Le dernier vainqueur du Ronde savoure souvent un bon match de foot et le stoppeur des Mauves ne rate aucune course cycliste. Lorsqu'ils avaient 16 ans, ils semblaient chacun voués au sport de l'autre: Glen De Boeck se demandait s'il n'allait pas devenir cycliste, tandis que le jeune Peter Van Petegem dirigeait les mouvements de son équipe, revêtu du numéro dix.
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Le dernier vainqueur du Ronde savoure souvent un bon match de foot et le stoppeur des Mauves ne rate aucune course cycliste. Lorsqu'ils avaient 16 ans, ils semblaient chacun voués au sport de l'autre: Glen De Boeck se demandait s'il n'allait pas devenir cycliste, tandis que le jeune Peter Van Petegem dirigeait les mouvements de son équipe, revêtu du numéro dix. Van Petegemest très sûr de lui pour l'instant: "Normal... Quand la condition est bonne, on n'est pas stressé, même avant une course cruciale".De Boeck, très averti, intervient: "Avant, les cyclistes devaient prester dix mois par an. Maintenant, ils partagent autrement leur saison. Le cyclisme s'est spécialisé: ceux qui doivent briller dans les classiques ne courent pas le Tour et vice-versa. En football, la saison dure toujours de dix à onze mois".Glen De Boeck : Les coureurs s'entraînent différemment. Je peux comparer les deux sports car j'ai beaucoup roulé, même si ce n'était pas au top. J'admire beaucoup les efforts des cyclistes, mais les comparaisons n'ont pas de sens. Nous nous entraînons autrement, nous sommes exposés aux contacts, nous arrivons à 60 matches par an, ce qui représente deux rencontres par semaine, durant la saison. Peter Van Petegem : J'adore le foot et j'admire les exploits techniques des joueurs. Il faut vraiment exercer ce don. Nous avalons des kilomètres sur le vélo, cinq ou six heures. C'est différent. Simple mais dur. D'un mouvement, Ronaldo peut être l'homme du match. Si je me donne à fond au Patersberg mais qu'on ne me voit plus après, nul ne m'admirera. On ne va pas au foot pour voir un homme courir d'un but à l'autre pendant 90 minutes. Pour un coureur, c'est donner, donner et encore donner. Même s'il y a aussi un aspect tactique. Les sprinters sont-ils les avants du cyclisme?Van Petegem : Un sprinter est un cheval de luxe. Tout va de soi pour lui. Financièrement, il y a une différence mais ça reste un sport d'équipe: nous représentons Lotto-Domo, eux Anderlecht. Dans les deux cas, c'est l'équipe qui gagne. Si j'ai remporté le Tour des Flandres, c'est parce que d'autres m'ont mené assez loin. C'est comme en football. Le gardien est aussi important que l'avant. Un gregario s'entraîne autant qu'un leader. De Boeck : Il faut d'abord avoir assez de qualités individuelles pour arriver. Ensuite, le collectif est important. Si l'individu prime, bonjour les frictions! Mais à la base, on se dirige plus facilement vers le football car on n'a pas besoin de grand chose pour jouer. Van Petegem : Et dire que maintenant, on organise des stages de cyclisme pour les gosses de dix ou 11 ans. Pas de mon temps. J'ai fait mon chemin progressivement et je ne suis devenu pro qu'à 22 ans. "Le sport n'est pas honnête" (Van Petegem)Van Petegem : C'est plus amusant. Le revers de la médaille, c'est qu'on peut se cacher dans un groupe et que la qualité de l'entraînement en pâtit. De Boeck : Plus le groupe est bon, moins vous avez de chances de jouer. L'intensité de l'entraînement décroît. Il faut alors y mettre de sa propre intensité. Van Petegem : D'accord, courir six heures tout seul n'est pas marrant du tout mais je connais des coureurs qui le font. Jeune, je m'entraînais toujours seul. Très dur. Quand vous connaissez les enjeux, vous y parvenez aussi au sein d'un petit groupe. Il ne faut jamais être à plus de six ou huit. En stage, l'équipe est généralement divisée en deux. Le Tour des Flandres est-il une course honnête, homme contre homme?Van Petegem (il rit) : Je ne sais pas s'il y a tellement de courses honnêtes. Et Paris-Roubaix? Est-ce une course ou un spectacle, avec le bois d'Arenberg et tous ces obstacles?De Boeck : Ceux qui sont en forme, en tête, peuvent minimiser la part du hasard. Le 30e au Koppenberg, par contre, s'expose davantage à une chute. Mais s'il y a une chose que je déteste, ce sont les pavés! Van Petegem : J'aime Paris-Roubaix. J'ai toujours rêvé de la gagner. Mais si elle est honnête? Rien ne l'est en sport. A Waregem, un peloton de 30 tombe, Museeuw se blesse, Hans De Clercq aussi. Il peut toujours se passer quelque chose. Kivilev est décédé des suites d'une chute à Paris-Nice. éa vous a interpellé longtemps?Van Petegem : éa a relancé la discussion sur le port obligatoire du casque puis Milan-Sanremo arrive et tout le monde court sans casque. La vie continue. Il le faut. Le jour où on réfléchit trop aux risques, mieux vaut arrêter. Si les footballeurs commencent à redouter les tackles, c'en est fini d'eux aussi. De Boeck : Rien n'est plus important que la vie. éa m'interpelle. Le sport s'efface devant de telles tragédies. Van Petegem : Dans un sprint massif, je freinerai plus vite, sachant que j'ai de toute façon peu de chances, mais je n'ai pas peur. Je me sens capable de passer le Koppenberg en premier car j'y suis obligé. De Boeck : J'ai été fâché qu'on compare notre match contre le Panathinaikos à la guerre en Irak. C'était immoral. Van Petegem : Les médias sont ainsi faits. Après la première course belge de la saison, nous étions en crise. On apprend à vivre avec cette vision manichéenne. Pour moi, une course est finie le soir-même mais pour les journalistes, elle dure plusieurs jours. "La tactique est innée" (De Boeck)Van Petegem : Pour moi, on peut les supprimer. Elles sont parfois dangereuses. Elles ont déjà provoqué des chutes. De Boeck : C'est comme le gsm en voiture, c'est dangereux. J'ai vu Van Bon mordre l'arrière d'un autre vélo pendant qu'il discutait. D'ailleurs, je pense que Peter et Johan savent très bien comment rouler. Pas besoin de Wilfried Peeters pour savoir ce qu'ils doivent faire. Van Petegem : Parfois, c'est simple. Je fais ma part mais j'ai une bonne vision de la course. Je ne consens pas d'efforts inutiles. De Boeck : Je pense que le sens tactique est inné mais qu'il se complète par l'expérience. Dès l'âge de sept ans, j'assistais à deux matches par week-end. Si je ne l'avais pas fait, je n'aurais pas ma vista actuelle. Le faire plus tard n'a pas la même utilité. Financièrement, les temps deviennent durs. Est-ce que ça vous tracasse beaucoup?De Boeck : J'ai encore trois ans de contrat. J'ai resigné au bon moment. Je peux dire que j'ai fait les bons choix. Il y a deux ans, j'ai eu une offre de l'étranger mais je n'ai pu partir. A ce moment, j'ai envisagé d'attendre la fin de mon contrat, qui courait jusqu'à cet été, et de voir ce qui se passerait. Je trouverai toujours une équipe mais plus le contrat qui m'a été proposé alors. Van Petegem : Nous avons moins de possibilités. Pendant des années, j'ai été bien chez TVM. Quand l'équipe a disparu, j'ai eu quelques problèmes avec mes choix. Quand un sponsor tombe en faillite... La nouvelle équipe de Jan Ullrich, Coast, a initialement été suspendue...Van Petegem : Ullrich n'a pas de problème. Quand vous pouvez signer un contrat de 60 millions... De Boeck : Ce sont les sept autres coureurs de l'équipe qui ont un problème. Van Petegem : C'est comme en football. L'élite continuera à bien gagner sa vie. Mais ceux qui sont en dessous? Je regrette que nous n'ayons pas de fonds de pension comme les footballeurs. Il y a peut-être dix ou 15 coureurs bien payés mais il semble impossible de créer quelque chose pour un groupe aussi restreint que le nôtre. C'est la tâche de la Fédération car individuellement, il est difficile d'obtenir quelque chose. Nous n'avons pas non plus la stabilité d'un club de football. Anderlecht et le Club Brugeois existent depuis 100 ans. Lotto est présent en cyclisme depuis longtemps mais il constitue une exception. Un footballeur dispose d'une structure plus solide. De Boeck : Le club nous assure. Heureusement car les primes d'une assurance individuelle sont pharamineuses. Van Petegem : Nous n'avons pas non plus l'avantage fiscal dont jouissent les footballeurs. Le jour où ils arrêtent, beaucoup de coureurs tombent dans le trou car ce qu'ils ont gagné ne suffit pas à lancer quelque chose. Peter T'Kint et Roel Van den Broeck"Un mouvement suffit à Ronaldo mais un coureurdoit donner, donner, donner" (Peter Van Petegem)