Un trou sans fond? Un vaste abîme dans lequel on plonge et dont on croit ne jamais sortir? La malchance s'acharne. Pourtant, il subsiste toujours un moyen d'inverser le cours du destin. En football, le plan le plus sûr consiste à se révolter. Frapper du poing sur la table et serrer les dents. Encore, toujours, aller de l'avant. Ne jamais renoncer. Se battre contre la défaite. Parce qu'irrémédiablement, un jour, le soleil finit par revenir. Un ennemi perfide doit toutefois être combattu: le temps! Chaque semaine sans succès augmente le malaise. Avec lui, arrive un cortège de questions dont la plus perfide est d'une simplicité désarmante: qu'est-ce qui ne va pas?
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Un trou sans fond? Un vaste abîme dans lequel on plonge et dont on croit ne jamais sortir? La malchance s'acharne. Pourtant, il subsiste toujours un moyen d'inverser le cours du destin. En football, le plan le plus sûr consiste à se révolter. Frapper du poing sur la table et serrer les dents. Encore, toujours, aller de l'avant. Ne jamais renoncer. Se battre contre la défaite. Parce qu'irrémédiablement, un jour, le soleil finit par revenir. Un ennemi perfide doit toutefois être combattu: le temps! Chaque semaine sans succès augmente le malaise. Avec lui, arrive un cortège de questions dont la plus perfide est d'une simplicité désarmante: qu'est-ce qui ne va pas?"En ce qui me concerne, si je le savais, si Etienne Delangre le savait, nous aurions probablement remédié à nos carences", dit un peu tristement Frank Defays. A Mons, le Sporting a pris l'eau une nouvelle fois. En deux déplacements, le bilan frôle le tragique avec 10 buts encaissés. Pourtant, pourtant...Pourtant, les visiteurs jouaient bien avant de s'effondrer d'une pièce. Pourtant, la semaine précédant le voyage à l'intérieur du Hainaut, il s'est passé quelque chose au Mambourg. Une onde électrique laissait espérer un regain de force affiché par un noyau déjà engagé dans un rude combat pour assurer sa survie parmi l'élite. "Je n'avais jamais vu cette saison une telle agressivité positive à l'entraînement", apprend le capitaine des Zèbres. "A certains moments, on se rentrait vraiment dedans. C'était bien. Le groupe avait besoin de pimenter son quotidien. J'ai décelé dans une telle attitude la nécessité de se pourvoir en appel d'une condition qui nous pèse. Une preuve que le noyau se trouve sensibilisé par la position au classement. Aujourd'hui, je me dois de déchanter. Chacun tire la couverture à soi en se disant que le voisin n'a qu'à accomplir son job. Nous ne possédons pas moins de talent que Mons. Par contre, nous n'arrivons pas à créer des liens de réelle amitié".Puis sur le théâtre des débats, de gigantesques lacunes ruinent le fonctionnement collectif. Defays: "Le deuxième but que nous prenons, celui dont l'Albert profite pour se détacher, a un aspect interpellant. Tant que nous serons aussi passifs, nous ne pourrons rien envisager de bien. Le laxisme affiché par certains représente un frein. Des phases identiques à celle-là sont répétées maintes fois. Que suis-je obligé de constater? Qu'après Séol, La Placa nous a roulé dans la farine. Inacceptable! Le contexte oblige à être solidaires, attentifs aux moindres détails. Si nous ne nous montrons même plus capables de sérieux, alors..." Il faut rester constructifAlors, la maladie devient sérieuse. Frank Defays vit mal ce début de parcours chaotique. A défaut de résoudre l'inextricable équation, il jette un coup d'oeil dans son livre de bord et constate: "La direction avait annoncé des bouleversements, durant l'intersaison. De fait, l'organigramme a changé. Tant au plan administratif que sportif. Dans les moments difficiles, nous pouvions nous reposer sur des bases. L'expérience de Sergio Rojas, de Tony Herreman et de Miklos Lendvai faisait du bien. Ils parlaient, rassuraient. Sur le terrain, ce trio apportait des solutions. A présent, me voilà propulsé au rang d'ancien. Un peu seul. A vrai dire, Charleroi manque de mémoire sportive, de référence. Du moins quand tout va mal". L'homme dispute sa quatrième saison sur le sol charbonneux. Contre Mons, il a fêté par une carte rouge son 100e match en première division. La faute qui lui valu d'être douché avant les autres transpirait la rage. Aussi un besoin de perpétuellement combattre le sort."Il y a six ans, je me fracturais la jambe. Je militais alors à Namur, en Promotion. Les observateurs me prédisaient un bel avenir lorsque survint ce coup d'arrêt. J'ai douté. Puis surtout, beaucoup appris. De la vie. Des gens. Du milieu. Celui qui se retrouve avec un plâtre et des béquilles n'existe plus. A part les amis d'enfance et la famille, les gens que vous connaissez vous oublient. On exige de nous que nous soyons des clubmen, et je le conçois, mais je vous assure qu'en cas de pépin, la solitude devient le quotidien. Durant ce laps de temps, j'ai relativisé énormément d'événements. En me disant que mes problèmes n'étaient rien à côté de ceux rencontrés par des personnes réellement malades. Est-ce pour cette raison que je me pose moins de questions? Qu'à l'heure actuelle je n'ai envie que de prendre mon pied sur le terrain? Possible! L'existence est parfois si courte qu'il vaut mieux rechercher le positif plutôt que de se complaire dans la misère intellectuelle".Force d'aller toujours de l'avant. Volonté de créer des moments de bonheur. Defays essaye, sans succès depuis la reprise, de faire partager cette rafraîchissante corbeille de bons sentiments à ses équipiers. En acceptant le périlleux honneur de succéder à l'immortel Dante Brogno au grade de capitaine, le Namurois savait qu'il relevait un défi aussi palpitant qu'ingrat. Le jusqu'au-boutisme dont il fait montre, ainsi qu'un caractère de battant allergique à la tricherie imposent le respect sur les travées du Mambourg. Lorsque les projecteurs s'éteignent, il tente de poursuivre la mission au sein de l'alcôve que représentent les vestiaires. "Bien sûr. A ma manière. Pas question de commencer à gueuler à tout va et d'adopter un comportement de caporal. Pas mon genre. Par contre, je discute, j'écoute, je propose un échange d'idées. Toujours de façon constructive. L'essentiel réside dans la capacité de chacun à comprendre que l'intérêt personnel n'a aucune importance à partir de l'instant où le projet collectif devient boiteux. Faut pas se faire d'illusions. La majorité des pros jouent parce qu'ils possèdent un contrat et espèrent améliorer leurs conditions. Soit, via une augmentation, soit, par le biais d'un transfert. Qui s'intéressera à un joueur coupable d'avoir amener son équipe en deuxième division? Pas grand monde, assurément. L'idée paraît simple, de prime abord. L'aboutissement l'est beaucoup moins. Le Sporting compte beaucoup d'étrangers. Chacun a ses réflexes, sa mentalité. Il s'avère nécessaire de cerner les personnalités pour pouvoir adapter un discours différent, qui sera bien perçu. Alors, seulement, si l'esprit s'éveille à la réflexion collective, il devient possible d'avancer".Sous les oeufs des supporters!Le moins que l'on puisse dire de Frank Defays, c'est qu'il est bien placé pour réclamer une culture d'entreprise. A bientôt 29 ans (il les aura le 23 février) le Carolo d'adoption n'a enfilé que deux livrées différentes. D'abord celle de Namur (Jambes pour être exact puis cette de l'UR après la fusion), ensuite le maillot zébré. "S'il ne tient qu'à moi, ce sera ainsi jusqu'au bout. Mon contrat se termine en 2006, au cas où il ne ferait pas l'objet d'une prolongation, c'est à Namur et nulle part ailleurs que j'aimerais terminer ma carrière. Je suis ainsi. Depuis ma plus tendre enfance, mon père me répète -Dans la vie, on sait ce que l'on a et jamais ce que l'on aura. Parfois, on part en espérant être mieux. Ceux qui ont rejoint le FC Malinois sont partis plein d'espoir. Aujourd'hui, ils se demandent comment cela va finir. Quand l'argent vient à manquer, tout est remis en cause. Cela peut avoir avoir des conséquences dramatiques au plan familial". Une telle implication confinant à la fidélité absolue se fait rare. Pas étonnant que Franck vive plus intensément qu'un autre flux et reflux ballottant l'entreprise dont il porte fièrement les couleurs.Après les dures remises en question de Lucien Gallinella et d' Enzo Scifo, les départs de Rojas, Tokéné, Rabbah et Pivaljevic, survint "l'affaire Heiderscheid". Rien de très joyeux en somme. "Il est vrai qu'à la longue, les problèmes agacent. Et trottent dans la tête des joueurs. Maintenant, je vais vous dire: depuis l'arrivée de Monsieur Bayat, jamais, j'ai bien dit jamais, nos salaires n'ont été versés avec retard. Nous disposons d'un formidable outil de travail. Les conditions de vie sportive demeurent excellentes. Voilà l'essentiel. Nous devons faire abstraction du reste. Cela ne nous regarde pas même si parfois diverses informations font mal". Tourmentent les joueurs, bien entendu. Mais également les supporters. Alors que jusqu'à présent, ils s'étaient postés derrière leurs favoris, samedi, ils enclenchèrent la vitesse supérieure. A l'instar des durs du Standard, une centaine d'entre eux attendait le car au Mambourg. Des oeufs se mirent à pleuvoir sur le véhicule, contraignant le staff technique à une longue attente avant de pouvoir en sortir sans risque."A la vérité, je me sens redevable de quelque chose vis à vis de ces personnes. Je suis allé leur parler car j'estime que les joueurs n'ont pas le droit de fuir. Au contraire. Nos supporters travaillent durant la semaine. La rencontre du week-end représente une sorte de récompense. Que sommes-nous capables de donner? Rien!", avoue Franck Defays. "Je suis gêné de ne pouvoir leur offrir cette consécration qu'ils attendent depuis si longtemps. J'espère que cela viendra bientôt. Jusqu'ici, nos fans savaient que nous donnions le maximum. Ils comprenaient que la patience était de rigueur. Prenons l'exemple de notre défense. Nous modifions souvent la disposition car il est impossible de maintenir le même dispositif. Une fois, Mahdavi se blesse, puis Kargbo tombe sous le coup d'une suspension. Je connaîtrai à mon tour un sort identique. Etienne Delangre est obligé de parer au plus pressé. De dénicher les meilleures formules possibles en composant avec le matériel proposé. Ce n'est pas simple pour lui. On pointe sans cesse la défense et l'attaque du doigt. Compréhensible quoi que réducteur. Je pense que le mal vient d'abord de l'entrejeu. Ce secteur n'assure ni un rôle utile à la récupération, ni une élaboration claire des offensives. Attaquants et défenseurs sont trop souvent livrés à eux-mêmes". Terrible constat. Etienne Delangre survivra-t-il à ce 3 sur 24? "Changer d'entraîneur représente toujours la solution de la facilité. Pour ma part, je sais qu'il n'est en rien responsable du marasme", conclut Frank Defays. Une année de transition, une de plus, sera la maigre pitance qu'ingurgitera le peuple du Pays Noir. Mais cette fois, transition signifiera lutte pour le maintien. On attendait, on espérait, franchement mieux...Daniel Renard"Etienne Delangre n'est en rien responsable du marasme"