Wimbledon est venu confirmer Roland Garros... et l'Open d'Australie. Le retour au premier plan d' Anna Kournikova n'est pas pour demain, ni après-demain. Peut-être même qu'il n'interviendra jamais puisqu'elle a été éliminée en trois sets par Tatiana Panova dès son entrée en matière sur le gazon sacré du All England Club, qui l'avait jadis révélée. La poupée russe a suivi la route qui avait été tracée par l'Australienne Christina Wheeler à Paris et Justine Henin à Melbourne.
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Wimbledon est venu confirmer Roland Garros... et l'Open d'Australie. Le retour au premier plan d' Anna Kournikova n'est pas pour demain, ni après-demain. Peut-être même qu'il n'interviendra jamais puisqu'elle a été éliminée en trois sets par Tatiana Panova dès son entrée en matière sur le gazon sacré du All England Club, qui l'avait jadis révélée. La poupée russe a suivi la route qui avait été tracée par l'Australienne Christina Wheeler à Paris et Justine Henin à Melbourne. La situation n'est peut-être pas désespérée mais elle est en tout cas grave pour une fille qui, le 26 mai 2001, était encore classée huitième joueuse mondiale. Peu de temps auparavant, une fracture de fatigue au pied gauche était passée par là. Et Anna amorça, lentement mais inexorablement, sa descente aux enfers. Les forfaits succédèrent aux forfaits et les visites chez le docteur confirmèrent l'inévitable opération. Celle-ci intervint au mois d'avril. La fille de Moscou réapparut au coeur de l'été, à San Diego. A cours de compétition, la belle Anna disparut dès son premier match mais elle atteignit tout de même la finale du double aux côtés de Martina Hingis. Seulement voilà, le retour avait été un peu trop précipité. Impatiente de revenir, Kournikova s'était brûlé les ailes et son pied s'était remis à crier gare. Conséquence: un nouveau mois d'absence. Le deuxième retour s'effectua à Leipzig, au mois de septembre. Défaite d'emblée face à Myskina, la première de sa carrière face à une compatriote. Un mois plus tard à Moscou, Anna tomba encore plus bas, éliminée par une autre joueuse russe, Galina Fokina, totalement inconnue sur le circuit, qui avait bénéficié d'une wild-card. La victoire acquise en double avec Hingis ne lui remonta que très légèrement le moral. Le sourire de la perdanteIl fallut attendre Luxembourg pour voir la plus jolie fille du circuit remporter son premier match depuis son opération. Kim Clijsters mit fin à la résurrection en quarts de finale. Pour celle dont tout le monde était tombé amoureux l'été 1997 lorsqu'elle s'était hissée en demi-finales à Wimbledon, l'année 2002 allait être celle de la remontée au classement. Retombée loin au-delà de la centième place mondiale, Anna Kournikova s'était fixé comme but premier celui de retrouver le niveau de jeu qui lui avait permis de faire son entrée dans le top 10 à l'âge de 19 ans. Une demi-finale à Auckland, suivie d'une autre quelques semaines plus tard à Tokyo, laissaient augurer le meilleur. Las! A l'exception de quelques succès récoltés contre des joueuses modestes, Lolita n'a enregistré jusqu'ici que d'impressionnants revers: quatre d'affilée au premier tour pendant la tournée américaine (d'Indian Wells à Charleston) et cinq autres, toujours au premier tour, sur les six derniers tournois disputés en ce y compris Wimbledon qu'elle quitta sur la pointe des pieds. "Je ne m'attendais pas à réussir quelque chose de bien cette année", vint-elle expliquer après sa défaite face à Panova. "Visiblement, je n'ai pas très bien joué ces deux derniers mois. J'étais même surprise de voir qu'avec un peu de réussite, j'aurais pu m'imposer. Je n'ai pas su finir le match".Question de confiance, évidemment perdue suite à la longue litanie de revers. Pourtant, après la balle de match, c'est une Kournikova souriante et détendue qui prit congé de ses fans, comme si ce qui venait de lui arriver était le cadet de ses soucis. Par vraiment l'attitude que l'on a l'habitude de voir chez une perdante. "Mais c'était parce que nous venions de disputer un grand match", corrigea-t-elle, surprise par la question. "Nous avions joué quelques points marrants (sic) et j'ai profité de chaque instant de la rencontre. C'était mon but principal. Je vous jure, je me suis vraiment amusée". Fille blaséeOù s'arrête le vrai et où commence le faux? Allez savoir avec une fille qui n'a pas son pareil pour se moquer de ses interlocuteurs. Une défaite revêt-elle encore énormément d'importance aux yeux d'une joueuse dont la majorité de ses gains n'ont rien à voir avec ses prestations sur le court? Poser la question, c'est déjà y répondre.A 21 ans, Anna Kournikova est déjà une fille blasée. Ses plus grands succès, ce n'est pas sur les courts qu'elles les a obtenus mais bien en apparaissant sur les couvertures des magazines du monde entier. Ce n'est pas un hasard si elle est l'athlète féminine la mieux payée du monde. Ses principaux sponsors sont connus: vêtements et chaussures Adidas, raquette Yonex, montres Omega, soutien-gorges Berlei, moteur de recherche web Lycos, établissement financier Charles Schwab. Mais aussi Pegaso, fabricant mexicain de téléphones cellulaires ou encore Loncoleche, l'équivalent de Danone au Chili pour qui Anna vante les mérites d'une marque de lait dans le cadre d'une campagne en faveur de la lutte contre l'osthéoporose. C'était, bien entendu, la première fois qu'une athlète féminine était la vedette d'une campagne publicitaire au Chili.Tous ces parraineurs trouvent évidemment leur compte dans la signature de contrats aux sommes astronomiques. Même si la joueuse n'a toujours pas gagné le moindre tournoi officiel sur le circuit, elle reste la sportive la plus photographiée au monde. Son site internet est le numéro 1, loin devant celui de champions tels que Michael Jordan ou Tiger Woods. Une chose encore: personne ne sera étonné d'apprendre que le portrait de la sulfureuse Anna est le plus utilisé sur les écrans de fond des ordinateurs. Nombreuses distractionsMais n'allez pas, comme Chris Evert l'a notamment laissé sous-entendre dans un quotidien anglais pendant la première semaine à Wimbledon, que ses nombreuses distractions publicitaires (Kournikova apparaît dans le clip du dernier tube d' Enrique Iglesias) expliquent en grande partie ses débâcles sur les courts. "Je n'ai pas autant de distractions que vous autres les journalistes et autres personnalités le laissez croire", se défend-t-elle le plus sérieusement du monde. "A vous entendre, le tennis n'occuperait qu'une partie infime de mon emploi du temps. C'est totalement faux. C'est juste qu'il y a eu beaucoup de changements dans ma vie privée et professionnelle. Ces six derniers mois, mon jeu a beaucoup changé de même que moi-même en tant que personne. J'ai grandi". Si elle a également mûri, comme il faut l'espérer, elle doit bien se rendre à l'évidence, la pauvre Anna: son retour au plus haut plan n'interviendra que s'il s'accompagne d'énormes sacrifices tant le tennis féminin voit apparaître de nouvelles filles toujours plus costaudes et mieux préparées physiquement. Lorsqu'elle avait cinq ans, Anna passait ses journées à s'entraîner dans les salles glacées du Spartak Moscou avec souvent une soupe chaude dans un thermos pour seul repas. Lorsqu'elle rejoignit la Nick Bollettieri Academy en Floride à l'âge de 11 ans, elle était animée d'une véritable rage de tennis dont se souviennent les témoins de l'époque, parmi lesquels Tommy Haas. "On la voyait taper dans la balle à l'aube, au crépuscule et même sous la pluie", se souvient l'Allemand. Cette image de la petite forcenée de Bradenton renvoie à une Anna Kournikova qui savait gagner. Des matches. Et des tournois, une multitude de tournois chez les jeunes. C'était il y a une dizaine d'années. C'était dans une autre vie.Florient Etienne"A vous entendre, le tennis n'occuperait qu'une partie infime de mon emploi du temps"