Et dimanche, c'est Bruges - Anderlecht. Et dimanche, donc, Silvio Proto va encore en prendre pour son grade. On le sait, c'est couru d'avance, c'est une tradition. C'est comme ça à Charleroi. Aussi à Bruges. Et à Sclessin. Vu les prévisions météo, il y a peu de chances qu'il se prenne des boules de neige ce week-end. On penche plus pour des pièces de monnaie, des briquets et éventuellement quelques bonnes déflagrations. A côté des chants hostiles.
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Et dimanche, c'est Bruges - Anderlecht. Et dimanche, donc, Silvio Proto va encore en prendre pour son grade. On le sait, c'est couru d'avance, c'est une tradition. C'est comme ça à Charleroi. Aussi à Bruges. Et à Sclessin. Vu les prévisions météo, il y a peu de chances qu'il se prenne des boules de neige ce week-end. On penche plus pour des pièces de monnaie, des briquets et éventuellement quelques bonnes déflagrations. A côté des chants hostiles. Silvio Proto a déjà commenté les traditionnels débordements de supporters qui le visent : " Les projectiles et les pétards, c'est la même chose chaque semaine. On attendra qu'il m'arrive quelque chose pour se poser les vraies questions. " Il n'a pas tort. Mais pourquoi tant de haine ? On tente de comprendre cette relation compliquée avec le public en sondant quelques témoins, à charge et à décharge. " Il incarne Anderlecht à lui tout seul, qu'il soit capitaine ou pas, c'est d'abord pour ça qu'on ne sait pas le sentir et qu'on s'en prend systématiquement à lui ", lance Cyril Noël, de la Wallonia Bruges Army, seul club de supporters francophone des Bleu et Noir. " Quand Proto vient chez nous, Proto entre dans notre ligne de mire, c'est comme ça. Je ne dis pas qu'il est l'ennemi public numéro un à Bruges mais quand même un peu... " C'est clair. Et le discours est tout aussi direct du côté du Standard. Manu, du Hell Side : " Le souci, c'est qu'il adore nous narguer. Par des regards, des clins d'oeil, des gestes. Même quand Anderlecht attaque, il s'amuse à se retourner pour nous provoquer. S'il y a une embrouille en milieu de terrain, il va courir comme un sauvage pour aller s'en mêler. Et il est habitué à réclamer auprès de l'arbitre. On l'appelle Calimero. Et on dirait qu'il cherche en continu à attirer l'attention sur lui. Le mec qui joue comme ça avec sa popularité, c'est un mec qui aime qu'on le fasse chier ! Aussi longtemps qu'il jouera, aussi longtemps qu'il viendra chez nous, il sera traité comme il le mérite. Je ne cautionne pas les lancers de briquets ou de pièces, je ne trouve pas normal qu'on fasse exploser des pétards près de lui. Imagine, ça pète à ses oreilles, le gars devient sourd pour toute sa vie, faut pas déconner non plus ! Mais toutes les autres choses que le public du Standard lui fait, je suis pour. " Ce supporter fait un parallèle avec un joueur du passé. " Quand Dante Brogno venait avec Charleroi, c'était toujours lui, notre cible. Parce que c'était le meilleur joueur adverse, le plus dangereux. Dans cette équipe, tout tournait autour de lui. Evidemment, cet aspect joue aussi chez Proto. On ne va pas se mentir, on sait tous que c'est un excellent gardien. On embêtait Brogno, on le sifflait, on l'insultait. Mais lui, à la limite, il s'en foutait, il ne bronchait pas, il ne voulait pas réagir, il restait dans son match. Il ne nous a jamais charriés. Proto, c'est tout l'inverse, il entre dans notre jeu, alors on continue. " Le meilleur buteur de l'histoire de Charleroi nous fait une confidence étonnante. Brogno : " Je te jure que pendant une bonne partie de ma carrière, je me suis demandé pourquoi j'étais systématiquement la tête de Turc dans plusieurs stades, notamment au Standard et à Anderlecht. Je me disais : -Pourquoi encore moi ? J'ai compris assez tard que tous ces supporters me considéraient comme la pièce la plus forte de l'équipe et que leur but était de déforcer Charleroi en essayant de me faire perdre mes moyens. Certains me l'ont avoué après la fin de ma carrière. Avec Silvio Proto, c'est pareil. C'est le meilleur gardien du championnat. Si tu arrives à déstabiliser le gardien d'Anderlecht, tu donnes peut-être des chances de victoire en plus à ton équipe. Chacun a sa façon de réagir. Proto ne se laisse pas faire, il réplique. Moi, je restais de marbre. Comme Bertrand Crasson. En tout cas, je suis persuadé que celui qui réagit prend le risque de perdre une partie de sa concentration et de ses moyens. Ne rien dire et ne rien faire, ce sera toujours mieux. Moi, ce combat mental me motivait, me sublimait. " " C'est fou, la différence entre l'image qu'on peut se faire de lui, dans le public et aussi dans la presse, et sa vraie personnalité ", tranche Thomas Chatelle. Ils ont été coéquipiers à Anderlecht, ils sont restés amis. " Silvio Proto et Sébastien Pocognoli sont les deux joueurs avec lesquels j'ai gardé le plus de contacts. Ce n'est pas un gars policé, ça joue contre lui. Parfois, quand je le vois réagir aux provocations de supporters, j'ai envie de lui dire : -Arrête de te mettre dans des états pareils. Quand on était ensemble sur le terrain, il m'est arrivé de lui en parler, de lui dire : -Reprends tes esprits, calme-toi, là tu es dans l'excès. Il est lucide, il se rend bien compte qu'il déborde à certains moments. Mais il s'en fout, à la limite. Il fait tout ça parce qu'il estime qu'il doit le faire. Il a besoin d'être dans l'action. Il a un côté très impulsif, émotionnel, très vrai, très brut. Et il voudra toujours se présenter comme il est. Ne pas se poser de questions, ne pas faire semblant, c'est aussi une de ses forces. Il est à son meilleur niveau quand il ne réfléchit pas. C'est sa bulle. Pour lui, il y a deux choses importantes dans la vie : sa famille et son boulot. Dans les deux domaines, il donne tout. Il part du principe qu'il doit faire les choses à fond, à sa façon, et peu importe si ça pousse des gens à ne pas l'apprécier. Le côté image, l'aspect pub, ça vient loin derrière le reste, à ses yeux. Sa réputation, c'est le cadet de ses soucis. " " J'ai déjà parlé de Silvio Proto avec mon pote Steven Defour ", reconnaît Manu. " Il me dit que c'est vraiment un bon gars dans la vie. Je veux bien le croire, à la limite. Mais le jour où il a dit à La Tribune que le Standard était le club qu'il haïssait par-dessus tout, il s'est définitivement grillé à Sclessin. " Cyril Noël est sur la même ligne : " Il n'y a pas que sa gestuelle qui nous dérange. Il n'y a pas que ses provocations face aux supporters de Bruges. Il y a aussi ses petites réflexions désagréables, sa haine de l'adversaire, certaines déclarations à chaud qui ne correspondent pas au fil du match qui vient de se finir, ses analyses déformées. Il nous donne l'image du gars qui se plaint toujours. A l'entendre, tout le monde se ligue contre Anderlecht. Quand ils viennent perdre chez nous, il dit systématiquement que son équipe méritait mieux. Il fait ce qu'il veut quand il s'adresse à ses supporters, mais quand il nous nargue après un but de son équipe, ça ne passe pas du tout dans notre tribune. " Le style Silvio Proto, c'est aussi l'art de balancer lors d'interviews, que ce soit à froid autour d'une table ou à chaud après un match. Des propos qui ne plaisent pas nécessairement. Il ose, à l'occasion, mettre le doigt où ça fait mal (voir encadré). " C'est comme en match, il a du mal à contenir ses émotions, ses frustrations ", témoigne Thomas Chatelle. " Il sait que ça le dessert, mais là encore, il s'en fout un peu. Quand je jouais, je faisais toujours attention à ce que je disais, je ne voulais pas me faire d'ennemis, j'étais plus dans la retenue. Lui, il dit les choses sans filtre. " Même chose dans son vestiaire. Frapper du poing sur la table, ça ne lui fait pas peur. " Surtout depuis deux ou trois saisons ", continue Thomas Chatelle. " Quand j'étais à Anderlecht, il avait déjà une certaine influence. Mais il ne pouvait pas être le premier leader du vestiaire quand il était le réserviste de Daniel Zitka, puis à la période où il y avait des personnalités comme Mbark Boussoufa, Lucas Biglia, Nicolas Frutos ou Roland Juhasz. C'est différent aujourd'hui. Silvio Proto a pris plein d'ampleur. Il y a un trio de patrons : Olivier Deschacht, Guillaume Gillet et lui. Comme moi à la fin de ma carrière, il a du mal à accepter l'évolution des mentalités. Et quand il voit qu'un jeune ne fait pas son boulot correctement, il réagit et ça fait des étincelles. Si tu es en face de lui, si tu ne le connais pas bien, si tu as une forte personnalité et si tu lui rentres dedans, ça pète à coup sûr. Parce qu'il est pro jusqu'au bout des ongles et il exige le même engagement de chaque coéquipier. Chez certains gars qui n'acceptent pas le laisser-aller autour d'eux, ça bout intérieurement. Chez Silvio Proto, ça chauffe d'abord dedans puis ça sort. " PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGE" Je ne dis pas qu'il est l'ennemi public numéro un à Bruges mais quand même un peu... " CYRIL NOËL, WALLONIA BRUGES ARMY (CLUB BRUGES) " S'il y a une embrouille en milieu de terrain, il va courir comme un sauvage pour aller s'en mêler. " MANU, HELL SIDE (STANDARD)