21 décembre 2019. Het Kasteel, le stade du Sparta, respecte une impressionnante minute de silence. Deux jours plus tôt, Jules Deelder, poète, écrivain et bourgmestre de nuit de Rotterdam mais surtout supporter du plus ancien club professionnel des Pays-Bas, est décédé. À l'Hôtel de Ville, les drapeaux sont en berne. Les trois derniers bourgmestres de la cité en bordure de la Meuse ont conjointement placé une annonce mortuaire dans l' Algemeen Dagblad. " Nous déplorons la perte d'une icône de Rotterdam et d'un ancien collègue qui s'est chargé des nuits de Rotterdam pendant des décennies. "

Les joueurs de son Sparta se sont rassemblés dans le rond central, tête baissée, le bras ceint d'un bandeau noir, de même que leurs collègues de l'AZ, le co-leader qui allait être débordé pendant 90 minutes. Ce football virevoltant a séché les larmes. À la 75e, l'âge du Rotterdamois, le stade a massivement applaudi. Car Deelder était le Sparta. " On meurt tôt ou tard. C'est une certitude. Nul n'atteindra l'âge du Sparta ", a-t-il écrit dans son Spartaans Gedicht ( poème spartiate, ndlr), dédié au club.

Cet amour s'est transmis de père en fils. Le père Deelder a affilié Jules au Sparta dès sa naissance, plusieurs jours avant de le faire inscrire au registre de la ville. Jules avait 14 ans, en 1959, quand le Sparta a remporté son sixième titre national au... stade olympique d'Amsterdam, le premier sacre d'un club rotterdamois en Eredivisie, fondée en 1956.

Une gigantesque fête populaire s'est déroulée dans la ville. Denis Neville et ses joueurs ont traversé la cité en calèche et, pour la première fois, un club de football a pavoisé au balcon de l'Hôtel de Ville. Ad Verhoeven, Tonny van Ede et Tinus Bosselaar, à tout jamais les héros du Kasteel, qualifié par le journaliste Hugo Borst de " plus belle façade des Pays-Bas ".

Dans les années '60, le stade accueillait quelque 30.000 spectateurs. Un supporter, Frans Heijster, n'a raté aucun match de 1953 à 1988. Il emmenait un canari dans sa cage à chaque match, à domicile comme à l'extérieur. Des années plus tard, la cage a eu une place au musée du club, bastion des traditions.

Jusqu'au milieu des années '70, ceux qui souhaitaient devenir membres devaient comparaître devant une commission qui épluchait leurs origines sociales. Le Rood-Witte Mannen Diner, le dîner des hommes rouge et blanc, instauré en 1938 à l'adresse exclusive des hommes, a survécu, même si, depuis quelques années, on organise un dîner similaire pour les dames de l'autre côté du stade.

Au début des années '70, le centre de gravité du football est passé de l'ouest au sud. Le Feyenoord d' Ernst Happel a ramené aux Pays-Bas une première CL. La Vieille Dame n'en a pas moins tenu bon mais en 2002, après 46 saisons consécutives au plus haut niveau, elle a quitté l'Eredivisie.

C'était le début d'une période sombre, parsemée de changements d'entraîneur et de problèmes financiers. Le club a survécu grâce à la formation des jeunes et aux indemnités perçues pour Winston Bogarde (AC Milan, Barcelone), Kevin Strootman (AS Rome, Marseille), Memphis Depay (Manchester United, Lyon) et Georginio Wijnaldum (Newcastle, Liverpool).

Au classement de tous les temps de l'Eredevisie, le Sparta occupe toujours la cinquième place, derrière l'Ajax, le PSV, Feyenoord et Twente. Les Spartiates aiment s'en targuer.

Sparta Rotterdam

Fondé le

1er avril 1888

Ville

Rotterdam (645.000 habitants)

Couleurs

rouge et blanc

Stade

Spartastadion Het Kasteel (10.599)

21 décembre 2019. Het Kasteel, le stade du Sparta, respecte une impressionnante minute de silence. Deux jours plus tôt, Jules Deelder, poète, écrivain et bourgmestre de nuit de Rotterdam mais surtout supporter du plus ancien club professionnel des Pays-Bas, est décédé. À l'Hôtel de Ville, les drapeaux sont en berne. Les trois derniers bourgmestres de la cité en bordure de la Meuse ont conjointement placé une annonce mortuaire dans l' Algemeen Dagblad. " Nous déplorons la perte d'une icône de Rotterdam et d'un ancien collègue qui s'est chargé des nuits de Rotterdam pendant des décennies. " Les joueurs de son Sparta se sont rassemblés dans le rond central, tête baissée, le bras ceint d'un bandeau noir, de même que leurs collègues de l'AZ, le co-leader qui allait être débordé pendant 90 minutes. Ce football virevoltant a séché les larmes. À la 75e, l'âge du Rotterdamois, le stade a massivement applaudi. Car Deelder était le Sparta. " On meurt tôt ou tard. C'est une certitude. Nul n'atteindra l'âge du Sparta ", a-t-il écrit dans son Spartaans Gedicht ( poème spartiate, ndlr), dédié au club. Cet amour s'est transmis de père en fils. Le père Deelder a affilié Jules au Sparta dès sa naissance, plusieurs jours avant de le faire inscrire au registre de la ville. Jules avait 14 ans, en 1959, quand le Sparta a remporté son sixième titre national au... stade olympique d'Amsterdam, le premier sacre d'un club rotterdamois en Eredivisie, fondée en 1956. Une gigantesque fête populaire s'est déroulée dans la ville. Denis Neville et ses joueurs ont traversé la cité en calèche et, pour la première fois, un club de football a pavoisé au balcon de l'Hôtel de Ville. Ad Verhoeven, Tonny van Ede et Tinus Bosselaar, à tout jamais les héros du Kasteel, qualifié par le journaliste Hugo Borst de " plus belle façade des Pays-Bas ". Dans les années '60, le stade accueillait quelque 30.000 spectateurs. Un supporter, Frans Heijster, n'a raté aucun match de 1953 à 1988. Il emmenait un canari dans sa cage à chaque match, à domicile comme à l'extérieur. Des années plus tard, la cage a eu une place au musée du club, bastion des traditions. Jusqu'au milieu des années '70, ceux qui souhaitaient devenir membres devaient comparaître devant une commission qui épluchait leurs origines sociales. Le Rood-Witte Mannen Diner, le dîner des hommes rouge et blanc, instauré en 1938 à l'adresse exclusive des hommes, a survécu, même si, depuis quelques années, on organise un dîner similaire pour les dames de l'autre côté du stade. Au début des années '70, le centre de gravité du football est passé de l'ouest au sud. Le Feyenoord d' Ernst Happel a ramené aux Pays-Bas une première CL. La Vieille Dame n'en a pas moins tenu bon mais en 2002, après 46 saisons consécutives au plus haut niveau, elle a quitté l'Eredivisie. C'était le début d'une période sombre, parsemée de changements d'entraîneur et de problèmes financiers. Le club a survécu grâce à la formation des jeunes et aux indemnités perçues pour Winston Bogarde (AC Milan, Barcelone), Kevin Strootman (AS Rome, Marseille), Memphis Depay (Manchester United, Lyon) et Georginio Wijnaldum (Newcastle, Liverpool). Au classement de tous les temps de l'Eredevisie, le Sparta occupe toujours la cinquième place, derrière l'Ajax, le PSV, Feyenoord et Twente. Les Spartiates aiment s'en targuer.