Lorsqu'à un an d'écart, trois frères et un groupe d'étudiants en littérature eurent la même idée, ils ne s'imaginèrent pas qu'ils étaient en train de créer la plus grande rivalité du pays. Cette année d'écart, anodine à l'époque, prend aujourd'hui toute sa signification. Le Slavia de Prague, fondé par un groupe d'intellectuels en 1892, se gargarise de son statut d'aîné.
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Lorsqu'à un an d'écart, trois frères et un groupe d'étudiants en littérature eurent la même idée, ils ne s'imaginèrent pas qu'ils étaient en train de créer la plus grande rivalité du pays. Cette année d'écart, anodine à l'époque, prend aujourd'hui toute sa signification. Le Slavia de Prague, fondé par un groupe d'intellectuels en 1892, se gargarise de son statut d'aîné. Alors que le Sparta, fondé un an plus tard par des frères qui choisirent le nom en référence à la ville grecque, réputée pour ses valeureux combattants, aime souligner l'origine populaire de ses créateurs, en opposition au caractère intellectuel du Slavia. Aujourd'hui, même si les différences sociales entre les deux entités ont disparu, le Slavia a longtemps dû supporter cette étiquette de club d'intellos. A tel point que lors de la période communiste, son stade fut rasé et remplacé par une statue de Staline. Un symbole lourd en provocation pour ces intellectuels à la pointe du printemps de Prague en 1968. Tous les éléments sont donc réunis pour une belle rivalité. Et même si le premier derby ne se déroule que devant 121 spectateurs en 1896, il n'en demeure pas moins contesté. Les années et la proximité géographique vont faire le reste. Ainsi, lorsque le " Sparta de fer " remporte ses plus beaux succès avant la guerre, seul le Slavia s'accroche à ses basques. Lors de la période communiste, le Slavia, en disgrâce et rebaptisé Dynamo, doit donc laisser les honneurs au favori du peuple, le Sparta, renommé Spartak, mais également à celui de l'armée, le Dukla Prague, qui arrive à transférer tous les meilleurs joueurs tchécoslovaques grâce à l'argent du pouvoir. Mais la rivalité entre les deux clubs qui ont pu reprendre leur nom respectif après le printemps de Prague va renaître et même croître lors de la séparation entre République tchèque et Slovaquie. La différence ne se fait plus sur les origines sociales, ni sur le caractère de ses supporters mais sur sa politique. Le Sparta devient le club des gros coups sur le marché des transferts alors que le Slavia peaufine chaque jour sa politique de formation. Entre les deux entités, les anecdotes ne manquent pas. Comme ce soir de derby lors duquel le capitaine du Sparta se saisit du fanion du Slavia avec des gants hygiéniques et une moue de dégoût. Ce à quoi le capitaine du Slavia, l'ancien joueur d'Anderlecht, Stanislas Vlcek répliqua en entonnant, avec l'aide des Ultras, un chant prônant la mort du Sparta. La chute du mur a consolidé la popularité des deux clubs, à travers le pays, même si des formations de province comme le Viktoria Plzen ou le Slovan Liberec ont remporté les derniers titres. Ainsi, d'après un sondage récent, 1/6e de la population soutient le Sparta contre 1/7e le Slavia, cependant moins détesté dans le pays que son rival. PAR STÉPHANE VANDE VELDE