"Je n'en peux plus " disait Tom Boonen après l'étape de Lorient d'un Tour de France 2006 très décevant. Quelques jours plus tard, complètement découragé, il abandonnait... Rien ne lui a réussi l'année dernière. Il a collectionné les accessits mais n'a décroché aucune victoire - ce qui reste l'essentiel. Il serait évidemment excessif de qualifier le Tour de France 2006 de flop pour Boonen. Après tout, il a porté le maillot jaune pendant quatre jours et pour 99 % du peloton, pareille prestation constituerait le summum de leur carrière. Mais pour Boonen, qui émarge à l'élite absolue du cyclisme contemporain, au même titre qu' Alejandro Valverde, Danilo Di Luca et Alexandre Vinokourov, ce n'est pas suffisant.
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"Je n'en peux plus " disait Tom Boonen après l'étape de Lorient d'un Tour de France 2006 très décevant. Quelques jours plus tard, complètement découragé, il abandonnait... Rien ne lui a réussi l'année dernière. Il a collectionné les accessits mais n'a décroché aucune victoire - ce qui reste l'essentiel. Il serait évidemment excessif de qualifier le Tour de France 2006 de flop pour Boonen. Après tout, il a porté le maillot jaune pendant quatre jours et pour 99 % du peloton, pareille prestation constituerait le summum de leur carrière. Mais pour Boonen, qui émarge à l'élite absolue du cyclisme contemporain, au même titre qu' Alejandro Valverde, Danilo Di Luca et Alexandre Vinokourov, ce n'est pas suffisant. Le manager Patrick Lefevere et la presse ont pointé du doigt un coupable : Steven de Jongh, désigné comme le dernier homme du train de Boonen. Les analyses réalisées depuis l'hélicoptère montraient que le Néerlandais était trop lent pour offrir à Boonen le sprint en accélération dont raffole l'ancien champion du monde. De Jonghe a paré l'attaque : Matteo Tosatto et Filippo Pozzato, chargés de lancer le train, n'avaient pas atteint leur niveau et lui-même arrivait donc trop tôt en tête pour accomplir sa mission. Le Néerlandais a marqué un point mais cela ne fait pas l'affaire de Boonen. Dans sa situation, les excuses ne comptent pas. Surtout pas cette année, car dans les classiques, Boonen n'a pas apporté ce qu'on attendait de lui. Il doit donc compenser son mauvais printemps. Pour cela, il a deux occasions : le Tour de France et/ou le championnat du Monde à Stuttgart. Le fait que le Tour passe par la Flandre cette année ne fait qu'accroître la pression qui pèse sur ses épaules. La Flandre est une des rares régions d'Europe où la succession des scandales de dopage n'a pas amoindri la popularité du cyclisme. Le facteur Boonen, joint au fait qu'il n'a jamais été cité de manière convaincante dans ces affaires, n'y est pas étranger. On peut donc s'attendre à une assistance fournie le long des routes qu'empruntera la caravane du Tour. Et tous les spectateurs seront là pour assister à la victoire de Boonen. Le Campinois n'est pas un coureur comme les autres. Contre son gré, il est devenu une star ultra médiatisée, bien plus que d'autres coureurs belges avant lui. Du coup, Boonen est la cible de toutes sortes de coups fourrés et de rumeurs, au sein du peloton comme en dehors. Un exemple : comme tous les célibataires de 26 ans, Tom Boonen sort de temps en temps. Quand il réside en Belgique, il apprécie la Corbiestraat de Mol, un des endroits les plus prisés de Campine pour les sorties. Chaque fois qu'il y est signalé, des rumeurs parlent de débauches durant lesquelles le champion aurait ingurgité des quantités inouïes d'alcool. Si ces rumeurs ne recelaient qu'une infime part de vérité, Boonen aurait le foie le plus solide de tout l'hémisphère nord et sa place dans le peloton tiendrait du miracle. Et si, durant l'entre saison, Johan Vansummeren, pour ne citer que lui, peut savourer une bière sans se tracasser, les moindres faits et gestes de Tom Boonen sont passés à la loupe. Vivre dans de telles conditions n'est pas facile. Pourtant, il va devoir prester, sous peine d'affronter des critiques encore plus violentes. Boonen est-il prêt ? Normalement, il n'est pas de ceux qui craquent sous le stress. Son aptitude à relativiser le cyclisme constitue précisément un de ses principaux atouts. Reste à voir s'il sera physiquement au meilleur de sa forme durant la première semaine du Tour, celle-là même qui offre des étapes plates au peloton. Sa fracture à l'orteil l'a obligé à modifier sa préparation. Il n'y a pas de raison de paniquer. Sa victoire d'étape au Tour de Belgique et une deuxième place dans une étape du Dauphiné prouvent qu'il faudra compter avec lui au Tour. Un rapide coup d'£il aux étapes révèle que plusieurs d'entre elles sont taillées sur mesure pour des sprinters puissants, tels que Boonen, comme l'arrivée à Gand. Boonen peut éventuellement courir deux lièvres à la fois. Durant les premiers jours, il peut viser le maillot jaune. Un Boonen en forme peut signer un excellent prologue. L'année dernière, il l'avait terminé à 11 secondes du vainqueur, le Norvégien Thor Hushovd. Lors de la première étape, on peut gagner 20, 12 et 8 secondes à l'arrivée, sans même parler des bonifications intermédiaires. Cela ouvre donc des perspectives, même si d'autres sprinters peuvent briller : Hushovd naturellement, mais aussi Stuart O'Grady. Daniele Bennati s'était, également, bien tiré d'affaire l'année dernière à Strasbourg. D'autres sprinters ne seront pas largués au point de ne pouvoir convoiter le maillot jaune, mais il est peu probable qu'ils considèrent les premières étapes comme des objectifs réels. Dès que le maillot jaune devient inaccessible aux sprinters, ce qui ne sera le cas qu'à partir du samedi clôturant la première semaine, les spécialistes de la vitesse se battront pour le maillot vert. Boonen clame depuis des années qu'il vise ce fameux maillot mais son style de course contredit ses paroles. Paradoxalement, le problème de Boonen, c'est son obsession de la première place. S'il constate que la victoire n'est pas à sa portée un jour, il baisse la tête. Se battre pour la quatrième place ne l'intéresse pas. Cette mentalité fait de lui un champion mais constitue aussi un handicap considérable dans sa lutte pour le maillot vert... par jef van baelen - photo: tim de waele