Dany Verlinden a préservé ses filets du 3 mars au 26 septembre 1990, un record en Europe : 1390 minutes. Le Brabançon, devenu Flandrien jusqu'au bout des ongles depuis quelques années, va sans doute disputer cette année son 500e match en D1.
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Dany Verlinden a préservé ses filets du 3 mars au 26 septembre 1990, un record en Europe : 1390 minutes. Le Brabançon, devenu Flandrien jusqu'au bout des ongles depuis quelques années, va sans doute disputer cette année son 500e match en D1."Que voulez-vous que je dise?" Verlinden s'exprime plus volontiers en actes qu'en paroles. Au Club, lorsqu'il a ouvert la bouche pour la première fois, un coéquipier lui a demandé: "Tiens, tu sais aussi parler?" S'il prolonge le contrat proposé par le Club Brugeois, il va y disputer sa quatorzième saison.Vous aurez 38 ans en août. Pourquoi continuez-vous? Dany Verlinden : Je continuerai aussi longtemps que possible. Vanhove m'a demandé ce que je voulais. Continuer un an. Le Club le souhaitait aussi. Nous sommes donc tombés d'accord. Vous entraînez-vous comme il y a cinq ans?Depuis mon opération aux abdominaux, l'an passé, je ne m'entraîne plus qu'une fois par jour. Si le Club veut retirer quelque chose de moi, il doit me ménager, sinon, dans trois mois, je serai fichu.Le Club a souvent douté de vous.Sauf quand Hugo Broos était là. J'ai appris à être toujours un peu contesté. Je suis arrivé à Bruges comme second gardien alors qu'il venait d'être champion et remportait des succès sur la scène européenne. Philippe Vande Walle était titulaire. C'était normal. Lors de la première saison de Leekens, il l'était toujours puis j'ai eu ma chance. Avec Hugo, j'étais le numéro un. Gerets a douté de moi mais il a changé d'avis avant même le début du championnat. Les doutes ont resurgi l'an dernier, suite à ma blessure. Ne sachant comment elle allait évoluer, le Club a repris Philippe. En fait, les supporters ne m'ont pas vraiment accepté. Jamais. J'ai dû forcer l'estime des gens qui doutaient de moi chaque jour, à l'entraînement. Nul n'est à l'abri d'une ereur et un gardien est jugé sur les buts qu'il encaisse et un avant sur ceux qu'il marque.Ça ne semble pas vous toucher.J'ai connu des moments difficiles mais j'ai eu la chance de me ressaisir lors des matches suivants. Je ne supporte pas les gardiens qui incriminent un défenseur alors qu'ils sont responsables du but encaissé. Personne ne commet d'erreur volontairement. Alors, pourquoi enfoncer un partenaire qui a gaffé?Analysez-vous des phases avec vos défenseurs?Après avoir revisionné le match, l'entraîneur le fait le lundi. Il relève les erreurs mais il reste positif. Parfois, il demande: -Où étais-tu? Gerets analysait le match aussi mais Sollied le fait de manière plus approfondie. Je n'avais jamais vu ça. Il est le premier qui travaille de la même façon pendant la préparation et la saison. Normalement, au début, on travaille comme des bêtes. Une fois, avec Broos, nous nous sommes retrouvés dans les bois à sept heures trente! L'approche de Sollied me plaît et je constate que nous n'avons toujours pas de problèmes physiques. La plupart de vos coéquipiers le portent aux nues. Est-ce exagéré?Peu de joueurs avaient déjà été en lice pour un trophée. Plusieurs fois, nous avons eu du bol. On oublie vite ce qui ne va pas quand on gagne. En dix mois, on finit par traverser une période moindre. Il faut alors s'appuyer sur des joueurs capables de faire la différence. Nous avons une bonne équipe quand les onze joueurs évoluent à leur meilleur niveau. Si quelques-uns jouent normalement, nous sommes susceptibles de perdre ou de faire match nul car personne n'émerge vraiment. On ne peut demander à Timmy Simons de s'emparer des rênes, dès sa première saison. Et nous ratons trop d'occasions.L'an dernier, vous vous êtes fait entendre au moment de l'affaire Anic. C'était inattendu.Avant, Franky Van der Elst ou Jan Ceulemans prenaient les choses en mains. En leur absence, je ne pouvais fuir devant mes responsabilités. Jamais je n'avais vécu une telle situation. J'ai dit à Vital Borkelmans de s'habiller. Cinq minutes plus tard, on était face à la direction. L'entraîneur y était déjà. Aucun joueur n'avait de ressentiment à l'égard du footballeur. Il s'agissait de son comportement répété.Puis Sollied a déclaré vouloir accorder une autre chance à Anic.Sollied a appelé De Brul et moi avant la saison. Il nous a demandé notre avis, a discuté avec la direction puis avec Gert Verheyen. Nous ne sommes que des exécutants mais la situation était délicate. Un bon Darco a sa place dans n'importe quelle équipe mais alors, elle doit jouer en fonction de lui.N'aimeriez-vous pas avoir dix ans de moins pour jouir d'un transfert à l'étranger?Je suis satisfait de ma carrière. J'ai bien gagné ma vie. Je suis issu de l'ancien système: les clubs demandaient ce qu'ils voulaient pour un joueur. Or, le gardien est le dernier pour lequel on est prêt à ouvrir les cordons de sa bourse, hormis pour les tout grands. Moi, je suis bon au niveau belge, sans plus. Je connais mes qualités et mes défauts. Par exemple, je suis trop petit pour le championnat anglais. J'ai un principe: si je suis content de ce qu'on me propose, je ne m'occupe pas de ce que les autres gagnent. A Bruges, je n'ai jamais été demandeur: le club a toujours prolongé mon contrat, en m'augmentant chaque fois.Et quand vous avez voulu partir, à cause des doutes de Gerets?Je m'estimais trop bon pour moisir sur le banc mais mon coeur me criait de rester. Je n'avais toutefois aucune autre proposition. On m'a dit que je ne pourrais partir que si le Club trouvait un autre gardien, du même âge que moi. Il convoitait Stanley Menzo mais Antoine Vanhove n'était pas d'accord. Ensuite, j'ai convaincu Gerets. Sans le demander, j'ai reçu une augmentation et deux ans de plus.Imaginez que l'entraîneur veuille voir Dejan Nemec à l'oeuvre. Serez-vous aussi collégial qu'il y a quelques années, quand on a parlé de Geert De Vlieger?Je venais d'être opéré des abdominaux, sans savoir quand je reviendrais. Je regretterais que Nemec puisse jouer parce que je dois atteindre le cap des 500 matches en D1 cette année. Mais qui suis-je pour m'y opposer? Je n'ai jamais eu de problèmes avec mes collègues. J'ai vite jugé Nader. Il était le meilleur gardien africain mais il n'émargeait pas à l'élite. Je n'ai pas eu peur de lui. Dejan est capable de devenir le premier portier du Club mais il a besoin d'un crédit de temps. Il s'intègre bien, il apprend notre langue. Il peut assurer ma succession.Junior, vous étiez attaquant. On a souvent vanté la qualité de votre participation au jeu, dans le passé, alors que maintenant, vous avez la réputation d'être vieux jeu.Je tire mon plan mais ma propre défense m'a déjà mis dans le pétrin, sans le vouloir. Elle cherche une solution. Si elle n'en trouve pas, elle se tourne vers moi. A plusieurs reprises, j'ai eu la malchance de rater mon intervention alors que j'avais tenté de relancer correctement, au lieu de procéder par un long ballon. Je ne prends plus de risque. J'ai été formé alors que les gardiens pouvaient tout intercepter des mains. Nous avons dû évoluer.Est-il exact qu'Anderlecht vous a suivi, quand vous étiez à Ourodenberg?Oui et les tests ont été positifs mais un transfert impliquait un changement d'école et je ne voulais pas. En plus, mon père tenait à ce que le Sporting prenne mon frère. Ensuite, le Lierse m'a testé et transféré, avec un contrat de location de cinq ans. Il a levé l'option au bout d'une saison.Vous jouez différemment au Club.Dans un grand club, il faut rester concentré en permanence car on n'a que deux ou trois ballons. Avant, je m'appuyais sur mon intuition, mes réflexes et ma vivacité. L'âge étiole ces qualités mais vous rend plus malin. Toutefois, mon corps ne crie pas encore grâce.Vous avez souvent été la victime des plaisanteries de l'équipe...C'était grave la première année. Ils ont choisi le débutant le plus calme. Ils m'ont tout fait: enveloppé mon vélo de papier toilette, collé mes chaussures au tapis, rempli de poids la boîte contenant un appareil que j'avais gagné. Je ne leur ai pas rendu la monnaie de leur pièce mais je n'ai pas non plus montré ce que ça me faisait. L'ambiance a changé. Avant, tout était permis. Après un match, nous sortions souvent jusqu'à une heure du matin. Maintenant, tout le monde rentre. Notre travail est devenu plus exigeant. Geert Foutré