David Beckham jure ses grands dieux qu'il n'a pas signé aux Los Angeles Galaxy pour l'argent et je suis tenté de le croire. Je pense qu'il a envie de toucher au soccer tel qu'on le pratique aux Etats-Unis. Mais il y a des difficultés. D'abord, parce que l'accord a fait l'objet d'une attention presque malsaine des médias et que 99,9 % de gens se sont focalisés sur les 500.000 Livres Sterling (750.000 euros) qu'il va percevoir chaque semaine. Ensuite parce que je ne pense pas que Beckham connaisse beaucoup de choses du niveau de jeu aux Etats-Unis.
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David Beckham jure ses grands dieux qu'il n'a pas signé aux Los Angeles Galaxy pour l'argent et je suis tenté de le croire. Je pense qu'il a envie de toucher au soccer tel qu'on le pratique aux Etats-Unis. Mais il y a des difficultés. D'abord, parce que l'accord a fait l'objet d'une attention presque malsaine des médias et que 99,9 % de gens se sont focalisés sur les 500.000 Livres Sterling (750.000 euros) qu'il va percevoir chaque semaine. Ensuite parce que je ne pense pas que Beckham connaisse beaucoup de choses du niveau de jeu aux Etats-Unis. Le capitaine de l'équipe d'Angleterre est devenu en une nuit le centre d'attraction des amateurs de football aux Etats-Unis. Mais uniquement pour une question d'argent, pas de talent. Dès qu'il eut signé, l'intérêt fut tel que Don Garber, le patron de la Major Soccer League, faillit tomber à la renverse : " C'était bien au-delà de ce que nous avions imaginé ". En quelques heures, Galaxy vendit 1.000 abonnements, ce qui signifie qu'il existe une communauté d'amateurs de football qui attendait que la MLS engage une ou deux stars de niveau mondial. A la MLS, on a longtemps cru - pour ne pas dire qu'on le savait - que l'intérêt potentiel du football dans ce pays était considérablement plus important que les 15.000 spectateurs de moyenne enregistrés par match. Les foules se déplaçant nombreuses pour des rencontres amicales entre clubs européens et/ou mexicains ainsi que les scores d'audience réalisés par les stations de télévision pendant la Coupe du Monde (l'an dernier, elles furent plus importantes que pour les matches cruciaux du sacro-saint championnat de base-ball) avaient le don de frustrer les responsables de la MLS. Ils se demandaient comment séduire ces fanatiques. Et soudain, tout semble simple. La réponse s'appelle Beckham. Et c'est peut-être bien le cas. Il se peut que le soccer professionnel aux Etats-Unis ait tapé dans le mille et que l'arrivée de Beckham lui permette de remonter rapidement la pente. En tout cas, si quelqu'un est capable d'arriver à cela, c'est bien lui. Il a le look, le glamour, la personnalité et, ce qui n'est pas négligeable dans le sport moderne, il génère beaucoup d'argent. C'est quelque chose que n'importe quel amateur de sport peut comprendre. Les sponsors l'aiment et, plus il y a de sponsors, plus le sport est sain. Pareil pour les audiences télévisées. La présence de Beckham va rapporter de l'argent à la MLS, les clubs pourront ainsi proposer de meilleurs contrats et d'autres grands joueurs européens seront peut-être tentés de venir jouer aux Etats-Unis. Jusque-là, tout va bien. Mais la médaille a son revers. Je n'ai parlé que de l'image, de la publicité, du marketing, du glamour. Comme à Hollywood. C'est parfait pour Los Angeles et pour l'intérêt porté au soccer. Mais sur le terrain, les lunettes noires et les vestes design laissent place au jeu. Et là, que se passera-t-il ? Ce ne sera sans doute pas aussi simple que Beckham semble l'imaginer. Dès le départ, Galaxy suscitera des points d'interrogation. La saison dernière fut mauvaise et, hormis Beckham, le club ne s'est guère renforcé. Si Beckham ne veut pas moisir, il faudra que l'équipe gagne. Si ce n'est pas le cas, il va se poser des questions car pour lui, sa mission est de mener l'équipe à bon port. Quoi qu'il en soit, il serait arrogant de prétendre qu'il peut, à lui seul, tout changer dans ce pays énorme. Même Pelé, qui avait débarqué avec un objectif similaire en 1975, n'y est pas arrivé, alors qu'il était, de loin, meilleur que Beckham. Il y eut un problème dès le départ avec Pelé et Beckham risque de connaître la même mésaventure : comment les arbitres vont-ils s'y prendre avec lui ? Evidemment, personne ne peut lui garantir un traitement de faveur. Frank Yallop, le coach des Galaxy, a déjà informé les arbitres du fait que Beckham a l'habitude des situations difficiles et qu'il ne sera pas dépendant de la façon dont elles seront traitées. Mais Beckham est considéré comme le plus gros atout de la MLS depuis longtemps et il a un avenir. Ne voudra-t-on pas le protéger, dans le but de ne pas le blesser ? Le danger inverse existe aussi : les arbitres pourraient être enclins à montrer qu'ils n'entendent pas le surprotéger... ce dont Pelé a souffert. On se souvient d'un match mémorable, en 1976, où il explosa après avoir été matraqué sans cesse et commit une faute atroce, inhabituelle dans son chef. Hormis l'image cauchemardesque pour la MLS de Beckham sur une civière, son autre obstacle principal sera sa nationalité. Dans ce pays, les missionnaires anglais sont toujours mal vus. Vous pouvez me croire car cela fait 40 ans que j'étudie ce phénomène et je sais de quoi je parle. Le problème commence par le manque de culture de l'immigration des Anglais : comme ils n'ont pas besoin d'apprendre une autre langue, ils ne songent pas non plus à s'intéresser à une autre culture. D'ailleurs, ils pensent qu'ils parlent mieux l'anglais que les Américains. Et puis, ils connaissent tout du soccer. Ces préjugés favorisent l'arrogance et le refus de penser que l'approche du foot des Anglais n'est qu'une façon parmi tant d'autres de voir les choses. Beckham a déjà son académie à Los Angeles. De nombreux entraîneurs sont britanniques. Voici peu, l'un d'entre eux répliqua à un collègue qui lui faisait remarquer poliment que boots n'était pas le terme approprié pour désigner des chaussures de football aux Etats-Unis : -Eh bien, il faudra vous habituer. L'académie est d'ailleurs un bon point de repère pour voir ce que Beckham doit éviter s'il veut atteindre son objectif. Je ne sais pas s'il maîtrise bien l'espagnol après trois ans en Espagne, mais les Anglais ne sont pas très doués pour les langues étrangères. C'est l'un des problèmes des coaches anglais aux Etats-Unis : aucun d'entre eux ne parle espagnol... Espérons que Beckham se débrouille dans cette langue car il va s'établir dans le sud de la Californie, où la population hispanique est importante et adore le soccer. Son académie ne changera pas grand-chose à la façon dont il sera perçu. Nous avons des tas d'académies, d'écoles de football ou de stages de soccer mais la plupart ne servent qu'à permettre aux parents de caser leurs gosses pendant les vacances. Aucune ne permet véritablement de progresser. Et toutes (à l'exception de celle de Brad Friedel dans l'Ohio) exigent de l'argent. La Beckham Academy demande 750 euros pour un séjour de cinq jours. A ce prix-là, Beckham ne touche que les enfants blancs des classes moyennes et supérieures, pas les Hispaniques. Il ferait mieux de totalement ignorer la communauté britannique et laisser tomber l'académie. Le niveau moyen du joueur américain est assez développé et bien meilleur que ce qu'il imagine. Il n'y a rien de révolutionnaire à faire là-bas. L'aventure de Beckham aux Etats-Unis pourrait facilement tourner à la farce, au roadshow avec les Galaxy, agrémenté de talk shows, de couvertures de magazines, de publicités, d'interviews sexy, de vente de T-shirts, de séances photos, etc. Beaucoup d'argent mais peu de football. Pour changer la face du soccer, il va devoir faire des vagues. L'Amérique a besoin de lui pour canaliser le talent hispanique et en faire des champions. Il doit forcer l'establishment du soccer, largement orienté vers l'Europe, à accepter les Latinos comme des partenaires de même valeur dans le développement du jeu aux Etats-Unis. Ce sera difficile au départ, car c'est l'autre club de Los Angeles (Chivas USA, qui partage le Home Depot Stadium avec les Galaxy) qui semble le plus enclin à promouvoir les joueurs hispaniques. " Notre sport a beaucoup progressé. Je me sens beaucoup mieux qu'il y a un an et demi ", affirme, tout sourire, le patron de la MLS, Don Garber. La vue que l'on a depuis ses tout nouveaux bureaux sur la 5e Avenue de New York est superbe. " Les choses ont changé. Voici quelques années, on ne parlait que de problèmes, de choses négatives. Maintenant, nous avons le ballon ". Garber cite le cas des Kansas City Wizards, un club qui a désespérément cherché un nouvel investisseur tout au long de la saison dernière. " Au lieu de déplacer la franchise dans une autre ville, nous avons trouvé un groupe local d'investisseurs et nous avons réussi à agrandir le nombre de propriétaires ". Garber fait référence à ce qui était un des principaux soucis de la MLS. Il y a quatre ans, six des dix formations composant la League appartenaient au groupe AEG de PhilAnschutz tandis que trois autres étaient propriétés du Hunt Sports Group. Aujourd'hui, les 13 équipes de MLS sont dirigées par dix propriétaires différents. Mais qu'en est-il des riches Américains qui achètent des clubs anglais. Garber ne préférerait-il pas les voir investir dans la MLS ? " Non, ce qu'ils font nous aide car cela signifie que le produit soccer est bon. Cela rend le sport plus crédible aux yeux des supporters américains. Malcom Glazer, Randy Lerner, Tom Hicks et George Gillett sont impliqués dans le football : c'est bon pour nous aussi ". L'accord de coopération entre Arsenal et les Colorado Rapids démontre aussi que le processus peut être inversé et que des Anglais peuvent investir dans la MLS. " Et n'oubliez pas que nous avons déjà des investisseurs d'outre-mer comme Red Bull (Autriche) ou Chivas (Mexique). Le plus important, c'est qu'il s'agit de gens qui aiment le soccer ". Et des plans d'expansion sont en route. Avec Toronto FC (dommage, ce nom si ennuyeux) la MLS compte désormais 13 équipes et le but est d'arriver à 16 en 2010. Cette saison devrait également marquer la fin d'une époque où le soccer était un sport de SDF. Sept équipes (Chicago, Colombus, Los Angeles, Chivas USA, Dallas, Toronto et Colorado) joueront dans des stades construits récemment et réservés spécifiquement à ce sport. Ce développement immobilier signifie que les clubs peuvent également gagner de l'argent sur les parkings, la vente de nourriture et même le nom du stade. Colarado, par exemple, jouera dans le Sporting Goods Park de Dick. Un nom à coucher dehors mais le club a prié les médias de ne pas " le raccourcir ou l'altérer ". Même lorsqu'il y a des soucis dont Garber admet qu'il les empêche de dormir, ce sont des problèmes positifs de croissance. La congestion du calendrier, par exemple. La saison 2007 est embouteillée. Entre le 7 avril et le 21 octobre, chaque club aura disputé 30 matches. De plus, l'équipe nationale participera à deux tournois importants : la Gold Cup de la Concacaf (6 au 24 juin) à domicile et, immédiatement après, la Copa America (26 juin au 15 juillet au Venezuela), où elle sera invitée d'honneur. Ces deux tournois signifient que des joueurs importants seront absents pendant plusieurs semaines. Pour se consoler, Garber peut se tourner vers la télévision. Après avoir acheté, pendant des années, du temps d'antenne, la MLS est à présent suffisamment forte pour demander des droits de retransmission aux quatre chaînes qui retransmettent ses matches : ABC/ESPN, Fox Soccer Channel, HDNet (TV haute définition) et Univision (hispanophone). Selon le Sports Business Journal, ces droits rapporteront plus de 15 millions d'euros par an à la MLS. Autre source de revenus, même si elle ne plaît pas totalement à Garber : la vente de joueurs à des clubs européens. Le médian Clint Dempsey a quitté les New England Revolution pour Fulham au prix de 2,5 millions d'euros tandis que l'ex-attaquant des Kansas City Wizards, Josh Wolff, joue à présent à Munich 1860. Un récent changement de règles de la MLS (le club cédant peut conserver deux tiers du prix du transfert alors qu'avant, la Ligue se taillait la part du lion) devrait inciter les clubs à vendre des joueurs. Ce sont précisément ceux-ci qui posent le plus gros problème à la MLS : les éléments de top niveau ne sont pas suffisamment nombreux. C'est pour cela qu'une nouvelle règle, celle du Joueur Désigné a été adoptée : elle autorise chaque club à dépasser le plafond salarial pour un joueur. C'est ce qui a permis aux Galaxy d'engager Beckham. Jusqu'ici, peu d'autres clubs en ont profité. Seuls les New York Red Bulls ont ramené Claudio Reyna au bercail. Garber prône la sagesse : " Je suis heureux que nos clubs ne pensent pas qu'il suffit de faire signer un joueur. Le côté pervers de la règle du Joueur Désigné serait que les clubs se ruinent pour acquérir un élément et ne soient plus en mesure de payer leurs factures ". En ce moment, le salaire maximal total d'un club de MLS est de 1.600.000 d'euros par an, une misère si on compare avec ce qui se passe en Europe. Cela signifie que les clubs américains doivent battre la campagne pour trouver des joueurs bons, jeunes et pas chers. Le problème, ce sont les coaches et cela poursuit la MLS depuis sa création. La plupart d'entre eux sont Européens ou pro-européens. Garber : " Notre priorité est de diversifier l'origine des entraîneurs. Je ne serai pas satisfait tant que la ligue n'est pas complètement hétérogène, que ce soit dans les bureaux ou sur les terrains ". Mais ce sont les propriétaires qui choisissent les entraîneurs, pas Garber. L'Américain Tom Soehn, un des cinq nouveaux coaches de la saison, entraîne le DC United, le club le plus hispanique de la Ligue. C'est aussi le club qui a viré Freddy Adu. Voici trois ans, alors qu'il n'avait que 14 ans, ce gamin était pourtant considéré comme un petit prodige. Son étoile a pâli et, aujourd'hui, on fait référence à lui lorsqu'on parle des dangers de la promotion excessive des adolescents. Adu jouera désormais pour Real Salt Lake, ce qui n'a rien à voir avec l'avenir qu'on lui prédisait en 2004. par paul gardner (esm) - photos: reuters