Qu'avez-vous fait de vos quatre ans ? En juillet 2002, Mons préparait la première saison de son histoire en D1 dans un décor un peu rocambolesque : des vestiaires exigus aux murs presque effrités, des bureaux mansardés rappelant l'ex-URSS, des couloirs conçus pour nains de jardin, des parkings de fortune. Les entraînements avaient lieu à gauche, à droite ou au milieu mais jamais dans le complexe du stade, où on manquait de bonnes pelouses. C'était quelque part sympathique mais ça sentait l'amateurisme et l'improvisation à plein nez.
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Qu'avez-vous fait de vos quatre ans ? En juillet 2002, Mons préparait la première saison de son histoire en D1 dans un décor un peu rocambolesque : des vestiaires exigus aux murs presque effrités, des bureaux mansardés rappelant l'ex-URSS, des couloirs conçus pour nains de jardin, des parkings de fortune. Les entraînements avaient lieu à gauche, à droite ou au milieu mais jamais dans le complexe du stade, où on manquait de bonnes pelouses. C'était quelque part sympathique mais ça sentait l'amateurisme et l'improvisation à plein nez. Aujourd'hui, pour le retour au plus haut niveau après le titre de champion de D2, le cadre est très différent. Ces quatre saisons (trois en D1, une en D2) ont permis d'avancer au niveau des infrastructures. Tout le monde est bien installé dans la nouvelle tribune (la construction des autres suivra) et le noyau s'entraîne sur des billards à quelques mètres de la tribune principale. Sur le plan de l'organisation quotidienne aussi, on a l'impression que le RAEC a bien progressé. Qu'il est mûr pour sa deuxième expérience en première division. Son président, Dominique Léone (51 ans) lance une évidence : " D'un point de vue purement financier, la montée de 2002 ne fut pas une bonne chose pour le club car nous n'étions pas prêts. Nous étions montés par opportunisme, de façon inespérée via le tour final, sans une vraie organisation financière. Mais bon, s'il n'y avait pas eu l'accession à la D1 cette année-là, Mons ne serait peut-être pas où il est aujourd'hui. Cette montée avait provoqué la naissance d'un vrai projet. Sans la victoire dans le tour final, nous n'aurions pas notre nouvelle tribune, nos terrains d'entraînement, etc. Nous avons eu une occasion de forcer le destin et il ne fallait pas la rater. Ce club existait depuis plus de 90 ans et n'avait jamais goûté à la D1 : nous avions le devoir de prendre la balle au bond ". Le boss est content de ce qui a été réalisé depuis 2002, sauf au niveau purement sportif. Il reconnaît que des grosses erreurs ont été commises dans ce domaine : les entraîneurs et joueurs ont défilé au Stade Charles Tondreau dans une belle pagaille et il y eut quelques divorces douloureux. Mais Dominique Leone est tellement sous le charme du coach actuel, José Riga, qu'on a l'impression qu'il en oublierait presque tous ces événements néfastes. Dominique Leone : José Riga, c'est tout simplement le meilleur entraîneur de l'histoire de ce club. Je n'avais jamais été à ce point sur la même ligne que mon coach. Aussi longtemps qu'ils avaient ma confiance, je ne pouvais qu'être derrière eux. Je ne peux pas mettre un policier derrière chaque policier ! Mais au moment d'engager José Riga, le scanning a été bien plus poussé que quand nous avions fait signer les autres. Expérience oblige. Marc Grosjean était arrivé via Jean-Claude Verbist. Sergio Brio, nous l'avions rencontré par hasard à La Louvière, et 24 heures plus tard, il était chez nous alors que nous ne le connaissions pas. Jos Daerden ? Je l'ai pris, oui, puis nous avons basculé en D2 avec lui. Evidemment, il avait fait ce qu'il ne fallait pas faire : essayer de m'interdire l'accès au vestiaire. Oui. J'ai bien le droit d'aller parler à mes joueurs. Je ne me suis jamais occupé de tactique ou de composition. L'équipe, je la découvre en même temps que tous les spectateurs, quand je m'installe dans la tribune et qu'on me donne la feuille de match. Mais aller encourager ou remonter mes joueurs, c'est tout à fait autre chose. Jamais, un entraîneur ne m'a mis dehors du vestiaire. Oui, et deux heures plus tard, c'est lui qui était dehors. (Il rigole). Vous imaginez, à Anderlecht, Frankie Vercauteren qui éjecterait Roger Vanden Stock ? C'est impensable, évidemment. Si un président n'a pas le droit d'aller là-bas, le titre de président ne veut plus rien dire. Mais je peux vous dire que sur toute la saison dernière, je ne suis descendu qu'une seule fois dans le vestiaire : pour faire la fête ! Avec José Riga, ce n'était pas du tout nécessaire d'intervenir directement auprès des joueurs. Quand il y a cette symbiose avec le coach, quand tout le monde tire sur la même corde, il ne peut rien arriver de mal. José Riga est un homme exceptionnel. Quand j'ai discuté pour la première fois avec lui, Stéphane Demol, Gilbert Bodart et Manu Ferrera étaient aussi en lice pour le poste, mais mon choix a été vite fait. Le discours de José Riga a directement fait la différence. Et chapeau pour ce qu'il a fait avec un groupe qu'il n'avait pas composé lui-même. Nous devions conserver des joueurs sous contrat et le budget pour les transferts était fort limité. Il a vraiment tiré le maximum de ce noyau. Des leçons sportives, puisque je suis assez satisfait de ce qui a été fait sur les autres plans depuis 2002. La première conclusion, c'est que je ne laisserai plus jamais tout le pouvoir sportif à un seul homme, comme je l'ai fait avec Sergio Brio. Aujourd'hui, tous les transferts se font en concertation. Il faut l'unanimité du président, du directeur général, du directeur financier, du directeur technique, de l'entraîneur et des scouts. Si une seule de ces personnes n'est pas favorable, le transfert ne se fait pas. En cas de réussite, tout le monde sera responsable. En cas d'échec aussi. J'espère en tout cas que nous ne nous sommes pas trop trompés dans notre recrutement. L'autre leçon, c'est que je me méfie plus que jamais des agents de joueurs. Il y a longtemps que je ne me fais plus d'illusions : dans le monde du foot, c'est chacun pour soi. Pendant trois saisons en D1, j'ai côtoyé les dirigeants de tous les clubs, j'ai essayé d'être le plus agréable possible avec tout le monde, mais peu de présidents m'ont appelé pour me dire un mot gentil au moment où nous avons basculé en deuxième division. Ce milieu ne se caractérise pas par son élégance, vous savez ! Mais bon, je préfère voir les choses sous un angle positif, me dire que c'est normal, que ça reste du sport, de la rivalité et que c'est donc logiquement chacun pour soi. Cette déclaration faisait suite à l'affaire Denis Souza de Guedes : des clubs concurrents avaient essayé de faire croire qu'il était suspendu pour un match qu'il avait joué avec nous, alors que ce n'était pas le cas. Avouez qu'on ne nous a rien épargné. Et là, je fais évidemment allusion aux points qu'on nous avait retirés après la faillite de Heusden-Zolder. Comment est-ce possible de priver une équipe de points gagnés sur le terrain ? On ne fait ça qu'en Belgique. L'Union Belge aurait-elle pris la même décision en D1, où les enjeux sont encore plus importants ? Imaginez qu'on enlève des points à un candidat au titre à trois journées de la fin, alors qu'il y a en jeu une qualification pour la Ligue des Champions. Tout cela sous prétexte qu'un club tiers aurait fait faillite. Cela ne serait jamais accepté. De toute façon, tous les frais avaient déjà été engagés, il ne restait plus qu'à attendre le verdict. Et il nous a été favorable. Des avocats s'en inspireront peut-être dans le futur si des cas pareils se présentent encore. Mais j'ai cru comprendre que l'Union Belge allait prendre le taureau par les cornes et enfin envisager une modification du règlement. Je devais mettre de la pression - encore un peu plus de pression... - sur l'entraîneur et les joueurs. C'est clair que je ne serais pas passé à l'acte. Je ne quitterai ce club que quand son avenir sera assuré. Mais il sera sain comme il l'a toujours été : Mons n'a pas de factures en retard et n'a pas une seule ligne de crédit. Notre organisation financière vaut celle d'une PME : à tout moment, nous savons à l'euro près ce que chacun de nos employés nous coûte. Je sais très bien où je vais et comment je dépense mon argent. Il est difficile de faire mieux dans les conditions actuelles. Pour le moment, nous ne pouvons offrir du confort qu'à 3.300 personnes. Les autres spectateurs ne sont pas gâtés. Alors, il faut comprendre que beaucoup de gens préfèrent rester chez eux. La poursuite de la reconstruction de notre stade est donc une vraie priorité. Tout a été décidé et voté à la Ville pour l'érection des deux nouvelles tribunes derrière les buts. La construction de la première devrait commencer en octobre. Elle serait déjà terminée si nous n'étions pas retombés en D2. C'est urgent d'entamer les travaux. Nous avons reçu une dérogation de l'Union Belge pour la nouvelle saison car, théoriquement, notre stade n'est pas conforme pour l'obtention de la licence. Mais il faudra être en ordre dans un an. Une entreprise m'a encore appelé récemment pour avoir des renseignements sur la location d'une loge. J'ai dû répondre que j'étais désolé mais qu'il n'y en avait toujours pas dans notre stade. Tout cela, ce sont des recettes qui s'envolent. Et la part du ticketing dans notre budget est évidemment ridicule : ça doit représenter 15 %, pas plus. Aussi longtemps que nous n'aurons pas un stade convenable, nous ne pourrons pas viser très haut. Evidemment. Quand notre stade sera terminé, dans quatre ou cinq ans, il devrait contenir environ 13.000 places et je suis persuadé que nous le remplirons très régulièrement. A condition, évidemment, que Mons se soit entre-temps stabilisé au plus haut niveau. Il n'y a plus que quatre clubs wallons en D1, ne me dites pas qu'il n'y a pas une grosse demande pour venir voir jouer Anderlecht, le Standard et les autres. Si je compare nos débuts en D1, en 2002, avec ceux de Zulte Waregem, la saison dernière, je remarque que le club flamand a directement démarré dans un stade de D1 et que cela l'a bien aidé. Vous souvenez-vous du stade dans lequel nous jouions il y a quatre ans ? Non ! Je le sais déjà. Comme c'est le cas depuis quatre saisons, nous allons encore perdre quelque chose comme 1 million d'euros. C'est impossible de faire autrement avec la limitation actuelle du nombre de spectateurs due à nos infrastructures. Je me retrouve dans la situation d'un entrepreneur qui doit construire un haut building mais n'a pas de grue et doit donc monter ses blocs de béton à la main ! Ou dans la situation de l'organisateur du GP de Belgique de Formule 1 qui doit tirer son plan pour que son opération soit rentable alors que 80 % des tribunes seront inaccessibles le jour de la course. J'accuse aussi la faiblesse des droits de télévision. Certains s'enthousiasment depuis un an, depuis que Belgacom TV a plus que doublé les subsides télévisés. Mais les clubs belges sont encore très loin de la somme à laquelle ils pourraient prétendre. Les équipes de Ligue 2 française touchent plus que les clubs de D1 belge : cherchez l'erreur. Cette saison, nous allons recevoir 1 million de Belgacom TV alors que Valenciennes, qui remonte en L1, touchera 15 millions. Valenciennes a un budget de 20 millions dont les trois quarts sont couverts par les droits TV ; chez nous, un cinquième seulement est couvert puisque nous allons tourner avec un budget de 5 millions. Quand on perd systématiquement de l'argent, il faut trouver des sponsors et des généreux donateurs... Et je ne répondrai jamais ! Je fais ce que je veux de mon argent, c'est privé. Si j'ai envie de jouer à la roulette, de m'acheter une toute grosse voiture, de m'offrir un yacht ou d'investir dans un club de foot, c'est bien mon droit, non ? Mais je vais quand même vous faire une confidence : si tout était à refaire, avec ce que je sais, je ne mettrais plus jamais un seul euro dans le football. Mais bon, je suis dedans, je suis dedans... Nous redécouvrons la D1, il faut donc rester raisonnable dans les ambitions. Nous avons bâti une équipe qui doit pouvoir jouer le maintien, voire le milieu de classement si tout se passe bien. Avec l'enthousiasme qu'ont montré Zulte Waregem et Roulers l'année passée, on peut aller loin. Si nous parvenons à faire une saison sans soucis sportifs et s'il y a du spectacle sur le terrain, je serai en tout cas très satisfait. Ce n'est pas mon problème. Il y a une Fédération qui est là pour faire son travail, c'est à elle de juger si le Lierse peut rester ou pas en D1. J'ai entendu dire que le Lierse serait peut-être rétrogradé dans un an. Je m'en fous, les gens peuvent le savoir. Je ne m'occupe que de Mons. J'ai été mauvais en 2004-2005 et je suis descendu, j'ai été bon en 2005-2006 et je suis remonté. Le reste, je ne m'en occupe pas. C'est triste. Je sais à quel point c'est douloureux de basculer de D1 en D2. Mais alors, de D1 en D3 directement... Ça doit être l'enfer. Je pense à Filippo Gaone parce que j'ai beaucoup de respect pour les gens qui investissent beaucoup d'argent dans un club. Je me suis retrouvé tout seul l'année dernière et c'est aussi son cas aujourd'hui. Vous vous retournez et vous constatez qu'il n'y a plus personne derrière vous : ça fait mal. Je ne suis pas du genre à me réjouir du malheur des autres. Et je souhaite que La Louvière revienne vite en D1. Je n'ai jamais considéré ce club comme un concurrent : que ce soit au niveau du sponsoring ou du public, nous n'avons jamais souffert de sa présence dans notre division. PIERRE DANVOYE