Samedi, ça devait être la fête au Tivoli. Entrée gratuite pour tout le monde et un record d'affluence cette saison à La Louvière. Pourtant, dans ce derby hennuyer, il manquait du spectacle pour prolonger de quelques jours le cortège carnavalesque. Même si un Gil était au menu, la peur de perdre a empêché les 22 acteurs de verser dans les cotillons et serpentins. Au final, 0-0 et la satisfaction dans les deux camps de ne pas avoir perdu de plumes. Un même résultat pour deux équipes qui ont choisi de miser toutes les deux sur les perpétuels adjoints pour aborder le sprint final. Pour la deuxième fois de la saison, Gil Vandenbrouck à Mouscron et Frédéric Tilmant à La Louvière sont appelés à la rescousse pour redonner des couleurs à LEUR club.
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Samedi, ça devait être la fête au Tivoli. Entrée gratuite pour tout le monde et un record d'affluence cette saison à La Louvière. Pourtant, dans ce derby hennuyer, il manquait du spectacle pour prolonger de quelques jours le cortège carnavalesque. Même si un Gil était au menu, la peur de perdre a empêché les 22 acteurs de verser dans les cotillons et serpentins. Au final, 0-0 et la satisfaction dans les deux camps de ne pas avoir perdu de plumes. Un même résultat pour deux équipes qui ont choisi de miser toutes les deux sur les perpétuels adjoints pour aborder le sprint final. Pour la deuxième fois de la saison, Gil Vandenbrouck à Mouscron et Frédéric Tilmant à La Louvière sont appelés à la rescousse pour redonner des couleurs à LEUR club. Les deux formations avaient donc choisi la même voie pour préparer ce derby et cette fin de saison. La même voie mais certainement pas la même manière. A La Louvière, on préfère le spectacle. C'est un peu carnaval tous les jours avec des surprises quotidiennes. Dès lundi, le conflit couvait avec certains éléments du noyau. En cause : le non-paiement des salaires. Cinq joueurs avaient reçu un chèque sans provisions. Mardi, Alexandre Teklak brossait les entraînements de la journée alors qu' Alexandre Lecomte ne prenait part qu'à celui de l'après-midi. Mercredi, s'ajoutaient à ces désistements ceux de Nordin Jbari et de Fritz Emeran. Devant le manque de communication de la direction, les quatre hommes annonçaient au reste du groupe et au préparateur physique Arnaud Laly, qui remplaçait Tilmant, absent pour cause de cours d'entraîneurs, qu'ils se mettaient en grève. L'absence de Michaël Cordier, également dans le même cas, répondait à d'autres motifs. Retenu avec les Espoirs, il avait de toute façon été dispensé de la séance du mercredi. Dès le jeudi, les choses étaient rentrées dans l'ordre. Pour payer tous les frais inhérents au dossier de la licence, la direction avait bien vidé le compte devant aussi supporter les paiements des joueurs. Une fois le mouvement déclenché, les dirigeants réagirent au quart de tour et réapprovisionnèrent le compte en banque. " On a été toucher notre chèque trop tôt en fait ", expliquait un des quatre grévistes. Point de réaction des autres putschistes, certains invoquant une blessure pour expliquer leur absence, d'autres mettant l'accent sur des problèmes administratifs. Des propos bien timides de joueurs qui se rendaient compte d'avoir peut-être été trop loin... La direction tenait quant à elle à mettre les points sur les i. " Quelques joueurs n'ont pas encaissé leur chèque tout de suite ( NDLR : les joueurs sont payés le 10) et on devait simplement remplir nos obligations pour l'obtention de la licence ", explique le directeur sportif Chris Benoît. " Nous n'imaginions pas que certains n'avaient pas encore été chercher leur argent. Le vendredi, on a reçu une première plainte et on a réglé le problème de suite. Le jour où ils ont décidé de ne pas s'entraîner, l'argent se trouvait déjà sur leur compte. Moi, je n'appelle pas cela une grève ". Et si le chapitre semble clos du côté joueur, on ne peut pas en dire autant du côté présidentiel. Filippo Gaone attendait l'issue du match de samedi avant de mener la contre-offensive. Après le derby, il avait le masque (on avait dit que c'était carnaval tous les jours ici...) et refusait toute interview. " On attendait la réaction des joueurs lors de ce match ", expliquait Benoît. " Et on va convoquer les éléments concernés. Je ferai rapport au président qui décidera s'il y a lieu de prendre des sanctions car on ne peut admettre de tels comportements. On a dit aux joueurs que ce n'était qu'une question de jours et que dans le climat actuel, ce n'était pas le moment de se faire remarquer mais ils ont pris leur responsabilité. On prendra les nôtres. Je répète qu'il s'agit d'un hasard de circonstances et on ne va pas nous en vouloir parce qu'on a payé quatre joueurs avec quelques jours de retard ! De tels problèmes administratifs, on en trouve dans toutes les entreprises et la situation est bien pire dans d'autres clubs. Je crois que les joueurs ne se rendent pas compte de cela ". Et comme si Tilmant n'en avait pas eu assez, il a dû composer avec la convocation lancée par l'Union Belge aux joueurs ayant participé au funeste Lierse-La Louvière (7-0) de la saison passée. Parmi les éléments suivants (Olivier Guilmot, Laurent Montoya, Michaël Cordier, Quantin Durieux, Dimitri Leurquin, Fadel Brahami) certains se sont rendus lundi, il y a deux jours, au parquet fédéral de l'Union Belge. D'autres seront entendus ce soir. Indéniablement, cela ne peut que trotter dans la tête des joueurs. Pourtant, pour avancer, Tilmant fait fi de tous ces impondérables. Samedi, il s'agissait de son premier match au Tivoli dans la peau d'entraîneur principal. " Tous ces soubresauts, ce n'est pas trop ma tasse de lait (sic) ", dit Tilmant, " Je comprends que les joueurs s'inquiètent mais ce sont de professionnels et j'attends d'eux qu'ils s'arrachent chaque semaine sur le terrain ". Contrairement à la première fois qu'il a endossé l'habit de T1, il sait qu'il ne s'agit plus d'un intérim. Tilmant est à la barre de son navire jusqu'à la fin de la saison. Après le limogeage d' Emilio Ferrera, il devait redonner de l'envie à la RAAL avant de passer le relais au nouvel entraîneur. C'était une mission mentale. Désormais, il peut agir sur le long terme. " Ce n'est pas parce que je suis aux commandes de l'équipe pour une période plus longue que j'ai modifié ma façon de travailler. Je vis au jour le jour. Je viens au stade avec le sourire aux lèvres, avec le plaisir de donner mes entraînements et je n'ai pas d'objectifs précis si ce n'est celui d'arracher notre maintien. Je ne table sur rien du tout. Ce qui m'est venu à l'esprit, cette semaine, c'est Mouscron. Le match est maintenant terminé. J'ai endossé mon costume de Gille dimanche à Morlanwelz et puis je me suis tourné vers le prochain adversaire. Je prends match par match. J'essaie d'apporter ma touche personnelle faite d'engagement et de bon esprit. Les joueurs me connaissent et savent que je ne supporterais pas de voir quelqu'un qui ne donnerait pas tout pour sauver le club. Que ce soit sur le terrain ou en dehors, tout tricheur sera sanctionné. Cependant, il faut avant tout penser positif et c'est dans cette optique que je travaille. La première chose que j'ai faite en arrivant, c'est de supprimer la presse dans le club, pour faire table rase de toutes les rumeurs sur les affaires. Chaque joueur a le droit de lire ce qu'il veut chez lui évidemment ; mais si je surprends quelqu'un en train de parler de ces choses, il sera mis à l'amende ". Sur le plan tactique, Tilmant s'inscrit dans la lignée de son prédécesseur, Gilbert Bodart. Il a maintenu la défense à trois et le Polonais Jaroslav Mazurkiewicz en soutien d'attaque. Lorsque les événements le dictent, il sait pourtant s'adapter, comme samedi lorsqu'il revint, à la mi-temps, à une ligne arrière de quatre éléments. " En 3-5-2, on était bien organisé mais on avait du mal à trouver les flancs. C'est pour cette raison que j'ai lancé Montoya. Quand il le faut, je reviendrai à un schéma plus classique sinon, je conserverai cette défense à trois. Je ne peux pas me permettre de tout modifier. Ce n'est pas maintenant qu'il faut changer son fusil d'épaule. Cela risque de perturber le groupe. C'est pour cette raison que tactiquement, je me situe dans la continuité de Bodart mais ce n'est pas pour autant que je ne vois pas clair. Je sais ce qui ne tourne pas rond. Il faut jouer plus vite vers l'avant et il faut apporter plus rapidement le danger vers le but ". Supertilman est donc au travail. C'est sur lui que repose toute la destinée sportive. Pendant trois mois, il portera sur ses seules épaules la gestion du groupe. Tous les mercredis, il laissera le soin à Laly le soin de concocter des entraînements physiques et il ne sera aidé par aucun adjoint d'ici le mois de juin. " Il saura tout gérer ", rassure Benoît. " Par contre, on veillera à alléger le groupe. Les joueurs devraient être moins nombreux aux entraînements. Certains iront s'entraîner avec les Espoirs " A Mouscron, on a également opté pour la solution maison en confiant à Vandenbrouck le soin de finir la saison. Ici, pas question de le surmener : sa santé ne lui permet pas de tout superviser. C'est pour cette raison qu'il avait insisté pour ne faire qu'un intérim lors de la fin du premier tour. La donne aurait-elle changé ? " Il y a deux différences par rapport au mois de novembre ", se défend Vandenbrouck. " D'abord, je trouve le groupe plus complet suite à l'arrivée de Marcin Zewlakow. Ensuite, nous sommes déjà au mois de mars. Au premier tour, j'étais resté un mois et demi à la tête du groupe. Ici, ce sera deux mois et demi, soit un mois de plus. Cela devrait être possible de m'organiser jusqu'à la fin de la saison. Je sentais également une demande du groupe. A ce stade de l'année, on fait beaucoup appel à un adjoint. On peut voir cela d'un point de vue financier ou sous l'angle de la stabilité en se disant que ce n'est plus le moment de changer. Est-ce la bonne solution ? Seul l'avenir et les résultats nous le diront. Dans notre cas, cela permet de rééquilibrer le club. Avoir autant d'entraîneurs en deux ans, ce n'est certainement pas une bonne publicité pour le club. Même les plus grands clubs comme Anderlecht avec Frankie Vercauteren ou Glenn De Boeck et Bruges avec Jan Ceulemans ou Franky Van Der Elst font appel à des anciens de la maison. Ceux qui ont été longtemps au club doivent véhiculer l'image du club. C'est une façon de montrer que l'on défend l'authenticité du club ". Olivier Besengez abonde dans le même sens : " Ce n'était pas une demande du groupe mais si on avait demandé notre avis, on aurait choisi cette solution. Cela ne sert à rien d'aller chercher ailleurs ce que l'on a à la maison. Opter pour Gil, c'est la meilleure solution et cela peut même devenir une solution à long terme. Son message est clair : faire bloc. Pour se sauver, c'est la seule solution. Il faut se montrer solidaire. C'est comme cela que l'on a gardé le 0-0 tant à La Gantoise qu'à La Louvière ". Quant à Paco Sanchez, il affirme même que l'arrivée de Vandenbrouck s'est déroulée naturellement : " La démission de Paul Put n'a pas brisé notre élan. On a gardé sa vision du football. Gil a repris le flambeau en rajoutant deux, trois retouches. Il a gardé l'organisation défensive mais a basé son discours sur la motivation. C'est un pur Mouscronnois qui sait inculquer les valeurs d'antan que certains joueurs ne connaissent pas ". C'est dans cette optique également qu'il faut accueillir l'arrivée de Claude Verspaille, l'ancien milieu de terrain brugeois et ancien sociétaire de la maison, comme adjoint. Vandenbrouck : " 27 joueurs pour un seul homme, ce n'était pas gérable. Et il y a toujours plus dans deux têtes que dans une. Claude sait bien lire le jeu et l'analyser. Au niveau du jeu de tête, il peut aussi nous apporter beaucoup. Il y a un manque là. Du point de vue du caractère, c'est quelqu'un de fort posé, qui ne va pas mettre de la nervosité dans les vestiaires. C'est important dans notre situation. J'attends un retour de son passé de joueur car c'était quelqu'un qui se défonçait pour ses couleurs ". L'ancien entraîneur de Tournai et de Wevelgem a découvert son nouvel environnement la semaine passée et prit place sur le banc dès samedi. " Je n'étais pas spécialement stressé ", intervient Verspaille, " Je connais les termes de mon contrat. Je suis ici pour quatre mois. J'étais libre. Cela ne pose pas de problèmes. Cela me permet d'accumuler de l'expérience après avoir travaillé en D3 ". Son rôle est celui d'un adjoint-type : " J'effectue les échauffements et j'aide Gil au quotidien. A La Louvière, lorsque je voyais quelque chose sur le petit banc, j'intervenais. Je sais aussi que je peux apporter mon vécu des phases arrêtées. Cela fait dix ans que les matches se jouent là-dessus. A l'époque, sous Georges Leekens, on avait un entraînement spécifique avec Donald Van Durme ". Samedi, le match des adjoints n'a pas désigné de vainqueur. La Louvière a montré plus d'envie alors que Mouscron essayait en première mi-temps de faire valoir plus de combinaisons. Vandenbrouck : " Nous avons commis beaucoup d'erreurs techniques et donné de nombreux ballons à l'adversaire mais je suis satisfait de la solidarité entre joueurs. Surtout dans le chef de la division défensive. Dans l'ensemble, tout le monde s'est battu. Je suis surtout soulagé de ne pas m'être incliné. Perdre trois points contre Zulte Waregem, ce n'est pas si grave. Par contre, contre des adversaires directs comme La Louvière, on ne peut pas se le permettre ". Dans l'autre camp, on était plus partagé. Tilmant : " Les résultats du jour nous sont favorables mais on aurait pu remporter l'enjeu. On a senti la peur de perdre. Je sais qu'il y a encore du travail ! ". STÉPHANE VANDE VELDE