Tout était soigneusement préparé: jeudi dernier, lors de sa conférence de presse, Joachim Löw a déclaré qu'il était temps de changer et qu'il mettrait donc un terme à son mandat à l'issue de l'EURO. Il a évoqué les grands moments de sa carrière de quinze ans au poste de sélectionneur de l'Allemagne, a complimenté les joueurs et affirmé voir l'avenir en rose. Les dirigeants de la fédération ont quant à eux remercié Löw pour le travail accompli.
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Tout était soigneusement préparé: jeudi dernier, lors de sa conférence de presse, Joachim Löw a déclaré qu'il était temps de changer et qu'il mettrait donc un terme à son mandat à l'issue de l'EURO. Il a évoqué les grands moments de sa carrière de quinze ans au poste de sélectionneur de l'Allemagne, a complimenté les joueurs et affirmé voir l'avenir en rose. Les dirigeants de la fédération ont quant à eux remercié Löw pour le travail accompli. La réalité est quelque peu différente. Outre-Rhin, beaucoup sont soulagés par son départ. Son projet d'avenir, le rajeunissement de la Mannschaft, au détriment de plusieurs valeurs sûres, était loin d'aboutir. En novembre dernier, quand l'Allemagne a été humiliée 0-6 par l'Espagne, Löw a réalisé que sa jeune formation n'avait absolument pas progressé. Il n'était plus content de lui-même. L'entraîneur à succès a commencé à douter. Il s'est barricadé dans sa ville de Fribourg, ne se montrant plus que pour les matches internationaux et les rencontres prestigieuses de Bundesliga. Au sein de la fédération, qui est déchirée autour de son cas, certains espéraient qu'après le blâme essuyé contre l'Espagne, Löw démissionnerait. Il ne l'a pas fait. L'annonce de son départ, la semaine dernière, a fait l'effet d'un coup de tonnerre. Comme il convient en pareilles circonstances, on a vanté son travail à la tête de la sélection, mais trouver une personne qui regrette publiquement sa démarche revient à chercher une aiguille dans une botte de foin. Ces dernières années, Joachim Löw a raté à plusieurs reprises l'occasion de sortir par la grande porte. Par exemple lorsqu'il était au sommet de sa carrière, après le sacre mondial en 2014. Mais il a préféré savourer quelques années de plus ce triomphe et le statut acquis. Quand l'Allemagne a trébuché au premier tour de la Coupe du monde 2018, on a cru son départ imminent, mais il n'a rien voulu entendre. En novembre, la Mannschaft a sombré encore plus bas face à l'Espagne et sa position semblait intenable suite à cette défaite historique, mais lors d'une conférence de presse, en décembre, Löw a clamé qu'il n'avait jamais songé à abandonner son poste de sélectionneur. Trois mois plus tard, la situation n'a pas fondamentalement changé, mais Löw n'a pas voulu prendre le risque d'une nouvelle descente aux enfers. Il sait pertinemment qu'il ne fait plus l'unanimité au sein de la DFB, bien que celle-ci fasse de son mieux pour prétendre le contraire. Ce qui a surtout dérangé Löw, c'est que Fritz Keller, le président de la fédé, ait pris le parti des joueurs en interne, et pas le sien. Löw a pu faire ce que bon lui semblait pendant des années. Et pour la première fois, il s'est senti contrôlé. Il a eu un entretien les yeux dans les yeux avec Keller, au cours duquel ils ont enfin passé en revue tous les conflits durant la discussion, du moins l'ont-ils prétendu. Ça a laissé des traces chez Löw. Il a senti que le climat se détériorait et a compris qu'il entravait le bon développement de l'équipe. Le sélectionneur, partisan d'un football dominant, a perdu son emprise sur les joueurs. Il a reconnu que l'idée d'arrêter avait mûri ces dernières semaines. On a compris que ses contacts avec Keller étaient toujours loin d'être parfaits quand le président a déclaré que le départ de Löw pouvait créer un électrochoc au sein de l'équipe. Une déclaration à laquelle le principal intéressé a réagi très sèchement: ses joueurs sont trop professionnels et intelligents pour avoir besoin d'un choc. La décontraction avec laquelle Löw, âgé de 61 ans, a parlé de son départ, montre qu'il se sent libéré. Maintenant, la fédération doit lui chercher un successeur. Les divisions qui règnent en son sein ne vont pas lui faciliter sa tâche.