A la lecture du C.V. de Jean- FélixDorothée (24 ans), beaucoup de gens se posent la question : " Il a passé trois ans à Valence ? Le club de D3 française, voulez-vous dire ?" Eh bien non : Valence, le grand club espagnol !
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A la lecture du C.V. de Jean- FélixDorothée (24 ans), beaucoup de gens se posent la question : " Il a passé trois ans à Valence ? Le club de D3 française, voulez-vous dire ?" Eh bien non : Valence, le grand club espagnol ! On est en droit de se demander comment un joueur du niveau de Valence a pu se retrouver à Mouscron. A moins qu'il faille poser la question autrement : comment un joueur du niveau de Mouscron a-t-il pu se retrouver à Valence ? " C'est simple ", explique-t-il. " A l'époque, je me trouvais à Rennes où j'étais barré par AnthonyReveillère, l'un des meilleurs arrières droits français - NDLR : c'étaitleconcurrentd'EricDeflandrelorsdeladernièresaisonduLiégeois àLyon. Comme j'avais fait partie des équipes nationales de France en jeunes, j'ai fait l'objet de nombreuses propositions. La plus intéressante émanait de Valence. Je me suis laissé tenter : à moi l'Espagne, le soleil et l'un des meilleurs championnats d'Europe... " Dorothée ne jouera que quatre matches sous le maillot de Valence : deux en Liga et deux en Coupe du Roi. " Malgré tout, je ne regrette rien. J'ai beaucoup appris et la vie n'était pas désagréable : on avait du beau temps toute l'année et on pouvait faire une sieste après l'entraînement ou se balader le long de la plage ". Précisément, le joueur a sans doute trop confondu son métier de footballeur avec les vacances. Son père est Guadeloupéen et sa mère est Portugaise. Même si lui-même est né en Métropole et a grandi en région parisienne, il a gardé de ses origines le sens de la fête et le côté farniente. " Je n'ai pas gardé que cela, mais il en est sans doute resté quelque chose ", admet-il. " Les Antillais sont cool, ils aiment vivre au soleil et s'amuser. Les Portugais, c'est un peu pareil. Je n'oublierai jamais mes racines. Je suis fier d'être un métis ". Si Dorothée a suscité l'intérêt de Valence, c'est parce qu'il était un membre de l'équipe de France qui fut championne d'Europe des -19 ans en 2000 et qui participa au Championnat du Monde des -20 ans en 2001. " Des super souvenirs ", s'extasie-t-il. " En finale du championnat d'Europe des -19 ans, qui s'est disputé en Allemagne, on a battu l'Ukraine 1-0. L'entraîneur était JacquesCrévoisier : il a ensuite accompagné Gérard Houllier à Liverpool. Il y avait aussi des super joueurs comme DjibrilCissé, PhilippeMexès, BernardMendy, LionelMathis, BenoîtCheyrou... On formait un groupe solidaire, on se connaissait depuis longtemps. C'est à peu près le même groupe qui a participé au championnat du monde des -20 ans, en Argentine. Raymond Domenech avait pris la direction de l'équipe. On a été éliminé en quarts de finale, par l'Argentine précisément, sur un hat-trick de JavierSaviola ". Quatre ans plus tard, la plupart de ces joueurs évoluent dans de grands clubs européens. Jean-Félix Dorothée, lui, joue à Mouscron. Cherchez l'erreur. " Vous savez, certains percent tôt mais ont du mal à confirmer par la suite. D'autres ne sont pas des grands talents au départ mais finissent par réaliser une belle carrière. Je fais plutôt partie de la première catégorie. Tout a été très vite pour moi. Je n'ai signé ma première carte d'affiliation qu'à 12 ans, mais à 13 ans et demi, je me retrouvais déjà à Clairefontaine, le centre national du football en France. A 16 ans, je signais à Rennes. Après trois mois passés dans l'équipe des -17 ans, j'ai intégré l'équipe de CFA. Et au bout d'un semestre, on m'a proposé un contrat professionnel. De tous les joueurs qui faisaient partie de l'équipe de France Juniors, j'ai été le premier à jouer comme Pro : dès 1998. Entre-temps, beaucoup de mes équipiers de l'époque m'ont doublé, mais je ne suis pas inquiet. Je reste persuadé que je rebondirai. Mouscron peut me servir de tremplin. Ai-je été trop présomptueux en optant directement pour Valence après Rennes ? Peut-être, mais à mes yeux, ce passage en Espagne s'inscrivait dans la continuité de tout ce que j'avais déjà vécu précédemment. Je me suis très vite retrouvé très haut. Je me disais aussi que si Valence m'avait engagé, c'était parce que le club espagnol avait décelé des qualités en moi. Et que ces qualités, je devais être capable de les exprimer n'importe où. Y compris dans la Liga ". Malheureusement, ce ne fut pas le cas. " C'est clair, les chiffres ne plaident pas en ma faveur. Pourtant, je reste persuadé que j'aurais pu réussir à Valence... si j'avais mis tous les atouts dans mon jeu. C'est ma faute si j'ai échoué. Certes, je peux avancer des excuses. D'abord, j'ai de nouveau retrouvé Anthony Reveillère en travers de ma route. Ensuite, j'ai débarqué à Valence fort jeune (à 19 ans) et j'avais encore des petites crises d'adolescence. Néanmoins, je peux nourrir des regrets. Il m'arrive encore de me demander : - Pourquoin'ai- jepasbosséplus ? Au lieu de travailler, j'ai voulu m'amuser, faire la fête ". Quel gâchis ! Car Jean-Félix Dorothée aurait pu exhiber deux titres de champion d'Espagne. Il était à Valence en 2002 et 2004, lorsque le club ché remporta les écussons. " Exact. Mais je n'ai pas le sentiment d'avoir fait partie de cette équipe championne. A la rigueur, en 2002, j'aurais encore pu revendiquer une toute petite part de mérites, puisque j'avais effectué quelques apparitions. Mais en 2004, plus du tout. Ce titre n'était pas le mien. Je ne l'ai d'ailleurs pas fêté avec le groupe, je ne me sentais pas concerné ". Pendant sa période à Valence, Dorothée a été marqué par les connaissances de RafaelBenitez. " Je considère que, dans ma carrière, j'ai eu deux très grands entraîneurs. Et même trois, si j'inclus AndréMérel, qui fut mon premier coach à Clairefontaine et qui m'a tout appris à la base. A Rennes, j'ai travaillé avec PaulLeGuen, qui a été champion avec Lyon par la suite et qui était un maître au niveau de la stratégie. Et à Valence, j'ai côtoyé Rafael Benitez. C'est l'encyclopédie vivante du football. Avant chaque match, il était capable d'énumérer les points forts et les points faibles de chaque joueur qu'on allait rencontrer. Il connaissait jusqu'à leur taille et leur poids. Lorsque j'entrais sur le terrain et que je me retrouvais face au joueur en question, j'avais l'impression de l'avoir déjà rencontré précédemment, tant il m'avait été décrit avec précision. Rafael Benitez était très exigeant sur les repositionnements défensifs. De ce point de vue, il ressemble un peu à JoséMourinho. Il demandait sans cesse aux quatre défenseurs et aux quatre médians d'évoluer bien en bloc ". Un joueur a particulièrement impressionné Dorothée à Valence : le défenseur central argentin RobertoFabianAyala. " C'était un super défenseur, mais surtout, il était professionnel jusqu'au bout des ongles. Il surveillait son alimentation de très près. Son poids, au gramme près, ne bougeait pas. Si on lui demandait d'être là à huit heures du matin pour une séance d'entraînement à dix heures, il était là. Il ne négligeait ni les étirements, ni les séances de kiné. Et sur le terrain, il était toujours concentré à 100 %, même à l'entraînement ". Précisément ce que Dorothée ne parvenait pas à faire. N'a-t-il jamais cherché à prendre exemple sur ce joueur qu'il respectait profondément ? " Si, je me disais tous les jours que je devais m'inspirer de lui. Mais pour cela, il faut une très grande force mentale. Or, dans ma nature, j'ai toujours été un peu rêveur. Quand la sonnette d'alarme retentit, je suis capable d'être sérieux et concentré, sinon, j'ai tendance à vivre sur mes acquis, à ne pas me prendre la tête ". Et quand retentit-elle, la sonnette d'alarme ? " Souvent ! Après deux ou trois semaines durant lesquelles je me suis laissé aller, j'entends une petite voix qui me dit : - Jean- Félix, tu dois te reprendre !Alors, je redeviens sérieux. Hélas, lorsque j'ai atteint l'objectif que je m'étais fixé, j'ai tendance à retomber dans mes travers. C'est plus fort que moi. Heureusement, avec l'âge, je commence enfin à changer. Je me rends compte que, lorsque j'ai atteint l'objectif que je m'étais fixé, je dois essayer d'aller encore plus haut et pas simplement rester là où je suis. Une phrase qu'aimait répéter PhilippeSaint- Jean m'est restée en mémoire : - Celuiquirenonce àêtremeilleurcessed'êtrebon ! J'ai envie d'en faire ma devise ". La sonnette d'alarme a-t-elle retenti lorsque Dorothée est passé sans transition de Valence à Mouscron ? " En fait, je ne me suis jamais beaucoup préoccupé. Je considérais ce passage à Mouscron comme une escale, comme un transit. Je me disais que j'allais bosser pendant quelques mois, puis que je parviendrais facilement à me recaser plus haut. Je pensais : - Jean- Félix, Mouscronc'esttapunition !Tun'apasétésérieuxettevoilàobligéderedescendred'unemarche ! A mes yeux, cette punition n'était que temporaire ". Arrivé en février 2005 au Canonnier, Dorothée n'a pourtant pas imprimé d'emblée sa marque sur l'équipe frontalière, loin de là. " J'étais en manque de rythme ", reconnaît-il. " Je n'avais plus joué de match officiel depuis une bonne saison. J'avais aussi un excédent de poids, j'étais loin de mon meilleur niveau. Or, j'ai besoin de m'appuyer sur mes qualités athlétiques pour développer mon meilleur football. Aujourd'hui, je ne suis toujours pas à 100 %, mais je sens que la forme revient. Je commence à retrouver ma puissance et ma vitesse. Je ne démarre pas encore au quart de tour, mais cela va mieux. Lorsque je parviendrai à faire quatre ou cinq fois par mi-temps la navette entre l'attaque et la défense, tout en gardant à l'£il l'ailier gauche adverse, je pourrai dire que je serai au point ". Dorothée n'a pas connu Saint-Jean très longtemps. Un mois et demi après son arrivée, l'ancien coach de l'équipe nationale belge Espoirs était destitué et remplacé par GeertBroeckaert. Le Flandrien s'est assis pour la première fois sur le banc à Ostende (avec une défaite 1-0 à la clef) et a ensuite organisé un match amical à Tubize où il a procédé à une revue de son effectif. Il fit cette constatation : " Jean-Félix Dorothée m'a été présenté comme un arrière droit, mais j'ai l'impression qu'il a davantage été formé comme un milieu droit car il a surtout des qualités offensives ". Quelle est, en réalité, la meilleure place de Dorothée ? " Je l'ignore moi-même ", affirme l'intéressé. " J'essaie de m'adapter à la position que l'on m'attribue. Je suis polyvalent. Chez les jeunes, j'ai tout connu, de l'attaque à la défense. En -15 ans, j'étais... avant-centre et j'ai terminé comme meilleur buteur du championnat. A Clairefontaine, j'étais un défenseur axial : KevinHatchi jouait comme stoppeur et moi comme libero. J'ai aussi joué en milieu de terrain. Bref, j'ai été mis à toutes les sauces. Aujourd'hui, je me considère comme un joueur de couloir, au sens large du terme ". Depuis trois matches, Dorothée est titularisé à l'arrière droit et cela fonctionne plutôt bien. Mais à Genk, son tempérament offensif a ressurgi : il s'est souvent rué à l'offensive en début de match et TomSoetaers en a parfois profité pour s'engouffrer dans les espaces. " Beaucoup de personnes m'ont fait cette remarque. Personnellement, je n'avais pas cette impression-là. Certes, en début de match, j'ai un peu observé mon adversaire direct afin d'analyser ses qualités et ses défauts. J'ai souvent laissé le ballon à Tom Soetaers, sans trop le presser. Au fil du temps, je me suis rendu compte qu'il recherchait avant tout la profondeur et je l'ai serré de plus près, afin de le faire reculer. Je pense avoir été malin. J'ai sans doute des pulsions offensives, mais j'estime que le rôle d'arrière latéral a évolué dans le football moderne. Autrefois, le back droit et le back gauche étaient essentiellement de solides défenseurs. Aujourd'hui, on leur demande de monter, à l'image de Cafù et de RobertoCarlos ". Est-ce enfin le vrai départ pour Dorothée ? " Je l'espère. Je vais essayer de rester sérieux et de maintenir le bon rythme, car j'ai envie de garder ma place et de prouver que je peux apporter quelque chose à cette équipe de Mouscron ". Une équipe toujours à la traîne. Pourtant, récemment, il déclarait à FranceFootball : " Je joue dans un bon petit club belge, qui vise le haut du tableau, une place européenne ". Une déclaration qui a fait froncer bien des sourcils. " C'était en début de saison ", précise-t-il. " Et au vu du potentiel de l'équipe, j'estimais qu'on pouvait effectivement viser l'une des cinq premières places. Je n'ai pas changé d'avis. On a évoqué le match de Genk. Et bien, je n'ai pas vu une grosse différence de qualité entre les Limbourgeois et nous. Seulement, nos bonnes prestations ne se reflètent pas au niveau des résultats. A l'avenir, il faudra surtout songer à prendre des points. Quitte à moins bien jouer ". l DANIEL DEVOS" JE JOUE DANS UN BON PETIT CLUB BELGE QUI VISE LE HAUT DU TABLEAU ET UNE PLACE EUROPÉenne " (lu dans France football) " j'aurais pu rÉussir À valence si j'avais mis tous les atouts dans mon jeu "