Le Club Brugeois a signé un fait exceptionnel dans l'histoire récente du championnat de Belgique, le week-end dernier, en terminant son match face au Standard avec 11 joueurs belges sur le terrain. Pour les défenseurs d'un foot à coloration régionale, c'est une très bonne chose, au moment où Beveren ne fait pour ainsi dire plus confiance qu'à de la main-d'£uvre ivoirienne.
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Le Club Brugeois a signé un fait exceptionnel dans l'histoire récente du championnat de Belgique, le week-end dernier, en terminant son match face au Standard avec 11 joueurs belges sur le terrain. Pour les défenseurs d'un foot à coloration régionale, c'est une très bonne chose, au moment où Beveren ne fait pour ainsi dire plus confiance qu'à de la main-d'£uvre ivoirienne. Mais c'est sans aucun doute le seul enseignement positif que le Club peut retirer de cette soirée. Où sont les tenants du titre ? Le bon match livré une semaine plus tôt contre Mouscron ne fut finalement qu'une éclaircie dans la grisaille de cette saison maudite û sur le plan national tout au moins. A Sclessin, les Flandriens ont hérité de leur tout premier corner à la 78e minute : tout un symbole. Trond Sollied a essayé de surprendre Dominique D'Onofrio en alignant une défense à trois... qui a été régulièrement enfoncée. DD avoua après la rencontre qu'il avait effectivement été étonné par ce dispositif inhabituel... mais qu'il s'y était préparé. C'est qu'au Standard, le règne de l'improvisation semble appartenir au passé. Le schéma déployé par Bruges figurait dans la banque de données de José Riga, l'adjoint de Sclessin. Qui est aussi l'informaticien du staff technique. Cet homme, nommé adjoint au début de cette saison, effectue un remarquable travail dans l'ombre. Il a toujours son ordinateur portable à portée de la main et y encode une multitude de données qui sont ensuite commentées, disséquées, analysées avec le coach principal et les autres membres du staff. Nous aurions aimé publier le contenu de l'un ou l'autre fichier de José Riga. Peine perdue. Ses archives sont classées top secret. " Demande ça à Anderlecht ", nous a lancé Dominique D'Onofrio en partant dans un éclat de rire. Son refus est finalement compréhensible. Parce que toutes les fiches de l'adjoint sont peut-être l'une des explications de la bonne tenue des Rouches depuis le début du championnat. " J'encode par exemple des rapports de scouting ", signale José Riga. " Nous n'avions pas pronostiqué avec certitude un dispositif brugeois en 3-4-3, mais nous savions que c'était une possibilité, voire une probabilité à partir du moment où Trond Sollied était confronté, jour après jour, à de nouveaux forfaits ". José Riga : Nous avons dû attendre le coup d'envoi pour en être certains. Même la feuille d'arbitre ne nous permettait pas d'éliminer nos derniers doutes. Il a fallu voir comment les Brugeois se disposaient quand l'arbitre a sifflé le début du match. A ce moment-là, nos joueurs ont tout compris et se sont positionnés en fonction de ce qui avait été dit lors des séances de théorie, en tenant compte de trois défenseurs côté brugeois. Nous avons pratiqué un système presque inédit pour le Standard de cette saison, avec un triangle offensif composé d'Emile Mpenza en pointe, soutenu par Aliyu Datti et Almani Moreira. Nous l'avions déjà fait une fois : contre La Louvière, mais c'était Sambegou Bangoura qui avait évolué en pointe ce soir-là, avec Emile en soutien. Cela n'avait pas bien marché, pour deux raisons : Bangoura est moins rapide qu'Emile, et celui-ci manquait encore de rythme parce que c'était un de ses premiers matches de la saison. Contre Bruges, tout a bien fonctionné. Il était essentiel que la défense adverse ne parvienne pas à prendre notre ligne d'attaque en tenaille. Si le Standard avait joué avec deux attaquants classiques comme il le fait le plus souvent cette saison, le Club y serait peut-être parvenu. Par contre, en optant pour un triangle composé d'une pointe et deux soutiens, tout devenait beaucoup plus difficile pour l'adversaire. Un enseignement tactique : notre système nous a offert les trois points alors qu'en face de nous, c'était quand même costaud. Mais aussi un enseignement physique important. J'ai craint un passage à vide de nos joueurs en deuxième mi-temps, tellement ils avaient chassé et pressé pendant les trois premiers quarts d'heure. Mais ils ont tenu jusqu'au bout. C'est rassurant de voir que les troupes sont toujours aussi fraîches à deux matches de la fin du premier tour. C'est fort varié. J'introduis toutes les données de nos entraînements : quels joueurs y ont participé, combien de temps la séance a duré, les exercices qu'on y a faits, ce qu'il faut en retenir d'essentiel, etc. Mais, plus important encore, il y a toutes les fiches individuelles. Chaque joueur possède une espèce de carte d'identité physique. Evidemment des données de base, comme le poids et la taille. Mais aussi les résultats de tous les tests programmés par Guy Namurois d'un bout à l'autre de la saison. Cela nous permet de suivre l'évolution personnelle de chaque joueur et de les comparer les uns aux autres. Très peu. Nous ne connaissons pas les caractéristiques physiques des joueurs d'Anderlecht ou de Bruges. Par contre, je sais que le taux de graisse des Standardmen est très proche de celui des joueurs de l'équipe de France (il rit). C'est déjà ça... Oui car, même si elles n'étaient pas toutes informatisées, nous disposions des résultats des tests effectués, notamment la saison dernière par Dominique D'Onofrio et Guy Namurois. Avec l'outil informatique développé actuellement, nous pourrons, dans le futur, avoir une bonne base de travail et des références précises. Les exercices d'endurance, les sauts (longueur et hauteur), les sprints, l'évolution du rythme cardiaque de chacun lors de tests appropriés, etc. Emile Mpenza arrive évidemment en tête dans les exercices d'explosivité. Aliyu Datti est remarquable dès que nous travaillons la vitesse sur les plus longues distances car il possède une deuxième accélération redoutable. En matière d'endurance, deux hommes sont devant : Onder Turaci et Gonzague Vandooren. Tout à fait, mais l'inverse est peut-être vrai aussi : c'est sans doute en jouant à ces postes-là qu'ils continuent à progresser sur le plan de l'endurance. C'est un cercle vicieux. Le plus bel athlète est un grand mot car chaque joueur a ses qualités propres. Mais, d'un point de vue morphologique, c'est probablement Joseph Enakharire qui est le mieux proportionné. Quand un joueur est dans le creux, le staff technique peut comparer ses résultats physiques du moment à ceux du début de saison. Mais, dans le cas de Moreira, on ne l'a pas fait car il sautait aux yeux que son problème n'était pas du tout physique. C'était un mélange d'explications mentales, techniques et tactiques. Dans le cadre de la rééducation des blessés. On peut dire à quel palier ils se situaient avant leur blessure et, en comparant tous les chiffres, on évite de les relancer trop tôt dans la bagarre. S'ils ne sont pas encore tout à fait prêts, ça apparaît clairement sur mes fiches. Dominique D'Onofrio recherchait un adjoint liégeois et, par presse interposée, en suivant mon parcours d'entraîneur, il a vu que mon profil pouvait correspondre à ce qu'il voulait. En coachant dans les séries inférieures, j'ai aussi eu l'occasion de l'affronter. Je rassemblais sans doute, à ses yeux, les qualités que doit avoir un coach adjoint. Mon histoire prouve que rien n'est impossible en football et que le travail finit toujours par payer. C'est ainsi qu'il a avancé mon nom à Michel Preud'homme. Quand ce dernier m'a proposé de devenir adjoint ici, je n'ai pas hésité une seconde. Seul mon employeur dans le secteur des assurances aurait pu me mettre des bâtons dans les roues. Mais il a été très conciliant et m'a permis de prendre une pause carrière. Il a compris qu'une place dans le staff du Standard était, pour moi, une opportunité unique. Je l'en remercie publiquement. Je ne vois pas les choses comme cela. Un poste de numéro 2 au Standard vaut une place de numéro 1 dans la plupart des autres clubs. Je ne considère pas que j'ai reculé en signant ce contrat. Je n'y ai jamais pensé. Je suis prêt à rester adjoint pendant 15 ans. Aussi longtemps que je m'épanouirai et que j'aurai l'impression d'apporter quelque chose à ce club. Chaque jour, je découvre, j'emmagasine, je progresse. Sans penser au lendemain. Je ne me suis jamais dit que ce poste au Standard ne devait être qu'un tremplin pour la suite de ma carrière. Si je dois un jour devenir coach principal en D1, cela se fera naturellement. Nous parlerons de mon avenir en temps voulu. Je ne suis pas inquiet. Il doit être disponible, savoir écouter le numéro 1 et les joueurs. Etre discret, aussi. Ça tombe bien : je n'ai jamais cherché à être dans la lumière ! L'adjoint doit par ailleurs tisser une relation privilégiée avec les joueurs, devenir leur confident. Je réunis leurs avis et je les transmets au coach. J'ai le privilège de voir des choses que l'entraîneur principal ne voit pas nécessairement parce qu'il a d'autres priorités. Aussi bien à l'entraînement qu'en match. Dans le feu de l'action, le numéro 1 ne peut pas toujours avoir le recul indispensable. Dans ces moments-là, les remarques des autres membres du staff peuvent être déterminantes. Dominique D'Onofrio a une qualité importante : il est à l'écoute et sollicite la concertation entre tous les membres du staff technique même s'il reste évidemment le décideur final. Oui. C'est une volonté du club. A partir du moment où il n'est plus possible de lancer sur le terrain une équipe composée de joueurs de la région, il peut être important de compenser au niveau du staff. C'est le cas au Standard avec Dominique D'Onofrio, Christian Piot, Guy Namurois et moi-même. Si le public ne peut plus s'identifier aux joueurs, il peut au moins s'identifier au staff technique ! Dans ce groupe, nous avons tous la même culture, les mêmes idées, le même humour. Il est vraiment homogène. C'est vrai (il rit). Dans mon boulot à Bruxelles, j'avais l'habitude de jongler avec le français, le néerlandais et l'anglais. Ici, j'utilise une quatrième corde de mon arc : le wallon. C'est une très bonne chose. Ils sont vraiment exceptionnels mais il leur manque encore un trophée pour qu'ils soient vraiment heureux. Et pour que notre travail soit apprécié à sa juste valeur. Nous pouvons essayer de leur faire croire tout ce que nous voulons, leur sanction passera quand même par notre bilan en fin de saison. Notre travail au quotidien n'est pas tout à fait concret pour eux : ce sont les résultats qui détermineront leur jugement final. Et je suis sûr et certain qu'un bon résultat final relancerait complètement le Standard. Ce n'est pas simplement un cliché. Pierre Danvoye" Aliyu Datti est plus rapide qu'Emile sur les sprints longs "" Le taux de graisse des Standardmen est très proche de celui des joueurs de l'équipe de France "