Même s'il n'a pas encore l'intention de raccrocher tout de suite, ToniBrogno (32 ans) a déjà commencé à préparer sa reconversion. Même s'il a disputé son 200e match de compétition belge et qu'il a marqué son premier goal de championnat. Depuis un an et demi, il suit les cours d'entraîneur. " J'ai déjà obtenu le diplôme UEFA B, en même temps que ThierrySiquet d'ailleurs. Cette année-ci, j'ai commencé les cours pour l'obtention du brevet A, qui permet d'entraîner jusqu'en Promotion. Pour l'instant, ma seule motivation est d'ajouter une corde à mon arc. Je n'ai pas d'objectif précis en la matière, même si j'aimerais rester dans le football plus tard. En tant que joueur professionnel, je bénéficie de cours accélérés, mais malgré tout, certaines journées peuvent être longues. Mercredi passé, j'ai bossé de 8 h 30 du matin à 21 heures. Et le week-end dernier, j'ai dû aller scouter un match de D2. J'avais le choix entre Union Saint-Gilloise - Mons, dimanche, ou Lommel-Ostende, samedi. Le choix fut vite fait, et pas seulement en raison de la distance : samedi, c'était l'anniversaire de mon épouse ".
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Même s'il n'a pas encore l'intention de raccrocher tout de suite, ToniBrogno (32 ans) a déjà commencé à préparer sa reconversion. Même s'il a disputé son 200e match de compétition belge et qu'il a marqué son premier goal de championnat. Depuis un an et demi, il suit les cours d'entraîneur. " J'ai déjà obtenu le diplôme UEFA B, en même temps que ThierrySiquet d'ailleurs. Cette année-ci, j'ai commencé les cours pour l'obtention du brevet A, qui permet d'entraîner jusqu'en Promotion. Pour l'instant, ma seule motivation est d'ajouter une corde à mon arc. Je n'ai pas d'objectif précis en la matière, même si j'aimerais rester dans le football plus tard. En tant que joueur professionnel, je bénéficie de cours accélérés, mais malgré tout, certaines journées peuvent être longues. Mercredi passé, j'ai bossé de 8 h 30 du matin à 21 heures. Et le week-end dernier, j'ai dû aller scouter un match de D2. J'avais le choix entre Union Saint-Gilloise - Mons, dimanche, ou Lommel-Ostende, samedi. Le choix fut vite fait, et pas seulement en raison de la distance : samedi, c'était l'anniversaire de mon épouse ". A-t-il l'impression d'encore apprendre quelque chose lors de ces cours ? " Certains principes de base sont intéressants. Mon professeur est l'entraîneur d'Ostende, RikVandeVelde. Mais certains cours théoriques me semblent superflus. Sur le terrain, c'est la pratique qui compte. A ses débuts, un entraîneur - comme un joueur d'ailleurs - commettra forcément des erreurs qu'il corrigera par la suite. L'expérience n'a pas de prix. On tire aussi des enseignements des entraîneurs qu'on a côtoyés précédemment. Il y a cinq ou six ans d'ici, je ne prêtais pas autant attention au comportement de mes coaches. Mais aujourd'hui, ma fin de carrière approchant, j'essaie de tout observer : la manière de préparer un match, la façon de parler aux joueurs. Ce dernier point est, selon moi, essentiel ". Lorsqu'on demande à un entraîneur quels ont été ses modèles, il a souvent tendance à répondre qu'il a retenu le meilleur de chacun d'entre eux. Et Toni Brogno, que retiendrait-il ? " D'abord, un entraîneur doit être déterminé et montrer sa volonté d'aller toujours plus haut. J'ai travaillé avec beaucoup de coaches de ce genre : AndréColasse, AlexDupont à Sedan, JackyMathijssen aujourd'hui. Ils ont tous un caractère de gagneur. JanCeulemans travaillait dans un style très différent. Il restait toujours très calme, mais c'était dû aussi au contexte de Westerlo, où le mot pression n'existait pas. C'était le club idéal pour lui, et réciproquement, il était le coach idéal pour ce club. S'il y avait eu un entraîneur explosif là-bas, cela n'aurait pas marché. Beaucoup l'attendaient au tournant lorsqu'il a pris la direction de Bruges, mais pour l'instant il tient la route. Il a sa façon de travailler : il ne parle pas beaucoup, mais il voit beaucoup. Il se met sur le côté, observe, se contente de dire un petit mot à gauche et à droite. J'ai apprécié sa façon de travailler, toujours sobre dans les moments euphoriques comme dans les moments plus difficiles. Mais je ne pense pas que je pourrai être comme lui. Ce qui me caractérise, c'est plus la hargne et la rage de vaincre que la sobriété. J'ai horreur de perdre, même lors des jeux de cartes et des petits matches d'entraînement. J'ai hérité ce tempérament de mes parents. Ils ont dû travailler dur tous les jours pour obtenir ce qu'ils ont. J'en ai retenu une chose : les ouvriers ont plus de mérite que les footballeurs. Mes parents m'ont appris que le seul secret de la réussite, c'était le travail. Mon père est pré-pensionné depuis trois ans, mais il a dû faire les pauses à l'usine durant toute sa carrière active. Lorsque je le vois, je me dis que j'ai eu énormément de chance de pouvoir faire du football, mon métier. Et encore davantage, lorsque je songe aux ennuis de santé dont j'ai été victime. Un médecin m'a encore dit récemment qu'en principe, je n'aurais jamais pu réaliser une carrière de sportif de haut niveau. Je souffre d'une maladie chronique aux intestins. Elle s'est déclarée alors que j'avais 20 ans. Je pensais, au départ, qu'il s'agissait de simples diarrhées. Puis, j'ai commencé à perdre beaucoup de sang. Il m'est arrivé de perdre six kilos en une semaine. Je suis rentré d'urgence à l'hôpital. Les injections de cortisone représentent le seul traitement possible. J'ai été épargné pendant une dizaine d'années, à l'exception d'une courte période durant ma deuxième saison à Sedan, mais le mal est réapparu en juillet de l'an passé, en pleine Intertoto. J'ai su, à ce moment-là, que je devrais sortir les rames. Je n'avançais plus, je transpirais sans cesse, j'avais l'impression d'avoir constamment un sac sur le dos. J'ai dû prendre de la cortisone jusqu'à la fin décembre. Je devrai vivre avec cette maladie jusqu'à la fin de mes jours, je n'en guérirai jamais. C'est comme cela, je m'y suis fait, mais je songe souvent à DavidDiTommaso, ce footballeur français du FC Utrecht mort dans son sommeil à l'âge de 27 ans. J'avais été son coéquipier à Sedan pendant un an et demi. C'est jeune pour mourir, non ? " Cette maladie n'obligera pas Toni Brogno à mettre un terme à sa carrière plus tôt que prévu. " En tout cas, j'espère que non. Je continuerai à jouer jusqu'à ce que j'en éprouve du plaisir. Aussi longtemps que je me lèverai le matin avec un grand sourire aux lèvres, parce que je serai content de partir à l'entraînement, je continuerai ". Au Sporting ou ailleurs... " J'arrive en fin de contrat. On a déjà un peu discuté d'une possible reconduction, mais rien n'est encore concrétisé. On verra comment la situation évoluera. Depuis l'entame du deuxième tour, j'ai joué cinq matches sur six. Je suis simplement un peu frustré de ne pas encore avoir réussi à trouver le chemin des filets cette saison. Lorsqu'on a réalisé toute sa carrière dans le rôle de buteur, on ressent un grand manque dans ces circonstances ". La relève semble prête au Sporting : des petits jeunes percent sur le front de l'attaque, comme FrançoisSterchele et IzzetAkgül... " Ils ont beaucoup de qualités, et encore une grande marge de progression. François est toujours là au bon endroit, au bon moment. Il est un peu plus roublard qu'Izzet, qui est plutôt du style déménageur. S'ils ont deux styles différents, ils sont tous les deux attirés par le but adverse. Il faut surtout éviter qu'ils se brûlent les ailes. Ils doivent rester les pieds sur terre et prendre match après match, comme ils le font actuellement. C'est le seul conseil que je peux leur donner. Il ne faut pas être tous les jours derrière eux, pour leur dire de faire ceci et de ne pas faire cela. Ce ne sont plus des gamins, ils sont déjà assez matures pour savoir ce qu'ils ont à faire. Simplement, dans les moments délicats, je pense avoir le droit de leur dire un petit mot puisque je suis le plus ancien du vestiaire depuis que Thierry Siquet a mis un terme à sa carrière. Mais je ne dois pas m'interposer car ce n'est pas mon rôle de leur voler la vedette ". Toni fut, jadis, le meilleur buteur du championnat avec Westerlo. Il avait inscrit... 30 buts. " C'était une période où les attaquants marquaient beaucoup plus ", se souvient-il. " Ces dernières années, il est rare que le meilleur buteur du championnat atteigne encore un tel total. Les équipes prennent plus de précautions défensives. Seuls les quatre grands peuvent se permettre de jouer offensivement et de faire le jeu. La plupart des autres équipes préfèrent attendre et spéculer sur une contre-attaque. C'est le cas de Charleroi également : on éprouve beaucoup de difficultés à faire le jeu lorsqu'on joue à la maison. L'équipe adverse, généralement, se contente d'attendre... ce qu'on aimerait pouvoir faire également. La difficulté se corse encore lorsqu'on encaisse le premier but. Marquer le premier, c'est vital pour nous. Pour que notre système de jeu soit efficace, il faut se baser sur une solide défense. Et cela ne concerne pas uniquement les quatre défenseurs. Les milieux de terrain, et même les attaquants, doivent également effectuer leur part de boulot ". Toni Brogno, s'il est toujours resté attaquant, aura donc évolué dans des contextes bien différents durant sa carrière. " C'est vrai : à Westerlo, je reculais tout au plus jusqu'à la ligne médiane. Puis, j'attendais que le ballon revienne pour repartir dans l'autre sens. Dans l'équipe, on ne songeait qu'à une chose : marquer un but de plus que l'adversaire. Si celui-ci en mettait trois, il fallait en mettre quatre. J'ai eu quelques bons pourvoyeurs : BenoîtThans, CvijanMilosevic, MarcSchaessens, LucasZelenka. A Charleroi, l'optique est différente : il faut essayer d'en marquer un, puis de ne pas encaisser. Mais, la saison dernière en tout cas, cette optique-là a porté ses fruits également " Et maintenant ? Tout miser sur la coupe, ou malgré tout essayer d'encore réaliser quelques bons coups en championnat ? " J'espère prendre un maximum de points et battre les grands qui doivent encore nous rendre visite, comme Anderlecht et le Standard. J'espère aussi donner un maximum de plaisir à notre public. Notre premier tour n'avait pas été aussi fructueux que la saison dernière. On n'a pas connu la même réussite, il nous a peut-être aussi manqué les buts d'Izzet Akgül, mais surtout, certains joueurs ont pensé qu'après la 5e place de l'an passé, il leur suffirait de paraître pour vaincre et ils n'ont pas témoigné de la même concentration. On est tombé dans la facilité, en oubliant que la saison dernière, on n'avait gagné qu'un seul match haut la main : 5-1 contre le Cercle Bruges. Dans les autres matches, on avait toujours gagné avec un écart minimal. Cela signifie que cela s'était joué sur des détails et qu'il fallait toujours être vigilant. Je crois que la leçon a été retenue. Désormais, cette coupe nous autorise encore à rêver un peu. Je n'ai encore jamais disputé de finale. En 1993, lors de Charleroi-Standard, j'étais... dans la tribune du Parc Astrid. J'ai été champion de D3 avec l'Olympic, j'ai joué en équipe nationale, j'ai joué deux Coupes d'Europe et une Intertoto, mais le seul titre que j'ai conquis est celui de meilleur buteur. Il y a encore de la place pour un trophée dans ma vitrine ". DANIEL DEVOS