Les mots semblent sortis d'un enregistreur, dissimulé quelque part dans la pièce. Comme si Dodi Lukebakio ne faisait que bouger les lèvres, débitant automatiquement les mots d'un autre. Remis sur le droit chemin footballistique par la Godson Sport Management, qui le flanque d'un accompagnateur régulier depuis son séjour à Toulouse, le prodige de Neerpede apprend à laisser ses débordements sur le terrain. Charleroi accueille la version 2.0 du gaucher soyeux de la capitale, et Felice Mazzù l'installe da...

Les mots semblent sortis d'un enregistreur, dissimulé quelque part dans la pièce. Comme si Dodi Lukebakio ne faisait que bouger les lèvres, débitant automatiquement les mots d'un autre. Remis sur le droit chemin footballistique par la Godson Sport Management, qui le flanque d'un accompagnateur régulier depuis son séjour à Toulouse, le prodige de Neerpede apprend à laisser ses débordements sur le terrain. Charleroi accueille la version 2.0 du gaucher soyeux de la capitale, et Felice Mazzù l'installe dans son onze de base dès le début de saison, en faisant de lui l'un des hommes forts du départ canon de son Sporting. À hauteur de la pelouse, on entend parfois la voix du coach, ou celle de Stergos Marinos, hurler du " Dodi " pour lui faire comprendre les lois défensives de la maison zébrée. Lukebakio s'adapte, défend un peu moins que les autres mais crée des occasions à chaque match. Jusqu'au creux carolo des premiers jours d'automne, qui amène le coach à bouleverser son onze et à appeler Dodi à la fin de l'échauffement sur le synthétique du Stayen. Le 19e homme, c'est lui. " Le coach m'a donné les raisons de cette décision. Je veux bien les entendre, mais je ne suis pas d'accord avec lui, je ne les accepte pas ", pose Lukebakio devant le carnet de notes de L'Avenir, alors qu'il prépare un match avec les espoirs de Johan Walem. Comme si la Godson cessait, l'espace de quelques instants, de penser et de parler à sa place. L'épisode passe mal au Mambour. Mazzù installe deux fois son gaucher sur le banc lors des trois rencontres qui suivent, mais ne le lâche pas pour autant. Habitué à prendre " sa " Juventus en exemple quand il doit parler à ses hommes avec des images, le coach zébré met les yeux de Lukebakio devant des vidéos de Mario Mandzukic, avalant les kilomètres dans les deux sens sur le flanc gauche de la Vieille Dame. Le discours est sans équivoque : si un pur buteur, qui a gagné une Ligue des Champions en jouant en 9, accepte de se mettre minable pour son équipe, qu'a prouvé Dodi Lukebakio pour s'abstenir de ce genre de sacrifice ? La résurrection est progressive. Contre Lokeren, l'ailier reçoit une fenêtre de tir et arrose les tribunes de Daknam de frappes ambitieuses mais parfois excessives. Son retour au premier plan coïncide avec celui de Charleroi, auteur d'un 6/6 contre Gand puis l'Antwerp. Sur la pelouse du Bosuil, Dodi s'offre même un but et une passe décisive. Il finit les matches au bord des crampes, à force d'aller d'un rectangle à l'autre. La métamorphose est en cours.