"Benitez en route pour le Real ? Il fera de Cristiano Ronaldo un grand défenseur. " En moins de 140 signes, RyanBabel donne du grain à moudre aux détracteurs de son ancien coach. La mémoire collective du football a décidé de classer le Madrilène dans la catégorie " entraîneur défensif ". De retour à la Casa Blanca, là où il a appris le métier de coach au début des années nonante suite à une blessure au genou, Rafa se défend : " On dit que je suis défensif, mais mon Napoli a marqué 104 buts cette saison. " Et en matière de chiffres, on peut lui faire confiance.
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"Benitez en route pour le Real ? Il fera de Cristiano Ronaldo un grand défenseur. " En moins de 140 signes, RyanBabel donne du grain à moudre aux détracteurs de son ancien coach. La mémoire collective du football a décidé de classer le Madrilène dans la catégorie " entraîneur défensif ". De retour à la Casa Blanca, là où il a appris le métier de coach au début des années nonante suite à une blessure au genou, Rafa se défend : " On dit que je suis défensif, mais mon Napoli a marqué 104 buts cette saison. " Et en matière de chiffres, on peut lui faire confiance. " Internet n'existait pas, mais j'avais déjà un programme informatique spécifique à l'analyse des statistiques dans le MS-DOS de mon Commodore 64 " raconte le coach à So Foot. RafaelBenitez est méthodique, pour ne pas dire méticuleux. StevenGerrard raconte qu'à Liverpool, il vivait pour le football 24 heures par jour et sept jours par semaine. FernandoTorres ajoute que le coach espagnol " identifie des détails très importants que personne d'autre ne voit, calcule chaque chose et étudie tout sur son ordinateur ". Et RonnyGaspercic, qui a connu Rafa à ses débuts à Extremadura, en remet une couche : " Quand on jouait en déplacement le dimanche, on se retrouvait le lundi matin au centre d'entraînement pour le débriefing, et toute l'analyse vidéo était déjà prête. " Rafael Benitez compte tout, sauf ses heures. La légende raconte que lors de son voyage de noces à Milan, il se serait éclipsé pour aller voir une séance d'ArrigoSacchi à Milanello. L'Espagnol est comme possédé, en quête de son absolu : l'équilibre. " Il faut garder une attitude et une mentalité offensives, en cherchant l'équilibre en phase défensive ", raconte Benitez à la presse madrilène. Et son équilibre à lui, c'est un 4-2-3-1 figé, presque scientifique avec un quatuor offensif rapide et vertical, un bloc compact de 25 mètres à la récupération du ballon et une obsession perpétuelle pour l'organisation. Aucun dépassement de fonction n'est prévu sur la feuille de route. Pas évident, dans ces conditions, de faire cohabiter la complexité des profils de GarethBale, James Rodriguez, KarimBenzema, CristianoRonaldo, LukaModric et ToniKroos. Quand il raconte son match idéal à ElGráfico, Benitez est fidèle à lui-même, à la fois méticuleux et organisé : " La situation parfaite, c'est quand tu arrives à faire bénéficier ton équipe des points faibles de l'adversaire sans changer ton propre style. " Et pour y parvenir, Rafa a besoin de joueurs déséquilibrants : PabloAimar à Valence ou EdenHazard à Chelsea. " Un joueur qui affiche des paramètres de vitesse et d'intensité très élevés ". Comme s'il voulait aussi quantifier le talent. Les méthodes de Rafael Benitez lui ont valu les compliments d'Arrigo Sacchi, un titre de Docteur Honoris Causa de l'Université d'Elche, deux Ligas, une Ligue des Champions, une Coupe de l'UEFA, une Ligue Europa ou encore un titre de champion du monde des clubs. Partout où il est passé depuis sa révélation à Valence, Benitez a garni la salle des trophées. Et pourtant, on a l'impression que c'est un coach médiocre qui débarque au Bernabeu. Rafa est victime de son image. Celle d'un rat de laboratoire, à l'heure où le haut de l'affiche est tenu par les shows de JoséMourinho ou les costards de PepGuardiola. C'est presque un comble, mais celui qui affirme que " la seule statistique qui fait la différence dans le football, c'est l'argent " n'a jamais su se vendre. En 2004, juste après son doublé Liga-UEFA avec Valence, il demande à son président de transférer SamuelEto'o, mais se retrouve avec l'obscur FabianCanobbio. Sa réaction restera sans doute l'unique punchline de sa carrière : " J'espérais recevoir un sofa et on m'a ramené une lampe. "Dans la bouche de ses anciens joueurs aussi, les compliments sont rares. Comme si Rafa était ce professeur d'université qui impressionne par ses connaissances, mais se cache toujours de ses joueurs derrière son Powerpoint. Même Steven Gerrard, qui a atteint le point culminant de sa carrière avec l'Espagnol en soulevant la coupe aux grandes oreilles dans la nuit stambouliote, n'a que des compliments mitigés : " Après un match, même si tu as mis un triplé, il va te demander pourquoi à un moment précis, tu as choisi d'utiliser ton pied gauche. "Les souvenirs indélébiles laissés par Rafael Benitez à ses anciens joueurs sont plutôt négatifs. JohnTerry, fort de ses 100 % de temps de jeu cette saison en Premier League, n'a pas manqué l'ancien coach des Blues, sans le citer : " Je me souviens qu'une personne a dit que je ne pouvais pas jouer deux matches en une semaine ". La rotation, c'est le péché mignon de Benitez. Là aussi, tout est rationalisé : pour obtenir le meilleur rendement possible de ses joueurs en fin de la saison, il faut les ménager en cours d'exercice. Faire cinq ou six changements entre le match européen du milieu de semaine et celui de championnat du week-end, c'est la méthode Benitez. À tel point qu'à Liverpool, les supporters étaient devenus incapables de citer leur équipe-type. Même Pablo Aimar faisait des séjours sur le banc à Valence. Le casting madrilène pourrait sembler justifié, puisque c'est l'absence de rotation qui a servi d'explication pour cette saison sans titre de la Casa Blanca. Trop de Cristiano Ronaldo et de SergioRamos, pas assez d'Illarramendi ou de Chicharito. Avec Benitez, il est certain que toutes les potentialités du noyau seront exploitées. Mais allez expliquer à Cristiano Ronaldo, en pleine lutte chiffrée avec Lionel Messi, qu'il va s'asseoir sur le banc pour être en forme dans trois mois... Sans équipe-type, sans régularité, Benitez n'a plus gagné un championnat depuis 2004. Malgré des équipes du calibre de Liverpool, Chelsea, l'Inter ou le Napoli. À Madrid, Rafa ne pourra pas se contenter de gagner une coupe. Sauf si elle a de grandes oreilles.?PAR GUILLAUME GAUTIER