Depuis le départ de Trond Sollied durant l'été 2005, l'ombre de l'entraîneur norvégien plane sur le stade Jan Breydel. Son successeur Jan Ceulemans, pourtant adulé par le public, n'a pas tenu une saison. Pour Emilio Ferrera, on pourrait presque affirmer que les dés étaient pipés dès le départ : il a été sifflé dès son premier entraînement par les sympathisants locaux. Parce qu'il avait eu le culot de détrôner leur idole Caje et qu'il est Bruxellois. A partir du moment où les résultats ne lui permettaient pas d'inverser la tendance, ses jours étaient comptés.
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Depuis le départ de Trond Sollied durant l'été 2005, l'ombre de l'entraîneur norvégien plane sur le stade Jan Breydel. Son successeur Jan Ceulemans, pourtant adulé par le public, n'a pas tenu une saison. Pour Emilio Ferrera, on pourrait presque affirmer que les dés étaient pipés dès le départ : il a été sifflé dès son premier entraînement par les sympathisants locaux. Parce qu'il avait eu le culot de détrôner leur idole Caje et qu'il est Bruxellois. A partir du moment où les résultats ne lui permettaient pas d'inverser la tendance, ses jours étaient comptés. Lorsque Sollied fut démis de ses fonctions à l'Olympiacos en décembre 2006, pour cause d'élimination en Ligue des Champions (et malgré une première place en championnat !) on pensait à un retour imminent. Mais c'est sur son ancien adjoint Cedomir Janevski (45 ans) que s'est porté le choix du club. L'ancien défenseur macédonien, né à Skopje en 1961, avait porté le maillot du Club Bruges de 1989 en 1991 et joua ensuite quatre saisons au SC Charleroi. Il termina sa carrière à Lokeren en 1997, après un bref passage à Istanbulspor, et se lança dans le coaching à un échelon modeste : à Blankenberghe, qu'il fit monter de 1re Provinciale en Promotion, puis au Club Bruges où il s'occupa des Espoirs de 2000 à 2005. Il rejoignit ensuite le staff de Sollied à l'Olympiacos, où il reçut son C4 en même temps que le Norvégien. Cedomir s'apprête donc à vivre sa première expérience d'entraîneur au plus haut niveau dans un club où l'obligation de résultats immédiats est présente : " J'ai été international dans l'ex-Yougoslavie et pro ici. A l'Olympiacos, j'étais dans le staff d'une équipe de LC. Sollied est un coach qui délègue énormément et je n'étais pas uniquement là pour déplacer les cônes et apporter les ballons. L'ambiance, dans les stades grecs, est bien plus chaude qu'en Belgique. Le stress du haut niveau, je sais ce que c'est. Blankenberghe ? Il faut bien commencer quelque part et l'équipe est montée d'une division. J'avais la réputation de dispenser des entraînements sur la plage ? Lorsqu'on n'a pas de terrain, où faut-il aller ? La plage n'était pas loin. J'ai travaillé avec les moyens du bord. A Bruges, ce sera différent... Je ne devrai m'occuper que de la préparation des matches. J'ai aussi l'avantage d'avoir connu de nombreux joueurs de l'effectif actuel qui ont évolué en Espoirs sous ma direction ". Avec Janevski, le président Michel D'Hooghe a-t-il voulu engager la copie conforme de Sollied ? " Notre vision du football est comparable ", reconnaît l'intéressé. " Nous sommes adeptes d'un football offensif mais aussi d'une certaine organisation à l'arrière. Il est arrivé rarement que nos avis divergent sur la manière de gérer un match. Par exemple : que faire lorsqu'on mène 3-0 ? Essayer d'inscrire un quatrième but ou contrôler la partie ? Sollied aurait tendance à privilégier la première option alors que je pencherais pour la seconde. Mais je suis porté vers l'avant. Je demande toujours au porteur du ballon d'envisager une passe vers l'avant comme première option. C'est seulement si celle-ci se révèle impossible qu'il devra effectuer une passe latérale. Une passe vers l'arrière est la dernière option à envisager, s'il n'y a pas d'autre solution. Je suis un entraîneur qui affectionne le football technique et la construction depuis l'arrière, à l'image du joueur que j'étais autrefois. Mais j'aime aussi l'efficacité. En Grèce, on trouve énormément de joueurs techniques, mais ils se perdent parfois dans leurs dribbles et se font chiper le ballon. Etre capable de jouer en un temps, avec des une/deux, c'est aussi de la technique. Et c'est souvent plus efficace que porter le ballon ". Peut-on s'attendre à voir Bruges évoluer en 4-3-3 à l'avenir, plutôt qu'en 4-4-2 comme le prônait Ferrera ? " Lorsque j'étais joueur dans l'ex-Yougoslavie, il y avait un arrière droit, un arrière gauche, un libero et un stoppeur ", se souvient Janevski. " Puis, trois joueurs dans l'entrejeu et trois joueurs plus offensifs. La seule chose qui a changé, dans le football moderne, c'est qu'on ne trouve plus un libero et un stoppeur, mais deux arrières centraux alignés sur la même ligne. Alors oui, je suis plutôt adepte du 4-3-3 mais je veux me montrer flexible. Le seul principe auquel je tiens, c'est celui de quatre défenseurs en ligne. Dans les autres compartiments du jeu, la disposition est variable ". Dans un 4-3-3, quel sera le rôle assigné à Bosko Balaban ? " Bosko n'est pas le prototype de l'attaquant de pointe qui reprend les ballons de la tête. Mais il peut évoluer dans un autre registre : sur le flanc, par exemple, comme il l'avait déjà fait sous Sollied ". Par ailleurs, comment le nouvel entraîneur s'y prendra-t-il pour gérer ce joueur de classe qui a la réputation de jouer à la carte ? " Bosko, un joueur difficile à gérer ? Ce n'est pas la première fois qu'on me le dit, mais je ne me permettrai pas d'émettre un jugement avant d'avoir été confronté moi-même à des écarts de conduite de sa part. A l'époque de Sollied, je l'avais déjà coaché lorsqu'il avait été renvoyé en Réserve pour l'une ou l'autre raison, et je n'avais pas rencontré de problème. Pour l'instant, je veux surtout retenir qu'il s'agit d'un très bon joueur, qui marque facilement ". Janevski n'a signé que pour six mois. Est-ce une sorte de test auquel il est soumis ? " Peut-être. Je constate qu'il reste 14 matches à disputer, à commencer par le choc de dimanche prochain contre Anderlecht. Plus la Coupe de Belgique, évidemment. Etant donné la position à laquelle se situe Bruges au classement, il est minuit moins cinq si l'on veut encore accrocher une place européenne. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la direction ne m'a fixé aucune obligation en termes de résultats. On m'a simplement demandé de ramener l'équipe à un bon niveau. Comme je suis un vainqueur et je ne tolérerai pas l'échec. Si les défaites continuent à s'accumuler, je n'aurai pas besoin de l'avis de la direction pour tirer mes conclusions... Pour l'instant, seules les prochaines semaines me préoccupent. J'ai encore le temps de penser à la suite ". DANIEL DEVOS