. J'ai lu l'interview de PeterMaes. Il dit que je n'ai pas le droit de critiquer la formation des entraîneurs belges mais je continue à croire qu'en Belgique, on distribue trop facilement les diplômes. Et en tant que licencié en éducation physique, ça me dérange. En Espagne, un diplôme d'entraîneur équivaut à un niveau universitaire. Mais les entraîneurs belges n'aiment pas qu'on dise ça, c'est logique. Il y en a, mais trop peu. Ce n'est pas leur faute si on leur accorde trop facilement leur diplôme. Quand je vois comment notre entraîneur applique en match ce qu'il a travaillé à l'entraînement... Oui et parce que les Belges qui nous intéressaient n'étaient pas libres. Le président a insisté aussi pour se mettre en quête d'un coach au profil supérieur, présentant des qualités évidentes de leader. Non. Nous n'avons même pas pensé à lui. Oui mais il n'était pas libre. Nous avions déjà suivi Vanhaezebrouck en 2008 mais nous avions opté pour Preud'homme. Nous avions envoyé des scouts pour le voir travailler à l'entraînement. Puis nous avons repris Sollied, parce que nous le connaissions. Mais je n'ai pas discuté avec Hein. J'ai juste demandé à un agent de se renseigner pour savoir s'il était libre. Ce n'était pas le cas. Un peu. Minute ! Il y a plusieurs critères pour juger un entraîneur. On peut l'observer, discuter avec lui, regarder son CV. On ne reste pas six ans dans un club comme Saragosse si on n'a pas de structure de travail. Et puis, son palmarès : coupe intercontinentale, coupe d'Europe. Jamais limogé, jamais parti avant la fin de son contrat. Mais ce qui m'a le plus impressionné, ce sont les questions pertinentes qu'il posait. Et la rapidité avec laquelle il cerne les joueurs. J'ai suivi ses deux premiers entraînements du début à la fin. Il expliquait ce qu'il allait faire, et comment il allait s'y prendre. On n'a pas besoin de lui tenir la main. Grâce à lui, Cesar Arzo a perdu trois kilos. Indépendamment des résultats, nous sommes très heureux de notre choix. Non, parce qu'il nous apporte une plus-value. Comme Peter Maes l'a fait à Lokeren et à Malines. Mais je ne suis pas d'accord avec lui sur la qualité de la formation des entraîneurs. Parce qu'au plus haut niveau, un entraîneur gagne beaucoup d'argent. Mais je ne vous apprends rien, sans doute. Entre 250.000 et 650.000 € brut, parfois 800.000 ou même 900.000. Plus les charges sociales. C'est comparable aux CEO des grandes entreprises. A ce prix-là, on peut être exigeant. Victor Fernandez arrive au stade le matin à 9 h 30. L'entraînement a lieu à 14 heures et il repart à 19 heures. Au cours des derniers mois, je n'ai plus eu les mêmes sensations et les mêmes relations avec lui. Il y a eu des frictions. J'espérais que ça s'arrange car on ne rompt pas un contrat comme ça, il faut payer des indemnités. Pour le moment, nous payons trois entraîneurs. C'est vrai mais pour ce montant, on n'a quand même pas grand-chose. Quand on sait que Laurens DeBock coûte trois millions plus les primes... Pendant deux ou trois ans encore, nous ne pourrons pas jouer dans cette cour. Après, on verra. Allons-nous remplir le stade ? Des études démontrent que, la première année, le nombre de spectateurs augmente de 58 % en moyenne. Cela nous amènerait à 16.000. Notre objectif est d'avoir 11.500 abonnés. Les places populaires seront moins chères qu'actuellement et nous veillerons à ce que chacun puisse manger et boire dans de bonnes conditions. C'est ça qui doit nous ramener de l'argent. Les gens dépensent facilement trois ou quatre euros. Pour nous, c'est l'horeca qui devra faire la différence. Il est actuellement de 18 millions d'euros. Notre business plan prévoit 23 millions mais c'est un montant prudent. J'espère que oui mais ce sera difficile de le conserver car il veut aller plus haut. Lorsqu'il a succédé à José Mourinhoau FC Porto, on l'avait cité au Real. FlorentinoPerez hésitait entre lui et Camachoet il ne l'a pas pris parce qu'il n'osait pas engager quelqu'un qui n'avait pas joué au Real. Mais quand il a signé chez nous, Perez lui a envoyé un fax pour le féliciter. Nous avons beaucoup de projets, mais d'abord le nouveau stade. C'est la locomotive. Grâce à ça, le club va changer. Dans le nouveau stade, on pourra demander 750.000 € à un million d'euros de plus pour Mboyo. C'est le jour et la nuit. Mboyo est très intelligent. Yassine est plus jeune et son expérience à l'étranger le rendra plus fort. Nous n'avons pas osé. En trois mois, il avait inscrit 11 buts. Il y avait eu un incident mais il avait eu l'audace de s'excuser publiquement, sur les conseils du président. Ce soir-là, j'ai dit à Ivan qu'il venait de faire gagner quelques millions au club. Par la suite, nous avons refusé une offre de quatre millions d'euros. Quatre fois. Une fois pour El Ghanassy, une fois pour Yaya Soumahoro et une fois pour Christian Brüls. Nice était prêt à payer 3 millions pour Brüls et, l'année avant, la même chose pour El Ghanassy. Pour Soumahoro, on nous proposait deux millions. En tout, ça fait quand même neuf millions. Trois millions d'euros pour un défenseur belge comme De Bock, c'est exagéré. Nous avons payé 625.000 € pour Zukanovic. Nous pourrions faire mieux. Nous avons eu Mbark Boussoufa et Dries Mertens. Leekens voulait Boussoufa mais pas Mertens. Un jour, nous avons testé l'arrière gauche de Marseille mais nous ne l'avons pas gardé. Michel Preud'homme voulait bien des médians et des attaquants africains, mais pas des défenseurs. Souvent, on analyse bien les aspects physique et technique d'un joueur mais pas l'aspect mental. On sent qu'il va y avoir un problème mais on transfère quand même le joueur parce qu'on n'a pas beaucoup de moyens. ?PAR GEERT FOUTRE ET JACQUES SYS" Après la défaite contre Charleroi, le 20 décembre, j'ai craint le pire. "