"On a un statut à défendre. La place de numéro 1 mondial, ça ne veut rien dire ou, si, quand même. Ça veut dire qu'on est l'équipe la plus régulière du monde depuis trois ans. Mais qu'on arrête de réclamer une victoire à l'EURO. Ça me fait rire. On a fait une Coupe du Monde. Mais depuis douze ans, on n'était plus là. C'est comme si je lance Marouane Fellaini en profondeur, puis je dis qu'il ne va pas assez vite. Il y a des choses que tu dois savoir avant, des trucs dont tu dois être conscient. On ne peut pas demander l'impossible, non plus. "
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"On a un statut à défendre. La place de numéro 1 mondial, ça ne veut rien dire ou, si, quand même. Ça veut dire qu'on est l'équipe la plus régulière du monde depuis trois ans. Mais qu'on arrête de réclamer une victoire à l'EURO. Ça me fait rire. On a fait une Coupe du Monde. Mais depuis douze ans, on n'était plus là. C'est comme si je lance Marouane Fellaini en profondeur, puis je dis qu'il ne va pas assez vite. Il y a des choses que tu dois savoir avant, des trucs dont tu dois être conscient. On ne peut pas demander l'impossible, non plus. " Marc Wilmots est un bloc de punch et un puits de formules qui tuent pendant une discussion de deux grosses heures sur les critiques qu'il ne comprend / n'apprécie pas, son envie d'avoir toujours quelques guerriers dans le groupe, le tic et le tac, l'ADN belge, sa tactique, son avenir après l'EURO. Et la venue toute prochaine des Portugais à Bruxelles. Du Willy pur jus. Et donc, par moments, ça décoiffe un peu. MARC WILMOTS : Comme un amical. Rien d'autre. WILMOTS : Même pas. Je n'ai pas beaucoup de tests à faire parce que j'ai beaucoup de certitudes. C'est plus une occasion pour se revoir après un long moment. C'est toujours agréable parce que je crois qu'on se manque quand même un peu. Les Diables Rouges, c'est une bande de copains. WILMOTS : A la famille, ça c'est clair. C'est pas dans les livres, ça, tu peux chercher où tu veux. WILMOTS : Vous êtes fous ? Sous pression, moi ? Qu'est-ce que vous voulez qu'il m'arrive encore ? Sincèrement... A part perdre, je ne risque rien d'autre. WILMOTS : Oh non, vous me connaissez mal. Je reviendrai, j'assumerai. Je sais qu'il va y avoir une médiatisation exceptionnelle. Mais tout ce qu'on a fait depuis que j'ai repris l'équipe, ça ne peut pas être balayé en trois semaines de tournoi. Malheureusement, c'est comme ça que ça fonctionne. Regardez Vicente Del Bosque. Grâce à lui, l'Espagne est championne du monde et championne d'Europe. Ils vont au Brésil, ils se font taper dehors, et lui il se fait tuer. C'est un métier où on a très peu de respect pour ce qui a été fait. Mais bon, quand j'ai pris le poste, je le savais. Jusqu'ici, mon équipe n'a pas encore pris de coup de barre. On va essayer de ne pas en prendre. WILMOTS : Cet EURO, c'est mon sixième tournoi, je commence à connaître la musique, hein ! En 1994, j'ai eu le coup de bâton. En 2002, j'ai eu le ciel. Si ça se passe mal en France, on va en parler pendant des jours. Qui on va mettre comme nouveau coach ? Ce sera la grande question. Et moi, à ce moment-là, j'annoncerai que je continue. C'est très simple. WILMOTS : J'ai un contrat jusqu'en juin 2018, les choses sont claires. WILMOTS : C'est écrit dans quel livre, ça ? WILMOTS : Si j'ai dit ça, c'est parce que j'avais reçu une offre. Je pense que j'ai été d'une honnêteté... que je n'aurais peut-être pas dû. J'ai voulu être complètement transparent et j'ai signalé qu'il y avait une clause dans mon contrat. La fédé était au courant puisqu'elle avait accepté et signé cette clause. Je ne leur ai pas mis le couteau là ! WILMOTS : Vous n'êtes pas à ma place. Une chance... Les qualifications pour la Coupe du Monde commenceront déjà en septembre, je vous répète que je serai là. Sauf s'il y a quelque chose que j'aime bien et que je décide de prendre. A ce moment-là, on se mettrait à table avec la fédé. WILMOTS : Le travail au quotidien avec un noyau. Sélectionneur national, c'est le plus difficile. Tu dois faire un maximum de choses en un laps de temps très court. Tu dois prendre tes décisions très vite, et ne pas te tromper. Et le plus dur, c'est au niveau tactique. En club, c'est facile. Tu te trompes une fois, deux fois, tu as vite une troisième fois derrière pour te rattraper. Mais en tactique, je n'ai de leçons à recevoir de personne. Jusqu'ici, tous mes choix ont été excellents. WILMOTS : Pour pas un grand tacticien... il réussit pas mal. J'ai eu le Trophée Raymond Goethals, j'ai eu le prix de meilleur entraîneur du monde, je ne vois pas ce que je pourrais faire de plus. WILMOTS : Il faut voir tout ça avec du recul, essayer de voir dans quel contexte ils ont parlé. On a excité Hazard après un match à la Coupe du Monde et on a interprété ce qu'il a répondu. Thomas Vermaelen a dit qu'on devrait parfois jouer plus vite. Mais je le dis aussi ! Le problème, c'est que je ne suis pas à Barcelone. La prise de risques dans la zone proche de notre but, chez moi tu oublies. Si on perd le ballon là, on est morts. Ce n'est pas parce que certains osent des trucs que moi, je vais le faire. Avec moi, le ballon, tu l'envoies loin devant, et les défenseurs sortent. Les attaquants adverses se retrouvent hors-jeu, ils doivent revenir très vite et ça les fait pomper. C'est ce qu'on avait parfaitement fait contre le Brésil à la Coupe du Monde au Japon, avec Daniel Van Buyten et Timmy Simons. On les avait pressés dans leur camp. Maintenant, celui qui veut faire tic et tac, tac et tic, et encore tic et tac, il le fait, mais dans mes trente mètres, oublie. Efficacité. C'est un choix, voilà. WILMOTS : Ouais, et tu fais une couillonnade, c'est fini. En club, tu peux peut-être le faire. Une erreur, chez moi, c'est cash betaald. Après, tu dois gratter pour revenir. Tout ce que tu ne dois pas faire, tu l'élimines de ton jeu. Une passe à l'aveugle comme Michy Batshuayi peut faire, tu oublies. Je suis là pour gagner, pas pour jouer. WILMOTS : Oui, ça va mieux hein ! Vous voyez bien que j'y arrive. WILMOTS : On ne l'aura jamais, c'est culturel. Les Argentins, c'est des guerriers, à tous points de vue. C'est dans leur ADN. Le nôtre n'est pas le même, on n'est pas assez méchants. Je prends un exemple, le match chez nous contre la Bosnie. Un moment, je me suis énervé sur Thomas Vermaelen et Vincent Kompany parce qu'Edin Dzeko faisait ce qu'il voulait. Il redescendait, il tournait, il se baladait, on le laissait tout seul, personne ne lui mettait un tampon. Je veux bien, mais à un moment, il faut intervenir. Ils ont finalement compris ce que je leur demandais. En début de deuxième mi-temps... paf. Et Dzeko, après ça, on ne l'a plus vu. C'était parfait, on l'avait sous contrôle. WILMOTS : Oui, j'en ai quelques-uns. Radja Nainggolan, Marouane Fellaini, ils ont ça. J'ai Vincent Kompany qui peut aussi être dur. Même Moussa Dembélé. En milieu de terrain, c'est des duels, de l'impact, il faut savoir répondre. Tu ne peux pas hésiter parce que tout se fait à une très haute intensité. Contrôler un ballon quand il n'y a pas de rythme, ce n'est pas difficile, je peux encore le faire. Quand ça va à du 2.000 à l'heure, c'est autre chose. Je suis impressionné quand je vais voir des matches en Angleterre. Le gars qui reçoit la balle a directement trois types sur le dos, le pressing est constant. Donc, il faut jouer plus vite. Je fais mes entraînements en fonction de ça. Les joueurs aiment bien, pour eux c'est la petite marche qui leur permet d'aller encore plus haut. WILMOTS : Vous avez assez d'interviews de Diables à l'étranger qui vous disent que ça va deux fois plus vite là-bas. L'intensité que je mets à l'entraînement, oui, il faut pouvoir suivre. Mais c'est comme ça. Quand je vais sur le terrain, ce n'est pas pour ne rien faire. J'exige une intensité maximale. Si un joueur me dit : - Coach, si ça continue comme ça, il va y avoir une jambe cassée, je lui réponds : -T'inquiète, j'ai assez de joueurs à sélectionner. WILMOTS : Mais ils ne vont pas les casser... Je veux que ce soit une intensité correcte. Le premier qui fait ça avec des mauvaises intentions, il aura vite un problème sérieux avec moi. Il n'y a jamais de bagarre. Ils se respectent. Et c'est plus amusant de s'entraîner comme ça qu'en dilettante. Quand j'ai des morts de faim à l'entraînement, j'aime bien. Et j'en ai beaucoup. C'est un état d'esprit qui a été créé. WILMOTS : Je les conseille. Et quand il n'y a pas assez de duels à mon goût, je réduis encore les espaces pour qu'il y en ait plus. Parce que, qu'est-ce qui nous attend dans les gros matches ? La guerre ! Entre pays, pas de cadeaux. Désolé, c'est ça le foot moderne. WILMOTS : C'est à vous de juger, pas à moi. J'ai vu les gens qui étaient là-bas : Michel Platini, Fabio Capello. J'ai échangé avec Platini, c'était intéressant. WILMOTS : C'est quelqu'un que j'admire beaucoup. On va d'abord attendre que l'enquête soit clôturée pour savoir s'il a vraiment fait quelque chose de mal. Je crois qu'il y a eu un attentat préparé. J'espère qu'il va être blanchi parce qu'on a besoin de gens comme lui au plus haut niveau du foot européen et mondial. Platini est un homme de foot. Quand je suis allé chercher mon trophée à Dubaï, j'étais en train de jongler avec mon fils sur la plage, il n'a pas pu s'empêcher de venir jouer avec nous. Mon fils lui a demandé d'expliquer le secret qu'il avait pour tirer des coups francs. Je vous rassure, il sait encore les mettre dedans ! WILMOTS : Chacun doit être à sa place mais je reste convaincu que les anciens grands joueurs sont toujours les meilleures solutions à certains postes. Je ne parle pas du juridique, du financier ou du marketing, mais de rôles où l'expérience de joueur peut faire la différence. WILMOTS : Les critiques sur le jeu... On revient toujours avec le match contre Chypre. On n'a pas été bons mais je l'ai dit moi-même. Les joueurs étaient cuits. C'est une des premières fois où je les ai vus dans un état physique pareil. Mais ils se sont arrachés pour aller chercher la victoire. Je préfère qu'on regarde d'où on est partis, qu'on voie le nombre de buts marqués et encaissés. Le problème, s'il y a 95 % de positif, c'est qu'on préfère se focaliser sur les 5 % de négatif. On regarde les matches qui ont été un peu moins. Mais je crois que pendant des années, avant moi, vous en avez eu, des matches un peu moins, non ? J'espère juste que le prochain coach qui viendra, on le jugera comme on me juge. WILMOTS : Pour moi, ce n'est pas grave. Pour les joueurs, ça m'ennuie plus. On a quand même bien évolué, non ? Michel Preud'homme a raison quand il dit que les gens attendent maintenant qu'on batte des pays comme l'Argentine avec trois buts d'écart. Vous avez vu l'Allemagne ? Vous avez vu l'Italie ? Eux aussi, ils souffrent pour gagner. On a fait un match de très haute qualité en France, on l'a refait contre l'Italie. Mais il y en a qui préfèrent encore revenir avec Chypre. Moi, je préfère voir qu'on nous craint partout. WILMOTS : Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Un moment, j'ai hésité à reprendre l'équipe nationale parce que je savais comment ça allait se passer. Ce n'est pas que je n'avais pas envie du job mais je pensais à ma famille. J'ai failli mettre ma femme et mes enfants dans notre maison de Bordeaux à ce moment-là. Je savais dans quoi je mettais les pieds. Il y a des gens qui m'ont directement dit : -Toi, on va te tuer. WILMOTS : J'ai l'impression qu'ailleurs, on juge sur les résultats. Ici, il peut y avoir d'autres critères. Si j'avais tout accepté, si j'avais marché dans le jeu de ceux qui réclamaient des passe-droits, la situation serait différente. On m'a clairement fait comprendre que si je donnais des infos en exclusivité, ça se passerait bien. Pour moi, ce n'était même pas négociable. Le Bild avait déjà voulu faire la même chose quand j'étais à Schalke, ils m'avaient dit : -Tu nous donnes tout ou on décide que c'est fini pour toi. Je les avais expédiés et ils avaient commencé à me tailler. WILMOTS : Exactement. Ça a marché avec d'autres coaches de l'équipe nationale dans le passé, mais avec moi, ça ne fonctionnera jamais comme ça. Je veux continuer à regarder tout le monde dans le blanc des yeux, surtout mes joueurs. Je n'ai pas besoin de m'acheter des protections. Je sais ce qu'il faut faire pour être bien, je connais le système par coeur, ne vous tracassez pas. Mais je ne le ferai pas. WILMOTS : Dingue, non, je ne suis pas parano, faut arrêter. Mais je sais d'où ça venait. Je connais les taupes. Maintenant, ils savent que je sais... PAR THOMAS BRICMONT, PIERRE DANVOYE ET PETER T'KINT - PHOTOS BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS" Tout ce qu'on a fait depuis que j'ai repris l'équipe, ça ne peut pas être balayé en trois semaines de tournoi. Malheureusement, c'est comme ça que ça fonctionne. " - MARC WILMOTS " Qu'est-ce qui nous attend dans les gros matches ? La guerre ! " - MARC WILMOTS " En tactique, je n'ai de leçons à recevoir de personne. Jusqu'ici, tous mes choix ont été excellents. " - MARC WILMOTS " Si ça se passe mal à l'EURO, on va demander qui doit être le nouveau coach. Et moi, j'annoncerai que je continue. " - MARC WILMOTS