Pointer un doigt accusateur en direction de l'entraîneur ou, pire encore, l'exposer à la vindicte populaire quand les résultats, voire la manière, répondent peu ou prou à l'attente, c'est une pratique aussi vieille que le football. Et, à cet égard, l'EURO 2004 ne déroge pas à la règle. Au terme du tour initial de l'épreuve, on peut considérer que dix responsables d'équipe sur 16 sont passés, de façon durable ou non, par les fourches caudines. Un chiffre qui atteste à suffisance que, même chez les qualifiés pour les quarts de finale, tout n'aura pas toujours été très rose en début de compétition. Et le premier à avoir vérifié la théorie n'est autre que Luiz Felipe Scolari en personne.
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Pointer un doigt accusateur en direction de l'entraîneur ou, pire encore, l'exposer à la vindicte populaire quand les résultats, voire la manière, répondent peu ou prou à l'attente, c'est une pratique aussi vieille que le football. Et, à cet égard, l'EURO 2004 ne déroge pas à la règle. Au terme du tour initial de l'épreuve, on peut considérer que dix responsables d'équipe sur 16 sont passés, de façon durable ou non, par les fourches caudines. Un chiffre qui atteste à suffisance que, même chez les qualifiés pour les quarts de finale, tout n'aura pas toujours été très rose en début de compétition. Et le premier à avoir vérifié la théorie n'est autre que Luiz Felipe Scolari en personne. Depuis sa nomination à la tête de la sélection portugaise, voici 18 mois, le technicien brésilien s'était tout bonnement plu à transposer à la réalité ambiante le jeu académique qui lui avait permis, en juin 2002, de se parer du titre de champion du monde avec les Auriverde. D'emblée, l'homme aura senti le vent du boulet suite à une entrée en matière calamiteuse contre la Grèce : 1-2. Il n'en fallait pas davantage, bien sûr, pour qu'il ait tout un peuple sur le paletot. Deux matches et autant de victoires plus tard, face à la Russie d'abord (2-0) puis, surtout, devant le frère ennemi espagnol (1-0), le même personnage s'érigeait subitement en sauveur de la Nation. " De zéro, il est passé au rang de héros ", observe notre confrère Vitor Serpa du journal sportif A Bola. " Il a prouvé à la fois toute sa science ainsi que son doigté en changeant radicalement son fusil d'épaule d'une rencontre à l'autre. Au Portugal, deux tendances s'opposent au plan de l'approche footballistique : l'une est académique avec Benfica comme référence et l'autre, stratégique, à l'image du FC Porto. Chaque clan a ses partisans mais l'équité commande de dire que la méthode des Dragoes a été nettement plus pertinente ces dernières années. Il suffit de voir toutes les distinctions qu'ils ont glanées sous les ordres de José Mourinho. Le mérite de Luiz Felipe Scolari est d'avoir balancé par-dessus bord sa philosophie de départ pour opter résolument en faveur de la stratégie qui a valu la gloire aux Bleu et Blanc. Dans cette optique, le fait d'avoir pu disputer l'importantissime deuxième rencontre, face à la Russie, avec une formation composée de cinq récents vainqueurs de la Ligue des Champions û Ricardo Carvalho, Nuno Valente, Costinha, Maniche et Deco û a servi ses intérêts. Et il va sans dire que le triomphe face à l'Espagne l'a inscrit dans l'immortalité. Rien que ce succès là vaut déjà, chez nous, une place au Panthéon ". Pourtant, au même titre que le Portugal, l'Espagne était donnée elle aussi largement favorite dans le groupe A. Mais, conformément à la tradition, elle n'a pas su s'inscrire dans la durée à un rendez-vous majeur. Contrairement à son homologue Luiz Felipe Scolari, qui chamboula avec succès son onze de base durant les rencontres de poule, Inaki Saez se montra des plus conservateurs, tant au niveau du système (4-4-1-1) que des hommes censés l'animer, en début de partie du moins. Et c'est à ce niveau que les foudres se sont abattues sur lui, car hormis l'introduction judicieuse de Juan Carlos Valerón lors de l'ouverture face à la Russie, les options du mentor basque se sont quasiment toutes révélées foireuses. Avec, en guise de pompon, l'introduction d'Alberto Luque, un pur gaucher, en remplacement de Joaquin Sanchez sur le flanc droit, lors du derby ibérique. Pourtant, malgré ses errances et l'incertitude concernant son avenir, Inaki Saez avait droit à une certaine mansuétude dans le giron des journalistes sportifs espagnols présents au Portugal. " Le problème ce n'est pas tant le sélectionneur que les internationaux eux-mêmes ", remarque Diego Torres, du quotidien El País. " Au sein de leur club respectif, il n'y a jamais grand-chose à redire quant à leur conception du métier. Mais dès qu'ils enfilent la casaque de la sélection, ils ne font plus preuve du tout de la même envie. Le cas le plus frappant, c'est Raúl. Couvert d'honneurs avec le Real, il ne s'est jamais montré à la hauteur en équipe nationale. Pour moi, et pour bon nombre de mes collègues, Raúl n'est qu'une pseudo-vedette. A l'image de la plupart de ses coéquipiers madrilènes, car Ivan Helguera ou Fernando Morientes ne valent pas mieux. Quel contraste avec Luis Figo. Celui-là, c'est franchement un grand champion. Autrement dit, quelqu'un qui répond toujours présent dans les grandes circonstances. Lors d'Espagne-Portugal, il a livré un match somptueux. Si quelqu'un mérite le Ballon d'Or, c'est lui plutôt que Raúl, en tout cas. Celui-ci ne fait que se lamenter, année après année, sous prétexte que les jurés l'oublient toujours au moment de voter. A mes yeux, ce n'est pas illogique. Si Raúl s'inspirait un jour de l'exemple de Zinédine Zidane, sur qui on peut toujours compter aussi, il aurait sans doute déjà été sacré meilleur joueur d'Europe depuis longtemps. Mais, dans l'état actuel des choses, compte tenu de sa passivité en sélection, il ne mérite pas plus ". Tout cela n'a pas empêché Inaki Saez de quitter son poste alors qu'il avait vu son contrat prolongé jusqu'en 2006 juste avant l'EURO. Cela tranche avec l'attitude de Giovanni Trapattoni qui, le soir de l'élimination, n'y a pas été par quatre chemins. A ceux qui lui demandaient ce qu'il allait faire, le coach italien a répété à voix haute et d'un ton ferme : " Non, je ne démissionnerai pas ". Evidemment, ses détracteurs ont rapidement prétendu que le Trap est aussi borné que dans ses conceptions tactiques. Mais quand on sait que son contrat arrive à expiration le 15 juillet prochain, on peut se demander s'il poserait vraiment un geste fort en rendant son tablier. Cela dit, Giovanni Trapattoni a été le plus exposé à l'opprobre. Entraîneur au palmarès inégalé dans le Calcio, le Trap aura payé un lourd tribut, au Portugal, à des changements boiteux. Telle sa malencontreuse idée, lors du deuxième match, contre la Suède, de retirer du terrain ses atouts offensifs Antonio Cassano et Alessandro Del Piero qui, pendant plus d'une heure, avaient donné le tournis à l'imposante arrière-garde nordique. Une erreur fâcheuse qui eut pour résultante l'égalisation des Scandinaves à un fifrelin du terme (1-1). Et ce, après un premier partage face au Danemark déjà. Un véritable gâchis quand on sait que, sur le papier, les Azzurri soutiennent aisément la comparaison avec ce qui se fait de mieux dans d'autres nations. Le hic, c'est que Giovanni Trapattoni, à l'instar de son prédécesseur, Dino Zoff, est trop souvent adepte d'un attentisme de mauvais aloi. A l'EURO 2000, pour avoir joué avec le frein à main en finale, la Squadra avait dû s'avouer vaincue, in extremis, face à la France. Au Portugal, son manque d'audace l'aura punie davantage encore puisqu'elle fait partie des grands éliminés du premier tour. Un constat qui ne réjouit évidemment pas ses suiveurs. " Trop, c'est trop ", observe Luca Valdisseri du Corriere della Sera. " A force de jouer avec le feu, on finit par se brûler. L'Italie l'avait déjà vérifié à ses dépens il y a quatre ans et, à la Coupe du Monde 2002, l'équipe n'avait pas tenu la distance non plus. Si on persévère sur cette voie de la prudence, l'avenir ne présagera rien de bon. Je frémis, personnellement, à l'idée que Marcello Lippi prenne le relais. Car avec lui, comme avec Cesare Maldini ou consorts, il n'y aura jamais de souci d'ouverture. En réalité, il est grand temps de faire appel à un coach étranger pour sortir une fois pour toutes du train-train habituel. L'Angleterre l'a parfaitement compris qui, après des années de protectionnisme, a ouvert ses frontières à des techniciens venus d'autres horizons. D'abord dans ses clubs, puis à l'échelon de la sélection. Avec succès, manifestement, puisque Sven-Goran Eriksson, grâce à son expérience accumulée dans le Calcio, a appris aux Anglais à mieux défendre. En Italie, ce qu'il nous faut, c'est un coach qui nous apprenne à aller résolument de l'avant. Comme Arsène Wenger, par exemple. Avec lui, je suis sûr que nous serions dans le bon. Et pas mal de confrères ne pensent pas autrement. Il faut un nouvel élan. Et seul quelqu'un qui n'a pas été élevé dans le sérail italien peut le conférer à l'échelon de la Squadra ". Giovanni Trapattoni n'aura pas eu le monopole, dans ce début d'EURO 2004, des remplacements à l'emporte-pièce. Dick Advocaat, fit plus fort encore avec la sélection des Pays-Bas, puisque celle-ci menait 2-1 devant les Tchèques quand il décida d'enlever Arjen Robben au profit de Paul Bosvelt. Résultat des courses : 3-2 au coup de sifflet final pour Pavel Nedved et les siens. Dans la foulée, Moby Dick aura dû boire le calice jusqu'à la lie. En effet, sur un site internet, intitulé le plus mauvais changement detous les temps, pas moins de 130.000 personnes avaient clamé leur indignation dès le premier jour. " C'est absolument hallucinant : avec Ruud van Nistelrooy, Patrick Kluivert, Roy Makaay et Pierre van Hooydonck, les Pays-Bas possèdent un quatuor offensif que tout le monde leur envie ", précise l'ancien joueur anderlechtois Jan Mulder, reconverti dans le journalisme depuis plus de 20 ans. " Dans l'entrejeu, nous avons le meilleur roquet du monde, en la personne d' Edgar Davids, et du jeune talent avec Rafaël van der Vaart, Wesley Sneijder et Andy Van der Meyde. Derrière, nous avons Jaap Stam et un portier fiable, Edwin van der Sar. Et pourtant, c'est toujours la misère sur le terrain. Les joueurs ont une part de responsabilité dans ce malaise, c'est certain. Car on n'a pas idée de revendiquer quoi que ce soit quand on s'appelle Clarence Seedorf et qu'on n'a pas encore prouvé grand-chose en sélection. Et il n'en va pas autrement pour un Patrick Kluivert. Le problème, pour Dick Advocaat, c'est qu'il ne se situe pas au-dessus de la mêlée. Rinus Michels, autrefois, avait cette aura et c'est à juste titre qu'on l'avait baptisé le Général. Le sélectionneur en place se fait passer pour le Petit général mais, par rapport à son illustre devancier, c'est un général de pacotille. Tactiquement, il change de conception comme de chemise et le va-et-vient est tout aussi incessant entre les joueurs qu'il utilise. Pour faire illusion, il faut une stabilité. Et, sous cet angle-là, on est loin du compte pour le moment ". Pour Rudi Völler, l'EURO 2004 aura pris les allures d'une fin de règne. Le team-chef, qui s'était déjà signalé autrefois, lors d'un direct télévisé, en tançant vertement l'ancienne gloire du football allemand, Gunther Netzer, coupable d'avoir critiqué sa Mannschaft, n'a pas survécu aux critiques qui se sont abattues sur lui et sur ses ouailles au Portugal. Après un nul encourageant face aux Pays-Bas, ce fut d'abord le bide contre la Lettonie, l'invité surprise. L'affront devint complet sous la forme d'une défaite par 2-1 devant la Tchéquie qui, forte de sa qualification pour les quarts de finale, avait fait souffler son équipe de base. Dans l'optique de la Coupe du Monde 2006, que l'Allemagne organisera sur ses terres, il va de soi que cette élimination au premier tour fait désordre. Et, déjà, certaines voix se font entendre qui plaident en faveur de la nomination, à la tête de l'équipe nationale, d' Ottmar Hitzfeld, qui a été remplacé au Bayern Munich par Felix Magath. " Il ne faut pas occulter le bon travail réalisé par Rudi Völler tout au long de son mandat avec la sélection ", précise Christoph Biermann du Süd-Deutsche Zeitung. Avec un effectif qui ne soutenait nullement la comparaison avec la génération que lui-même avait connue et articulée autour de Lothar Matthäus, Andreas Brehme, Thomas Hässler et Andy Möller, entre autres, il est quand même parvenu à hisser l'équipe en finale de la dernière Coupe du Monde. Entre-temps, il lui a fallu rebâtir, puisque certains ont raccroché. Dans cet ordre d'idées, on ne pouvait pas attendre l'impossible de garçons comme Philipp Lahm, Bastian Schweinsteiger ou Lukas Podolski, qui ont encore tout à découvrir à ce niveau. Dans deux ans, ceux-là auront acquis l'expérience nécessaire. Pourquoi pas avec Ottmar Hitzfeld, qui a prouvé avec les Bavarois toute l'étendue de ses compétences ? S'il y a un homme qui peut remettre la Mannschaft sur les bons rails, c'est assurément lui ". Bruno Govers, envoyé spécial au PortugalAU PORTUGAL, un succès sur l'Espagne vaut déjà UNE PLACE AU PANTHÉON Raúl n'est qu'une pseudo-vedette. QUEL CONTRASTE AVEC LUIS FIGO Seul un coach qui N'A PAS ÉTÉ ÉLEVÉ DANS LE SÉRAIL ITALIEN peut conférer un nouvel élan à la Squadra