Westerlo-Standard, 90e minute : Jonathan Legear profite d'un ballon mal dégagé par la défense visiteuse pour tromper Koen Van Langendonck et égaliser (2-2). Debout, prostré devant son banc, Yannick Ferrera semble indifférent. Presque amorphe alors que son équipe vient pourtant de sauver un point. Même chose du côté des joueurs qui viennent féliciter au petit trot leur équipier-buteur. Dans le camp liégeois, on préfère éviter toute démonstration de joie tant la prestation fut terne et inquiétante. Le rappel devant la presse des débâcles de l'an dernier (0 sur 6) face à ce même adversaire sonne d'ailleurs comme un fameux aveu de faiblesse.
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Westerlo-Standard, 90e minute : Jonathan Legear profite d'un ballon mal dégagé par la défense visiteuse pour tromper Koen Van Langendonck et égaliser (2-2). Debout, prostré devant son banc, Yannick Ferrera semble indifférent. Presque amorphe alors que son équipe vient pourtant de sauver un point. Même chose du côté des joueurs qui viennent féliciter au petit trot leur équipier-buteur. Dans le camp liégeois, on préfère éviter toute démonstration de joie tant la prestation fut terne et inquiétante. Le rappel devant la presse des débâcles de l'an dernier (0 sur 6) face à ce même adversaire sonne d'ailleurs comme un fameux aveu de faiblesse. Une demi-heure après la fin du match, Matthieu Dossevi quitte le stade la tête basse : " On a du mal a manoeuvrer des blocs qui jouent bas, qui refusent le jeu et qui imposent un défi physique. On n'est pas en confiance pour le moment. " Un peu plus loin, Jonathan Legear passe de médias en médias. Le " sauveur " du jour s'est une nouvelle fois montré décisif dans ce rôle de joker de luxe qui ne semble, en apparence, guère l'ennuyer. " Le Standard doit être plus rigoureux face aux petites équipes ", explique-t-il. " On devrait logiquement être meilleur que l'année passée puisqu'on a gardé quasiment le même groupe et que six joueurs sont venus le renforcer. " Le constat est implacable. Hormis Victor Valdes, dont le passage restera un joli coup médiatique mais une déception sportive, voire Maniatis qui n'a jamais semblé véritablement dans le coup, le Standard n'a perdu personne. Le Standard n'a toutefois pas (encore ? ) frappé fort au rayon arrivées. Du moins sur papier. Si Jean-François Gillet semble s'installer entre les perches, les autres transferts entrants (Mbenza, Raman, Laifis, Touré et Cissé) doivent encore faire leur place dans le onze version 2016-2017. " Je ne suis pas content de la manière, du contenu, mais je suis satisfait de prendre un point quand même ", a commenté Ferrera après la rencontre. " Il faut arrêter de croire que l'on va venir gagner 5-0 ; c'est terminé ça, il faudra travailler très dur pour chaque point. " Pour expliquer ce demi couac, Ferrera pointe " un manque de maturité. Et il ne s'agit pas juste d'une question d'âge, mais aussi de personnes. " Le coach du Standard n'est pas du genre à manier la langue de bois. Avec lui, le discours est souvent franc et cash, tant devant la presse que dans le vestiaire. Cette fois, le manque de " maturité " évoqué est une formule polie pour éviter de parler de manque de qualité. Ferrera en a toujours été conscient mais ne le clame pas haut et fort. Grâce aux départs d'Anthony Knockaert, Jelle van Damme, et Sambou Yatabaré en janvier dernier, le club a fait entrer de l'argent dans les caisses, s'est débarrassé de gros contrats, mais a aussi perdu en puissance et en individualités. Ferrera peut aussi se montrer maladroit dans ses déclarations. Notamment quand il a déclaré récemment n'avoir " que deux à trois titulaires ", des propos qui sont mal passés au sein du groupe. Mais Ferrera a affaire à un groupe de gentils. Un peu trop même. Une altercation entre l'un des joueurs-clefs et un des jeunes du noyau est venu quelque peu casser la quiétude ambiante la semaine dernière. Ferrera, en disciple de Diego Simeone, aimerait davantage d'agressivité et de caractère mais constate l'absence de révolte quand cela va moins bien (voir le cas Trebel dans le cadre). Quand Ferrera entre dans le vestiaire à la mi-temps du match à Westerlo son discours est clair : " Soit on attaque soit on défend mais on choisit, on ne reste pas entre deux chaises comme en première période. " La deuxième mi-temps ne va toutefois pas le rassurer. Personne, hormis Dossevi par à-coups, ne va être capable d'imprimer un rythme à la rencontre. Ferrera dispose-t-il du matériel nécessaire pour briguer les premières places ? La question mérite d'être posée. Le principal intéressé n'en est pas convaincu et il n'est pas le seul. Dans une interview à L'Avenir, Alexander Scholz, qui s'installe de plus en plus comme un des patrons de l'effectif, a fait part de son inquiétude : " Le club doit montrer une direction, il faut de la clarté. On doit sentir que tout le monde travaille pour la même chose. Et ça, on ne pourra pas l'atteindre s'il y a sans cesse des changements dans la direction, le staff, les joueurs. Les choses doivent rester stables pour s'améliorer. Si la direction vient et dit 'Le Standard doit être champion', je penserais : 'Vous savez, ça va être difficile. On essaiera, mais il faut rester réaliste. On a loupé les play-offs 1 la saison passée et on devrait être champions ? ' À nouveau, il faut des lignes claires et des objectifs précis. " Une déclaration qui renvoie aux propos sur fond d'euphorie de Bruno Venanzi (" Cette année, c'est les chips, l'année prochaine ce sera la bière ") après la victoire salvatrice en Coupe de Belgique. En cas de mauvais résultats, le jeune président du Standard risque de traîner cette formule comme un boulet à l'image du fameux " football champagne " lancé par Herman Van Holsbeeck il y a quelques années. Aujourd'hui, il n'est en tout cas pas raisonnable, avec pareil effectif, de penser au titre. Dans l'attente de renforts, Ferrera a eu le temps de préparer son équipe, à l'inverse de la saison dernière quand il avait dû reconstruire sur les ruines laissées par SlavoMuslin. Une préparation qu'il aurait espéré différente en rencontrant des oppositions plus solides notamment. Hormis, peut être, le déplacement à Budapest, lors d'un aller-retour qui a fatigué les organismes, pour y affronter Ferencvaros, le Standard n'a rencontré aucun adversaire de poids en préparation : Dnipropetrovsk, tombé en faillite, alignait des jeunes alors que le Chievo Verone venait à peine de reprendre l'entraînement. Et pourtant Ferrera avait constitué un programme pour la préparation, mais il a rapidement dû déchanter car rien n'était très clair à l'image du stage aux Pays-Bas concocté en dernière minute. Les joueurs aussi ont affiché leur mécontentement par moments au milieu de ce mois de juillet brouillon. Au lendemain du match de Supercoupe à Bruges, deux d'entre-eux ont même été se plaindre auprès de la direction du manque de condition physique ou plutôt du manque d'intensité lors de la préparation. La personne visée n'est autre que le préparateur physique, Eric Roex, amené par Daniel Van Buyten tout comme PhilippeVande Walle, deux hommes qui ont par ailleurs été évincés du giron des Diables par Marc Wilmots, ce qui rend encore plus improbables les rumeurs de son retour à Sclessin. Yannick Ferrera se sait depuis plusieurs mois sur un siège éjectable. Le premier demi-couac à Westerlo, une semaine après la défaite à Bruges, l'a fait vaciller de son siège encore un peu plus. Malgré des récentes sorties teintées de positivisme, Ferrera est resté dans le viseur d'un pan de la direction représenté par Daniel Van Buyten. Depuis le 0 sur 6 de la saison dernière face à Saint-Trond et Westerlo, Ferrera est attendu au tournant. La lourde défaite face à Malines (4-0) a failli être son match couperet. Mircea Rednic attendait, paraît-il, dans les startings blocks pour reprendre sa place. Dimanche après-midi, le nom de Rednic est réapparu en coulisses : " Il n'en a plus que pour une semaine ou deux. ", entend-on. Ferrera vit avec ce type de rumeurs depuis un certain temps. Certains proches du club lui avaient même annoncé son licenciement au lendemain du dernier match de la saison face à Waasland-Beveren. Il n'en fut rien. La présence de Daniel Van Buyten autour des terrains d'entraînement s'est intensifiée depuis la fin de la saison dernière alors que son ami et ex-agent Christophe Henrotay est bien moins visible à l'Académie ces derniers temps. Une dose de pression supplémentaire sur les épaules d'un jeune coach qui s'en met déjà suffisamment tout seul. L'homme est d'ailleurs d'un naturel plutôt anxieux. Lors d'insomnies, il lui arrive de monter dans sa voiture et ouvrir les portes de l'Académie dès l'aube. Ferrera est un bourreau de travail qui vit pour son métier. Une minutie parfois extrême. " C'est quelqu'un qui veut tout contrôler ", nous expliquait à ce sujet Dossevi. " C'est là-dessus qu'il doit apprendre à avoir plus de recul par exemple et apprendre à faire confiance aux autres, à déléguer. " Ferrera est le capitaine du navire même s'il tend une oreille attentive à ses adjoints Yann Danielou ou William Still ; à l'inverse d'Eric Deflandre éloigné de toute prise de décision. Depuis sa prise de fonction, Ferrera aime modifier ses batteries, trop souvent diront ses détracteurs. " Son Standard " n'a que très rarement aligné la même formation deux semaines de suite et vient renforcer le manque de certitudes et de stabilité. En même temps, qui se rappelle d'un été calme et serein du côté de Sclessin ? PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS BELGAIMAGEFerrera est conscient du manque de qualité mais ne le clame pas haut et fort. Dimanche après-midi, le nom de Rednic est réapparu en coulisses : " Ferrera n'en a plus que pour une semaine ou deux. "