Marco van Basten (47 ans) a paraphé un contrat de deux ans au SC Heerenveen, qui a terminé cinquième le dernier championnat et attend beaucoup de cette saison. Van Basten est le premier à relativiser cette euphorie : " Le fait que j'ai été un bon footballeur ne constitue absolument aucune garantie quant à la qualité de mon travail d'entraîneur. Mon passé me dote d'une certaine crédibilité mais au final, je serai jugé sur les prestations de mes joueurs. Tout le monde espère que je sois la clé du succès parce que j'ai fait partie de l'élite mais cela ne veut rien dire. "
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Marco van Basten (47 ans) a paraphé un contrat de deux ans au SC Heerenveen, qui a terminé cinquième le dernier championnat et attend beaucoup de cette saison. Van Basten est le premier à relativiser cette euphorie : " Le fait que j'ai été un bon footballeur ne constitue absolument aucune garantie quant à la qualité de mon travail d'entraîneur. Mon passé me dote d'une certaine crédibilité mais au final, je serai jugé sur les prestations de mes joueurs. Tout le monde espère que je sois la clé du succès parce que j'ai fait partie de l'élite mais cela ne veut rien dire. "Marco van Basten : Les deux. Il faut pouvoir croire au projet mais j'écoute aussi mon c£ur, mon instinct, mon corps. C'est mon instinct qui me dicte la voie à suivre. Cela dépasse le cadre des arguments et des raisonnements. J'ai décidé que je ne voulais pas travailler à l'étranger. J'ai eu des possibilités mais je ne les sentais pas. Mon fils a quinze ans, il poursuit sa scolarité à Amsterdam, il a besoin de se concentrer sur ses études et il en a encore pour quelques années. C'est un argument de poids dans mon choix. Quand je jouais, ma femme et moi avons été longtemps exilés. Elle n'en a plus envie non plus. Mon père a 81 ans, j'ai encore deux filles, donc je préférais éviter l'étranger. Alors, que faire aux Pays-Bas ? Je suis Ajacide, donc choisir Feyenoord ou le PSV ne va pas de soi. Il reste alors peu de grands clubs. Je me suis évidemment demandé quelle équipe me conviendrait et Heerenveen s'est présenté. Après mûre réflexion, j'ai accepté. Peut-être. Je n'en sais rien. C'est possible. Des grands clubs se sont intéressés à moi, sans que ça n'aboutisse. Il faut aussi savoir comment ça fonctionne. Je lis parfois qu'un grand club pense à moi mais ce qui m'intéresse, c'est de savoir dans quelle mesure c'est réel. Non. Souvent, on utilise votre nom pour forcer quelque chose ou lancer un processus. Je n'ai eu de contacts qu'avec un seul club : le Milan AC, mais cela remonte à deux ans. A cette période, je devais subir une nouvelle opération à la cheville et j'aurais trouvé indécent de m'y résoudre au moment où j'aurais du travail. Oui. Je souffrais de nouveau de la cheville. On a fixé l'articulation il y a vingt ans. Depuis, j'ai pu jouer au golf et au tennis sans trop de problèmes mais au fil des années, la cheville s'est re-manifestée et est redevenue douloureuse. J'avais mal après une demi-heure de marche. Il fallait nettoyer l'articulation. Maintenant, ça va de nouveau mais je dois rester prudent. Un peu de vélo, pour ma condition physique. Je joue aussi au golf mais j'ai dû renoncer au tennis, qui est mauvais pour ma cheville. De manière formelle, je travaille pour Hansma mais il s'agit plutôt d'une collaboration. A l'Ajax, j'ai eu la malchance que beaucoup de gens s'en aillent ou endossent d'autres fonctions à mes débuts. John Jaakke a démissionné de la présidence, il n'y avait plus de directeur général et Martin van Geel a quitté le poste de directeur technique. On m'a donc laissé travailler à ma façon mais c'est loin d'être idéal. J'ai fini par enrôler Danny Blind. Oui. J'ai été franc. C'était la meilleure manière de conserver mon honneur et de ne pas nuire à d'autres personnes. Oui. Nous avons débuté cette saison avec de nombreux nouveaux alors qu'on exigeait le titre. J'ai échoué et j'ai donc dû le reconnaître. La saison suivante, j'ai obtenu une nouvelle chance mais j'ai estimé n'avoir pas bien travaillé et j'ai donc démissionné. Nous n'étions pas en mesure d'être champions. Je ne veux pas entrer dans les détails mais j'en ai tiré mes conclusions. Oui. Je l'ai fait et je dois dire que ça a été très intéressant. C'est partiellement lié à moi mais aussi à la manière de gérer les autres. En fait, je suis d'un naturel renfermé. C'est moi qui décide quand m'ouvrir ou pas, ce qui n'est pas facile en football. Ce milieu veut tout savoir. Or, il est très difficile de gérer cette pression, surtout quand on est jeune. On vous considère trop vite comme un adulte, on pense que vous devez avoir une opinion sur tout. C'est très compliqué car vous n'êtes encore qu'un gosse. Un bon footballeur mais un gamin. Les gens ne font pas cette différence. Vous êtes connu, on vous reconnaît, on vous observe, on veut tout savoir de vous. Je n'étais absolument pas prêt. A l'époque, je ne sais même pas encore quelle vie mener ni quel homme je suis vraiment. Enfant, je rêve de réussir une grande carrière en football, de marquer des beaux buts, d'être important mais je n'imagine absolument pas devenir aussi un Néerlandais célèbre ni un héros. Je n'étais donc pas préparé aux conséquences de ce statut. Longtemps, j'ai cherché une manière de gérer cette situation et ça a vraiment été pénible. Si j'étais un footballeur doué, humainement, j'aurais préféré rentrer tranquillement à la maison, fermer la porte et allumer la télévision après l'entraînement. On attendait de moi que je me manifeste dans ce circuit alors que je me concentrais sur le jeu. Il m'a donc fallu du temps pour développer un autre aspect de ma personnalité, soit la gestion de ma vie. En fait, je n'y parviens que depuis quelques années. Récemment, j'ai revu des images de notre équipe nationale. Par hasard car je ne regarde guère les matches d'avant. Le spectacle ne me réjouit pas. Au contraire. En quelque sorte. Je suis très critique quand je me revois en action. Pas facilement. Je vois que j'ai progressé mais je me rends aussi compte qu'humainement, j'étais loin du compte. J'ai manqué d'ouverture, je n'ai pas osé afficher ma personnalité. J'étais vraiment très renfermé. Je m'en rends compte, maintenant. C'est une prise de conscience progressive. En même temps, des tas de gens m'admirent ou ont un avis à mon sujet. Pour les uns, je suis un crétin fini, pour les autres un type intelligent et fiable. Les gens vous dépeignent de différentes façons mais en général, cela correspond à l'image que vous voulez donner. En équipe nationale, soit j'étais un joueur très déterminé, soit j'étais un autiste qui n'écoutait pas et ne s'intéressait pas à son entourage. Or, j'étais toujours la même personne. C'est clair ! Là aussi, les choses se sont déroulées bizarrement. Je travaillais très bien avec John van 't Schip en Espoirs mais les Pays-Bas n'ont pas réussi leur EURO 2004. Jaap de Groot, le rédacteur en chef des sports du Telegraaf, et Johan Cruijff ont pensé que Van Basten travaillerait mieux. D'un coup, j'ai été bombardé sélectionneur alors que j'étais encore loin du compte. Oui, mais j'ai été pris dans une spirale. Sur le moment, c'est un pas bien trop important mais d'un autre côté, je dispose de beaucoup de temps pour évaluer les joueurs et préparer les matches. J'apprends ainsi mon métier. En soit, l'expérience est positive. Il y avait peu d'entraînements mais les autres aspects du métier me sont évidemment tombés dessus très brutalement. Je manquais tout simplement de l'expérience nécessaire pour me sentir à l'aise dans un poste de commandement. Le métier d'entraîneur requiert beaucoup d'expérience. Par exemple, la gestion humaine s'améliore avec ce bagage. On apprend à reconnaître des situations périlleuses, à les gérer. Alors qu'un footballeur a le droit d'être introverti, un entraîneur doit aller vers les autres et c'est très difficile. Le monde extérieur vous transforme en quelqu'un que vous ne connaissez même pas ou dans la peau duquel vous ne vous sentez pas bien. Je n'étais même pas encore adulte. L'exercice était périlleux et il le reste. Je peux chuter à chaque pas, j'en suis conscient. Chaque entraîneur reçoit des claques et des louanges. C'est un drôle de métier. Prenez Pep Guardiola : alors qu'il effectue ses débuts au Barça, sans la moindre expérience, il gagne tout. D'un autre côté, il y a des entraîneurs qui n'ont pas été de grands joueurs mais qui connaissent le succès dans le second volet de leur carrière. Et d'autres font de l'excellent boulot sans jamais rien gagner. Je ne vois pas les choses ainsi. Le football est simplement ma raison d'être. Je pourrais très bien rester assis dans mon fauteuil sans rien faire mais ma vie serait très vide. Quand la faculté m'a annoncé la fin de ma carrière, je me suis rendu compte que, de tout ce que je faisais, c'était le football qui me passionnait le plus. Alors, que faire ? J'avais du mal à regarder les matches. Voir Maldini et Costacurta jouer pour Milan me faisait mal au c£ur, car mon âge m'aurait encore permis d'être avec eux. C'était dur. A mes yeux, la bouteille était à demi vide. Je ne parvenais plus à appréhender les choses de manière positive. Il m'a fallu beaucoup de temps pour réaliser que j'ai eu une très belle carrière, durant laquelle j'ai vécu beaucoup de belles choses et gagné beaucoup d'argent. Cela ne voulait pas dire que j'allais être un bon entraîneur. Il me restait beaucoup de travail. Je devais encaisser des coups, me relever. Ce fut tout un apprentissage car je n'y étais pas habitué. A essuyer autant de critiques. J'ai été saisi. Un footballeur n'est qu'un maillon parmi d'autres mais l'entraîneur est la cible de tout le monde. C'est du moins ce que j'ai ressenti. C'était comme si on jouait l'homme. La façon dont on gère les critiques en dit en fait plus long que les critiques en elles-mêmes. Leur signification n'est pas nécessairement la même pour moi que pour ceux qui me les adressent mais ça aussi, j'ai dû le comprendre car c'était nouveau. J'étais fatigué après une année difficile. Un moment donné, c'en est devenu trop et j'ai décidé d'arrêter. J'ai pris pour moi les critiques et j'ai décidé d'arrêter avant que tout le monde ne soit sali. C'est faux. En apparence mais ce n'est pas la réalité. Je suis très sensible et comme j'en suis conscient, je garde mes distances. J'ai donc l'air d'un homme froid et distant. C'est loin d'être le cas. Certains pensent que je m'enfuis, d'autres que rien ne m'intéresse. Inconsciemment, durant cette pénible saison à l'Ajax, j'ai encaissé et stocké toutes les critiques. C'est pour ça que j'étais fatigué, au point de dire que quoi qu'il arrive, je m'en allais. C'est regrettable car j'ai connu une très belle carrière dans un chouette club, tout près de chez moi, en plus. Mais je n'y ai réfléchi qu'après. Non, pas du tout. J'ai effectué le bon choix, pour ma santé d'abord. J'ai clairement posé un choix personnel, individualiste. Trop de gens s'entêtent et se démolissent. Tout au début, après quelques semaines, je n'ai pas vraiment été heureux de ma décision. J'ai vraiment douté, au point d'avouer à la direction, deux semaines après mon départ : - Si vous ne trouvez personne, je réfléchirai. De leur côté, les dirigeants ont estimé ne pas pouvoir faire marche arrière. Naturellement. Ce n'est pas une décision qu'on prend à la légère. Elle a eu un impact. Nous ne sommes pas des robots interchangeables et selon moi, beaucoup d'entraîneurs et de joueurs de l'élite sont bien plus sensibles qu'ils ne le montrent. Livrer le meilleur de soi-même sous la pression constante des supporters, des journalistes et des téléspectateurs constitue une performance en soi. On ne se rend pas compte de tous les paramètres qu'il faut maîtriser. Nous aussi, nous sommes en proie à la nervosité car nous ne savons jamais quel sera le résultat. Nous ne sommes pas maîtres de notre sort et c'est une source de stress. Et ils se sont marrés. Le pire, c'est que ça vienne du kop de l'Ajax. Mes propres supporters m'ont insulté. Les gens ont éclaté de rire, ce qui n'est pas marrant, mais ce n'est pas un drame non plus. Il y a pire. C'est assez gag mais c'est aussi une leçon. J'ai accordé trop d'attention à ce type en restant planté là. Si j'avais poursuivi mon chemin, il ne se serait rien passé. Je n'ai pas été malin. Un départ, une relance, comme vous voulez. Moi, je n'ai qu'un objectif : bien travailler à Heerenveen. C'est l'essentiel. Je peux bien déclarer vouloir travailler pour l'élite absolue, où je pourrai transférer les meilleurs joueurs sans devoir en vendre mais ce n'est pas la réalité. En plus, je devrais m'exiler, découvrir une autre langue et tous les problèmes liés à une culture étrangère. Pourquoi se compliquer la vie quand on peut faire simple ? Prenez Villas-Boas. Il a été phénoménal au FC Porto puis à Chelsea, il n'a connu que des problèmes. Je ne le comprends pas : il se plaisait au Portugal. Pourquoi vouloir changer à tout prix ? Pourquoi pas ? Si je m'y plais, que les résultats sont bons et les gens satisfaits, c'est possible. Un entraîneur n'est pas bon, par définition, parce qu'il travaille pour un grand club. Footballeur, je voulais émarger à l'élite absolue mais depuis que je suis entraîneur, cette ambition est plus tiède ou plutôt, la situation a changé. Maintenant, la question est de savoir si j'aime assez ce métier et si je suis capable d'encaisser les coups et de poursuivre ma route. Je suis curieux, très curieux, de voir ce que ça va donner. PAR FRANS VAN DEN NIEUWENHOF - photos: imageglobe" Sélectionneur ? Je n'étais pas encore prêt !"" On considère trop vite les footballeurs comme des adultes qui doivent avoir un avis sur tout. "" J'avais mal au c£ur en voyant Maldini et Costacurta jouer à Milan. J'aurais dû être avec eux. "