Jusqu'en 1990, l'actuelle Tverskaya Ulitsa s'appelait encore rue Gorki. C'est l'une des plus grandes artères de Moscou. Elle part de la Place Rouge vers le nord-ouest, en direction de Saint-Pétersbourg. Quand on l'emprunte en sens inverse, on arrive en plein coeur de la ville. À pas d'homme (à Moscou, le trafic est lent), on découvre quelques images connues de la Russie : le théâtre Bolchoï, la Douma (le parlement russe), la Krasnaïa Plochtchad, lisez la Place Rouge avec le mausolée de Lénine, et le Kremlin, où est concentré le pouvoir. À deux pas de là, on trouve encore la grande bibliothèque, une série de musées et la cathédrale Sainte-Basile.
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Jusqu'en 1990, l'actuelle Tverskaya Ulitsa s'appelait encore rue Gorki. C'est l'une des plus grandes artères de Moscou. Elle part de la Place Rouge vers le nord-ouest, en direction de Saint-Pétersbourg. Quand on l'emprunte en sens inverse, on arrive en plein coeur de la ville. À pas d'homme (à Moscou, le trafic est lent), on découvre quelques images connues de la Russie : le théâtre Bolchoï, la Douma (le parlement russe), la Krasnaïa Plochtchad, lisez la Place Rouge avec le mausolée de Lénine, et le Kremlin, où est concentré le pouvoir. À deux pas de là, on trouve encore la grande bibliothèque, une série de musées et la cathédrale Sainte-Basile. La religion, l'art et la politique sont rassemblés sur quelques kilomètres carrés. C'est le coeur de la nation. Sur la place qui précède la Porte Iverskaya, donnant accès à la Place Rouge, les autorités ont installé un décompte. Samedi, il restait 193 jours avant le début de la grand-messe du football. Celle-ci débutera par un match entre la Russie et l'Arabie saoudite. Une rencontre qui n'a rien d'une affiche puisque ces deux pays sont les plus mal classés de tous les participants au tournoi. Le pays-hôte est 65e ; son adversaire, 63e. Jusqu'à la finale du 15 juillet, le spectacle ne peut donc qu'aller crescendo. Pour une question de facilité, on utilise le nom latin de la rue. En cyrillique, cela s'écrit :???????? ?????. Ce qui frappe, quand on l'emprunte, c'est qu'elle est dominée, de chaque côté, par les enseignes occidentales. De BMW à Mercedes, de McDonalds à Burger King, de Lush à Tommy Hilfiger. En 1980, au moment des Jeux Olympiques de Moscou, le grand magasin GUM, sur la Place Rouge, était pratiquement vide. C'était l'époque de la guerre froide et du communisme. Aujourd'hui, on trébuche sur les produits de luxe. Des dizaines de sortes de vodka, tous les fruits, vins ou fromages imaginables et même une série de bières belges artisanales. La carte des vins du restaurant qui donne sur la Place Rouge et dispose d'une terrasse chauffée ressemble à une carte des vins d'Italie, avec du Brunello, du Barolo, du Chianti... Dans les rues environnantes, les grandes enseignes de mode internationales rivalisent pour attirer le chaland. Où sont les sanctions, où est le boycott économique ? Il s'applique peut-être aux fruits du Limbourg mais pas aux produits gourmet. Nous trouvons un bar à café Costa Coffee, comme il y en a des centaines en Angleterre. Et en nous baladant le long de la rivière, nous tombons sur des bars à vins hyper-modernes aux prix très raisonnables. Un repas -apéritif, entrée, plat principal, un peu d'eau, du vin et du café- y revient à environ 70 euros. Dans la Russie de VVP, Vladimir Vladimirovich Poutine, celui qui a de l'argent ne manque de rien. Les restaurants sont pleins et, dans les rues de la capitale, les grandes marques de voitures rivalisent. Les gens sont bien habillés et on ne fait plus la file que devant les musées qui permettent d'admirer de magnifiques oeuvres impressionnistes. Devant le Bolchoï, un immense panneau publicitaire vante les mérites du tout nouvel iPhone X. La Place Rouge, dont la moitié est occupée par un marché de Noël avec patinoire, est le royaume du selfie. Sans ce décor et l'alphabet cyrillique, on se croirait dans n'importe quelle ville occidentale. La différence, c'est qu'ici, les Asiatiques parlent russe. Logique puisque nous sommes dans un pays dont la plus grande partie du territoire se situe sur le continent asiatique. Un homme d'affaire belges qui travaille en Russie depuis de nombreuses années et a vécu en Sibérie (" À 7 jours de Moscou en train ") a vu la ville se transformer complètement au cours des vingt dernières années. Aujourd'hui, Uber est présent aux côtés d'autres variantes de taxis tandis que les restaurants se sont multipliés, ce qui a fait chuter les prix. Moscou représente-t-elle la Russie ? Pas plus que New York ne représente les États-Unis ; Londres, l'Angleterre ou Paris, la France. À Manhattan, on n'est pas plongé dans la réalité des USA ; le long de la Seine, on n'est pas dans la France profonde. Moscou, qui a également son Pont des Arts avec ses cadenas aux arbres, ce n'est donc pas la Russie. Cela se remarque rapidement sur le chemin de l'hôtel qui, l'été prochain, accueillera les Diables Rouges entre leurs matches à Sotchi (18 juin face au Panama), Moscou (23 juin contre la Tunisie) et Kaliningrad (28 juin face à l'Angleterre). Cette banlieue est plus pauvre, plus grise et plus sombre, même sous la neige. En cas de qualification pour les huitièmes de finale, la Belgique jouera encore à Rostov (si elle remporte son groupe) ou à Moscou (si elle se classe deuxième). Ensuite, elle se rendra éventuellement à Samara ou à Kazan. Avec un peu de chance, elle parcourra (et les médias avec elle) la moitié de la Russie. Un itinéraire qui nous permettra de découvrir d'autres images, loin du luxe de la capitale. Peut-être pas tellement à Sotchi, une station de sports d'hiver luxueuse sur la Mer Noire, où Poutine, a sa résidence d'été (ses résidences, même, car sa fille s'y rend aussi). Mais ailleurs, oui. La différence se note déjà dans cette banlieue de Moscou. Un immeuble à appartements est entouré de murs derrière lesquels on ne vit pas dans l'opulence. Les gens dans la rue ont moins de classe que les top models blonds croisés sur Nikolskaya Ulitsa. Le Moscow Country Club a un nom ronflant et notre guide fait de son mieux pour nous dire qu'il s'agit d'une des perles de Moscou (qui attire beaucoup de monde en été) mais ça n'a pas l'air tellement chic. Il s'agit d'un ancien hôtel de l'état beau mais un peu vieux, avec les avantages et inconvénients que cela engendre. Mais bon, remis à neuf et sous le soleil, il ne sera pas impossible d'y passer trois ou quatre semaines. Seul point noir de la visite de la délégation belge : les appartements réservés aux femmes n'ont pu être visités. On avait perdu les clefs... Le sélectionneur était également assez préoccupé par le centre d'entraînement, situé à un quart d'heure de voiture. Au point qu'il a étudié deux alternatives, dont le terrain utilisé par le Chili au cours de la Coupe des Confédérations. C'est beaucoup plus loin (40 minutes de route) mais cela permettra au moins de se rabattre sur quelque chose si le terrain d'entraînement fait défaut. La Coupe des Confédérations nous avait déjà servi d'échauffement mais le début de la vente des tickets, il y a quelques mois, et le tirage au sort de vendredi dernier nous ont encore rapprochés un peu plus de cette Coupe du monde. Un Mondial qui, comme c'est le cas depuis l'Afrique du Sud, a engendré de nombreuses discussions au sujet de la construction des stades. Désormais, on construit des projets exagérément grands qui ne servent qu'à enrichir les promoteurs. Il y a quatre ans, au Brésil, les scandales de corruption se succédaient. C'est également le cas en Russie. On construit des stades d'un demi-milliard d'euros qui, comme celui de Sotchi, ne seront pratiquement plus utilisés par la suite, si ce n'est pour un concert ou pour l'un ou l'autre match amical. Il n'y a d'ailleurs pas de club de foot digne de ce nom à Sotchi. Il y en a deux à Krasnodar et leur stade est moderne mais on n'y jouera pas l'été prochain. Explication officielle : c'est trop près de Sotchi. Les choix douteux ne manquent pas : comme celui de Kaliningrad, où le stade est construit sur un sol marécageux et où le premier entrepreneur a fait faillite. Là non plus, il n'y a pas de club de D1. Pareil pour Nizhny Novgorod et Saransk. Dans un pays dont la tradition footballistique est aussi importante, il est tout de même étonnant qu'un quart des stades soient construits dans des villes qui n'ont pas de grand club. C'est d'ailleurs en partie pour cela qu'à un certain moment, entre l'attribution de l'organisation à la Russie (décembre 2010) et la conclusion des projets de construction (en principe, les derniers doivent être prêts pour le printemps prochain), il a été question de réduire le nombre de villes-hôtes à dix. Ekaterinbourg (à l'extrême-est) et Kaliningrad (une enclave importante sur le plan politique, à l'ouest) ont failli passer à la trappe mais elles ont été conservées. Il aurait été plus logique de supprimer ces deux extrêmes et d'ajouter un troisième stade à Moscou. Combien va coûter cette Coupe du monde ? Depuis 2010, c'est un sujet de conversation récurrent. Comme en Afrique du Sud et au Brésil, on peut se poser des questions quant au coût de l'infrastructure. À Ekaterinbourg, on a placé une tribune provisoire. Les spectateurs de France-Pérou seront... à l'extérieur du stade, ce qui va donner de très belles images. En février 2017, le comité d'organisation a déclaré sans plus de précision qu'il avait augmenté le budget de la Coupe du monde pour le porter à près de 640 milliards de roubles, soit un peu moins de 10 milliards d'euros. Mi-octobre, ce montant a une nouvelle fois été revu à la hausse : 678 milliards de roubles, soit près de 10 milliards d'euros. Toujours sans la moindre explication. L'état fédéral apporte près de 57 % de cette somme tandis que 13,6 % viennent des autorités régionales (c'est donc toujours de l'argent public) et 28,8 % de tiers. Des investisseurs privés mais aussi des entreprises étatiques. Donc encore de l'argent public. Des milliards qui, comme lors des J.O. d'hiver de Sotchi, ne seront pas investis dans les soins de santé, la lutte contre la pauvreté ou d'autres projets sociaux plus utiles. Tout cet argent servira-t-il la cause de la Coupe du monde et de la société (rénovation des routes, amélioration des aéroports) ? Certainement pas. En Russie, la corruption est un sport et l'arrivée de Vladimir Poutine n'y a rien changé. Celui qui veut lancer un projet, quelle que soit sa taille, doit d'abord passer à la caisse, peut-on lire dans le livre de Stanislav Belkovski, un ancien politicien qui a écrit, entre autres, une biographie de Vladimir Poutine, l'homme d'affaires-politicien qui, en mars, sera sans aucun doute réélu à la présidence. Poutine est un ami des oligarques et ne les a jamais empêchés de faire leur business. Ce n'est pas un visionnaire mais il a su résister aux situations qui ont surgi après la chute de l'Union Soviétique. Selon Belkovski, le pourcentage des pots-de-vin n'a fait qu'augmenter depuis son arrivée au pouvoir. Et cela influence évidemment les budgets. C'est notamment pour cela que, ces dernières années, les Russes ont beaucoup protesté contre l'organisation de la Coupe du monde, le non-sens de la corruption et la façon insensée dont le pays est dirigé. La paix avec les Tchétchènes n'a été achetée qu'à coup de milliards de roubles, la Crimée a été annexée, un avion civil a été abattu lors de la guerre avec l'Ukraine, la Russie a envahi la Géorgie en Ossétie du Sud... Était-il normal d'organiser une des plus grandes compétitions sportives internationales dans un pays dont le leader prend souvent des libertés avec les lois et la bienséance internationales ? Cela ne revient-il pas à légitimer ce comportement ?