Cela faisait longtemps qu'un gardien du Standard n'avait pas suscité autant le débat. Sans doute faut-il remonter au duo Khalid Fouhami- Filip Sunsjara pour voir autant de suspicions s'abattre sur un portier. Même le fade (mais pourtant très rémunéré) Fabian Carini avait réussi à passer entre les gouttes. Depuis le début de la saison, Olivier Renard a fait face à toutes les tempêtes, tel un roseau qui plie mais ne rompt pas. Après un début de saison à l'image de celui de son club (c'est-à-dire chaotique), le Carolo avait trouvé son rythme de croisière et semblait installé dans le costume difficile à porter de dernier rempart du Standard. C'était mal connaître l'atmosphère qui s'empare de Sclessin à chaque mercato. Les rumeurs d'arrivée de Bertrand Laquait et de prêt à Charleroi allaient même gonfler à la fin janvier. Pourtant, Renard est toujours là, fidèle au poste. Contre Genk, il a montré sa force mentale en réalisant un match exemplaire. Mais est-il le gardien qu'il fallait au Standard et est-il suffisamment talentueux pour succéder à ses réputés prédécesseurs ? Il s'est prêté pour nous au jeu de l'analyse et de la cotation.
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Cela faisait longtemps qu'un gardien du Standard n'avait pas suscité autant le débat. Sans doute faut-il remonter au duo Khalid Fouhami- Filip Sunsjara pour voir autant de suspicions s'abattre sur un portier. Même le fade (mais pourtant très rémunéré) Fabian Carini avait réussi à passer entre les gouttes. Depuis le début de la saison, Olivier Renard a fait face à toutes les tempêtes, tel un roseau qui plie mais ne rompt pas. Après un début de saison à l'image de celui de son club (c'est-à-dire chaotique), le Carolo avait trouvé son rythme de croisière et semblait installé dans le costume difficile à porter de dernier rempart du Standard. C'était mal connaître l'atmosphère qui s'empare de Sclessin à chaque mercato. Les rumeurs d'arrivée de Bertrand Laquait et de prêt à Charleroi allaient même gonfler à la fin janvier. Pourtant, Renard est toujours là, fidèle au poste. Contre Genk, il a montré sa force mentale en réalisant un match exemplaire. Mais est-il le gardien qu'il fallait au Standard et est-il suffisamment talentueux pour succéder à ses réputés prédécesseurs ? Il s'est prêté pour nous au jeu de l'analyse et de la cotation. " Quand j'ai commencé la saison, on n'arrêtait pas de me comparer à Vedran Runje qui possédait une personnalité très forte. Le Croate était plus nerveux. Il pouvait quasiment frapper un joueur sur le terrain. En début de saison, si j'avais fait la moitié des gestes de Vedran, on aurait dit - Mais pour qui se prend-il ? alors que pour Runje, on entendait - Quelle personnalité ! Moi, je fais dans la sobriété. J'essaye de garder toujours le même calme. Quelle que soit la situation. Cela m'a permis de faire face à l'avalanche de critiques. Tous les buts que je prends sont décortiqués et analysés. Contre Charleroi, on me reproche même le premier but. Sur la tête d' Orlando, je dois me jeter vers l'arrière pour sortir le ballon sur un réflexe. Je retombe d'ailleurs dans mon but. C'était impossible de sortir le ballon autrement. J'ai essayé simplement d'éviter qu'il ne retombe dans le but. Je n'ai pas subi de critiques de journalistes. Elles sont venues du Standard. Cependant, si un gardien est particulièrement exposé, il peut être mis aussi très vite en valeur ". Alors que Renard semblait trouver son rythme de croisière, une nouvelle rumeur de départ a enflé durant le mercato : " Il n'y a que le nom de Jean-Marie Pfaff qui n'a pas été cité pour me remplacer. L'équipe nationale est déjà venue me visionner. Je ne me sens pas international, loin de là, mais si on me visionne, c'est que je ne suis pas si mauvais que cela. Si j'avais un nom slave et les mêmes qualités, je ne recevrais pas autant de critiques. Je ne me pensais pas installé. J'ai commencé la saison avec peu de crédit et je pensais en avoir acquis à la fin du premier tour. Pourtant, on a reparlé encore d'un nouveau gardien. A la fin de l'année, je préfère que l'on me dise - Tu n'as pas perdu de points plutôt que d'affirmer que j'en ai gagné. " Je considère que j'en ai car j'ai vécu à 100 % comme un professionnel lorsque j'évoluais en Italie. Ici, si on a sept jours de stage, certains commencent à grogner. Moi aussi, je préfère être chez moi mais si en Italie, on dit qu'on n'aura que sept jours de stage sur la saison, les joueurs vont se poser des questions. C'est vrai que je manquais de repères sur le terrain. Je commence à monter en puissance. Je préfère d'ailleurs avoir une courbe ascendante plutôt que descendante. Je ne suis pas le même gardien au niveau des vestiaires que l'année passée. Je sens que je prends de l'importance. On me demande mon avis et je me sens impliqué. Cependant, mon comportement n'a pas changé. Ce n'est pas parce que j'ai disputé 20 matches de D1 que je devrais avoir le gros cou ". " J'ai particulièrement apprécié l'interview de Frédéric Herpoel après Gand-Anderlecht. Il avait eu un réflexe dans les derniers instants du match et avait dit qu'il s'agissait de son arrêt le plus facile de la rencontre. Il fallait juste être placé et rester sur ses appuis. Il faut cesser de juger les gardiens sur les arrêts spectaculaires. Par contre, on ne se rend pas souvent compte de la difficulté des ballons déviés. Il faut modifier son positionnement au dernier moment. Et le fait de jouer de plus en plus avec ces nouveaux ballons de plage ne nous facilite pas non plus la vie ". " C'est une des choses les plus importantes pour un gardien. Il s'agit de la base de la contre-attaque et si on choisit la ligne droite, cela devient plus facile pour marquer. Tout dépend aussi des événements. Parfois, quand on a fait revenir toute l'équipe derrière, il convient d'attendre que tout le monde reprenne sa place avant de dégager. Michel Preud'homme ne laisse souvent qu'un attaquant qui, lui, est flanqué de deux défenseurs. Cela ne sert donc à rien de dégager rapidement pour trouver l'attaquant car il est en situation d'infériorité numérique. Genk choisit de laisser deux à trois joueurs. Logan Bailly a donc tout intérêt à se dépêcher car il a le choix de la relance. De plus, c'est sa force. Ce qui explique que ses dégagements sont souvent décisifs. Il m'arrive de prendre des risques si je vois qu'il y a deux attaquants mais généralement, je choisis de temporiser. Je pense d'abord à ne pas prendre de but plutôt qu'à la contre-attaque qui va suivre. D'autant plus que l'on encaisse souvent des buts sur corners. Je préfère donc me concentrer sur la phase arrêtée. La relance dépend aussi du résultat. Si on mène, je vais tarder et essayer de gagner du temps ". Et à la main ou au pied ? " Depuis que l'on a supprimé la règle des trois pas et que l'on peut courir n'importe où dans le rectangle, on voit les dégagements à la main se multiplier. On est plus précis de la sorte mais je choisis les dégagements au pied car ceux-ci vont plus loin. Il y a plusieurs techniques de dégagement au pied. Moi, j'opte pour le drop. Le ballon touche le sol juste au moment où je dégage. Il convient donc de faire attention à l'état du terrain. Le drop n'est pas facile mais j'ai toujours privilégié cela car j'ai été influencé par Filip De Wilde ou Ranko Stojic qui possédait la technique la plus pure. Il m'a donné envie d'apprendre. J'utilise beaucoup aussi le dégagement à l'anglaise : mettre le ballon par terre, avancer et dégager. S'il n'y a pas de pressing, cette technique permet d'avancer et donc de gagner du terrain pour trouver la tête d' Igor De Camarago ou la profondeur dans laquelle plonge Milan Jovanovic. Un défaut ? Je ne relance pas assez vite ". " On travaille beaucoup cela à l'entraînement et je m'efforce de n'effectuer que des dégagements du pied gauche, par exemple, le plus faible. En match, je préfère quand même l'utiliser plutôt que de me tourner afin de me placer sur mon bon pied. Je choisis souvent la solution la plus sûre. Je ne suis pas un gardien spectaculaire. Sur une passe en retrait, je pars du principe qu'il vaut mieux envoyer le ballon dans la tribune. A part cela, je suis demandeur des passes en retrait. Je n'ai pas peur de commettre l'erreur fatale. C'est pour éviter cette faute que j'utilise mon pied gauche car quand on se retourne pour utiliser le pied droit, on se retrou- ve dans l'axe du but. J'ai appris cela en Italie. Cependant, si j'utilise mon mauvais pied, il ne faut pas me demander une relance précise sur la poitrine gauche. Quant à mon pied droit, je peux dire que j'ai une belle frappe. Ce n'est pas pour rien que chez les jeunes, à Charleroi, je tirais les penalties ". Et quand on rate une relance ou un dégagement ? " Cela m'est arrivé en début de saison à Lokeren. Je visais la droite et le ballon est parti de l'autre côté. A ce moment-là, on passe pour un c... et en plus, on offre une deuxième chance à l'adversaire ". " Avec mon 1m92, je devais surtout travailler la vivacité et la rapidité. Pourtant, je reçois beaucoup de compliments sur la vitesse à laquelle je me retrouve au sol. C'est paradoxal car auparavant, les sorties aériennes constituaient mon point fort et je me suis mis à travailler mon placement et mes réflexes sur la ligne. Maintenant, c'est l'inverse. Il faut dire que l'on peut améliorer les réflexes à l'entraînement. Or, ce n'est pas le cas pour les centres aériens. A l'entraînement, il est rare que l'attaquant se donne à fond au duel. On ne peut compter que sur les matches pour s'améliorer dans ce domaine ". " C'est le domaine que je dois travailler le plus. Peut-être qu'un gardien en confiance se doit de prendre plus de risques. Moi, je préfère ne pas sortir et me préparer à arrêter le coup de tête qui suit un centre. Mais, c'est vrai qu'un gardien qui sort soulage sa défense. Je dois y penser. Peut-être que je me suis aussi reposé trop sur ma ligne arrière : Oguchi Onyewu, Mohamed Sarr et Dante sont très forts de la tête. Les sorties aériennes constituent le point fort de Bailly. Il aime prendre des risques et cela paie souvent. A part contre nous, sur le deuxième but. Il fait une erreur mais il faut surtout souligner la course de De Camargo qui a parfaitement coupé la trajectoire du ballon. Sur un centre, Bailly est souvent au deuxième poteau. Moi, je me trouve davantage au premier et c'est vrai qu'il faudrait que je me recentre dans mon but. Me recentrer oui mais on ne me verra jamais au deuxième poteau. Car si on me mettait dans la position de Bailly, je ne me sentirais pas bien. Je ne suis pas autant explosif que lui sur les premiers mètres. On me ressort souvent l'argument de ma taille mais ce n'est pas parce que je suis grand que je dois sortir tout le temps. Fabien Barthez et Jean-François Gillet sont petits mais aiment sortir. Cependant, je n'éprouve aucune crainte. Je ne reste pas sur la ligne en pensant que si je sors, je risque de me trouer. Je ne me sens ni friable ni paniqué. J'ai joué beaucoup au basket dans ma jeunesse et j'ai acquis une bonne coordination. Contre Genk, j'ai pris davantage de risques et j'ai reçu des compliments. Parfois, je dois anticiper plus la phase et le mouvement car le plus important, c'est de rester dans le mouvement. Car si on est planté au début de la phase, on reste planté à l'issue de celle-ci. Il faut se lancer pour continuer. Comme une sorte de faux départ ". " Je la qualifierais de très bonne. Ma prise de balle a été façonnée en Italie. Au Standard, les trois gardiens sont très différents. Rorys Andrès Espinoza ressemble à l'école sud-américaine. Leur jeu au pied est très bon mais leur technique est moins forte. Les Allemands relèvent du même style. Jeremie De Vriendt est davantage spectaculaire. Il fait partie de l'école belge. Moi aussi, à Charleroi, j'aimais bien mettre mes pieds plus haut que ma tête mais en Italie, ils n'apprécient pas du tout. A chaque fois que je me montrais trop fougueux, je devais faire une séance de pompages. En Italie, un gardien, quand il plonge, il le fait en ligne droite car s'il relâche le ballon, il n'est pas dans le sens du but. Là-bas, on avait droit à 2 h 30 d'entraînement quotidien et pour moi, Gianluigi Buffon représente l'exemple de la technique. Stojic était très fort aussi ". " C'est toujours vexant de prendre un but en un contre un. Pourtant, on ne peut pas faire grand-chose. Il faut fermer l'angle de tir et réagir si on est passé. Il convient de rester le plus longtemps sur ses appuis car un gardien qui se couche est un gardien mort. Contre Genk, je sors gagnant d'un duel contre Kevin Vandenbergh mais j'ai eu de la chance. Je reculais, reculais et quand j'ai vu qu'il poussait son ballon trop loin, j'ai saisi ma chance. Dans la même rencontre, Bailly se retrouve face à MilanJovanovic. Il est bien resté sur ses appuis et a fait preuve de patience. Il a fait douter notre attaquant. Il s'agit en quelque sorte d'un jeu d'influence. Il faut faire semblant de sortir vite pour induire son opposant en erreur. Il faut le pousser à mettre le ballon où on veut le recevoir. Vedran Runje est très fort dans cet exercice. Il restait sur ses jambes jusqu'au dernier moment ". " Le gardien constitue le dernier homme et il voit toute l'équipe disposée devant lui. Il convient donc de parler à sa défense et de repositionner les hommes. Un gardien qui parle se met en confiance. De plus, cela permet de demeurer sans cesse dans le feu de l'action. Je parle beaucoup et c'est à moi de jongler entre les langues. Pas de problème pour le français, le néerlandais et l'anglais. Par contre, je ne parle pas le portugais. Je suis certain que nous avons vécu un début de championnat chahuté à cause d'un problème de communication. Johan Boskamp arrivait à se faire comprendre mais Preud'homme est beaucoup plus fort à ce niveau-là. Il parle quatre langues ". Contre Lokeren, Renard avait eu une prise de bec avec Onyewu qui lui reprochait de ne pas être sorti prendre le ballon. " Il a voulu protéger le ballon pour me faire sortir. J'avais 15 mètres à faire alors que l'attaquant adverse n'en avait que deux. C'était trop risqué. De plus, je pars du principe que si le gardien ne crie pas, c'est le défenseur qui doit faire son travail. Je n'ai pas apprécié que l'Américain tape ses bras en l'air juste pour attirer l'attention. Il aurait pu me faire le reproche plus calmement ou dans le vestiaire. Mon rôle sur les phases arrêtées consiste à positionner le mieux possible ma défense pour éviter les endroits libres. Je privilégie les hommes en première zone car je ne sais pas y intervenir. On en discute souvent avec l'entraîneur. Je place toujours un homme au premier poteau et il convient d'avoir deux éléments à l'entrée du rectangle pour être présent à la retombée du ballon ". STÉPHANE VANDE VELDE