J ean-Pierre Detremmerie a lâché la bête. Le monstre ! L'Excelsior Mouscron est un bateau à la dérive et son capitaine ne se sentait plus d'attaque pour le reconduire au port. Detrem' est fatigué, usé, miné par des problèmes de santé. Mais surtout û peut-être û découragé par la situation financière de ce club. Après avoir rêvé de tutoyer et d'ennuyer Anderlecht, le Club Bruges, le Standard et Genk, il a compris qu'une subite marche arrière s'imposait.
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J ean-Pierre Detremmerie a lâché la bête. Le monstre ! L'Excelsior Mouscron est un bateau à la dérive et son capitaine ne se sentait plus d'attaque pour le reconduire au port. Detrem' est fatigué, usé, miné par des problèmes de santé. Mais surtout û peut-être û découragé par la situation financière de ce club. Après avoir rêvé de tutoyer et d'ennuyer Anderlecht, le Club Bruges, le Standard et Genk, il a compris qu'une subite marche arrière s'imposait. Depuis quelques jours, Jean-Pierre Detremmerie n'est donc plus le président de son Excel. N'a-t-il pour autant plus rien à dire au Canonnier ? Même s'il n'est plus parlementaire, il reste le poids lourd d'une politique locale qui a énormément aidé le club depuis son accession en D1. Au grand dam de l'opposition (voir encadré avec la réaction d'Ecolo). Et il est probable qu'on lui décernera prochainement un titre honorifique. Assez pour continuer à tirer les grosses ficelles ? Ou, au contraire, des hommes qui devaient jusqu'à présent se contenter d'occuper une belle case avec un beau titre auront-ils enfin l'opportunité de sortir de l'ombre, de prendre de vraies décisions ? On pense évidemment à Roland Louf. Bombardé directeur général de l'Excel il y a un an, il n'a jamais eu les coudées franches. On l'a laissé réduire la masse salariale de façon spectaculaire, mais pour le reste, Louf a surtout été contraint de subir les événements : les transferts de début de saison dernière, les discussions avec le repreneur potentiel Dimitri Piterman (Louf ne l'a jamais vu), la prolongation du contrat de T1 de GeertBroeckaert (Detremmerie lui aurait promis qu'il serait conservé dans ce rôle s'il assurait le maintien, et il l'a prolongé avant de quitter la présidence). Début mai, Roland Louf eut une grosse altercation avec Detremmerie et annonça dans la foulée son désir de quitter le club. Depuis que le même Detremmerie n'est plus président, Roland Louf a changé d'avis. Il fait partie du nouveau triumvirat chargé de faire tourner la boutique. C'est d'ailleurs par la presse qu'il a appris ses nouvelles responsabilités car il n'avait pas été convié à la réunion qui déboucha sur la nomination du trio en question... Quel est le déficit de l'Excelsior ? Impossible, évidemment, d'obtenir les chiffres exacts. Tous les discours officiels se veulent relativement rassurants. Mais cette dette est énorme et c'est la faillite d'une politique anormalement ambitieuse. Le résultat des années Hugo Broos (1997-2002) et Georges Leekens (2003-2004). Mais qu'on ne s'y trompe pas : ce ne sont pas ces deux entraîneurs qui ont plongé Mouscron dans le trou. Ils n'ont fait qu'obéir, dans leur coûteux recrutement, aux ambitions présidentielles. Pendant quatre ou cinq saisons d'affilée, Mouscron aurait enregistré un déficit d'exploitation de 4 à 5 millions par an. Les gros transferts sortants n'ont évidemment pas suffi pour combler ces trous. Il y eut deux très gros coups avec Anderlecht ( Yves Vanderhaeghe et Nenad Jestrovic), mais ces montants ne furent finalement que des gouttes d'eau dans l'océan des dettes mouscronnoises. Un exemple frappant : les ventes de Luigi Pieroni (Auxerre), Stephen Laybutt (Gand), SteveDugardein (Auxerre), Mbo Mpenza (Anderlecht) et Christophe Grégoire (Anderlecht), réalisées au cours de la dernière année, ont rapporté environ 3,5 millions à l'Excel : c'était encore trop peu pour combler la perte d'exploitation de la saison 2003-2004 (5 millions). Donc, le club a lâché tous ses joyaux pour simplement adoucir la pilule laissée par le championnat précédent. Lors de la défunte saison, Mouscron a encore perdu près d'un million, malgré le départ de quelques-uns des plus gros contrats. Parlons-en, des contrats offerts à l'âge d'or de l'Excelsior. On n'est pas étonné d'apprendre que Mbo Mpenza était le champion toutes catégories, avec un salaire brut compris entre 625.000 et 750.000 euros. Mais d'autres joueurs tournaient au-dessus des 500.000 euros. Et quelques gros salaires faisaient toujours partie de l'effectif en 2004-2005 (plusieurs joueurs entre 375.000 et 500.000 euros), d'où la nouvelle perte d'exploitation. Ces barons avaient pour noms Koen De Vleeschauwer, AlexandreTeklak, Samir Beloufa, Tonci Martic, Marcin Zewlakow, Geoffrey Claeys û et Christophe Grégoire jusqu'en janvier. Une anecdote qui en dit long : lorsque le Standard fit autrefois à l'Excel une proposition de 300.000 euros pour le transfert de Grégoire, les Mouscronnois marquèrent leur accord mais les gens de Sclessin laissèrent tomber le dossier dès qu'ils découvrirent le salaire que ce joueur touchait à Mouscron. Ils ne pouvaient tout simplement pas s'aligner. Mouscron présente la particularité de n'avoir aucun emprunt bancaire. Aucune dette vis-à-vis d'un organisme bancaire en bonne et due forme, en tout cas. Les banques de l'Excel, ce sont l'IEG (Intercommunale d'Etude et de Gestion, voir encadré Ecolo) et la Société Coopérative à Responsabilité Limitée Excel Foot (voir encadré organigramme). Le club devrait un peu moins de 6 millions d'euros (auxquels il faut ajouter les intérêts légaux) à l'IEG û Detremmerie ne reconnaît que 4 millions. Son dû aux industriels composant la SCRL est tenu secret. Ils auraient déjà injecté entre 4 et 6 millions dans le club. De l'argent qu'ils chercheront à récupérer un jour ? Jean-Pierre Detremmerie affirme que c'étaient des investissements à fonds perdus, de simples élans de mécénat, que tout était clair dès le départ. Mais d'autres rumeurs circulent : certaines de ces personnes commenceraient à vouloir reprendre leurs billes. Elles ont peut-être l'avenir du club entre les mains. Que se passerait-il si ces partenaires se montraient trop pressants ? Aux dettes vis-à-vis de l'IEG et de la SCRL, il convient encore d'ajouter une somme limitée (environ 250.000 euros) due à divers fournisseurs. Pour résumer, la dette de l'Excelsior est de 4 millions (prêts IEG) pour Jean-Pierre Detremmerie, de 6 millions minimum (prêts IEG) pour l'opposition communale, de 12 millions (prêts IEG + prêts partenaires) selon le scénario le plus noir. Le départ de Jean-Pierre Detremmerie a, sur le papier en tout cas, complètement redistribué les cartes. Trois personnes ont repris le nounours sur le dos : le conseil d'administration a désigné un triumvirat pour diriger le club pendant la vacance de la présidence et/ou en attendant la reprise de l'Excel par l'un ou l'autre industriel aux reins (très) solides. Ce trio est composé de Roland Louf (directeur général, chargé de la gestion journalière et sportive), Francis D'Haese (comptabilité et finances) et Edward Van Daele (administration générale). On peut imaginer que le processus de décision sera désormais très différent de ce qu'il a été au cours des dernières années : il n'y aurait plus un président qui décide et le vide autour de lui pour acquiescer, mais une pyramide plus équilibrée au sommet de laquelle il ne manquerait encore qu'un numéro 1. L'Excelsior peut-il continuer à moyen ou long terme sans président ? " Le but n'est pas de fonctionner sans président, mais il fallait parer au plus pressé car la nouvelle saison redémarre ", signale Francis D'Haese. Mouscron est-il toujours un club à reprendre ? " Nous ne cherchons plus nécessairement un repreneur car la nouvelle structure dirigeante et le plan de relance que nous avons imaginé tiennent la route ", répond Roland Louf. Cette nouvelle structure dirigeante s'articule autour de deux organes : un comité directeur (dans lequel siègent notamment Louf, D'Haese et Van Daele) et un comité sportif (les mêmes personnes y sont aussi représentées). Ces comités seront chargés de prendre les grandes décisions financières et sportives. Les joueurs qui souhaitent porter le maillot hurlu au cours des prochaines saisons savent à quoi s'en tenir. Les folies, c'est définitivement de l'histoire ancienne à Mouscron. Le club avait un budget prévisionnel de 6,5 millions pour la saison 2004-2005 et a laissé un million dans l'aventure. Pour 2005-2006, l'enveloppe disponible est estimée à 6 millions par Roland Louf. " Près de 90 % de ce budget est d'ores et déjà garanti avec les recettes de billetterie, de l'horeca, le sponsoring et les droits TV ", dit-il. " Nous ne pouvons plus nous permettre de dépasser 2,5 millions en masse salariale pour le staff technique et les joueurs ". En clair, un salaire annuel moyen (brut) au Canonnier tournera désormais autour des 75.000 euros. C'est quatre à cinq fois moins qu'il y a quelques mois, mais c'est indispensable si l'on veut assurer la survie du club. Plusieurs joueurs arrivés en fin de contrat se sont déclarés scandalisés par le nouveau contrat qu'on leur a proposé. Roland Louf ne se laisse pas démonter. " Ils doivent savoir que je suis le premier éc£uré... par leurs réactions et leurs déclarations dans la presse. Ils parlent d'un manque de respect de la direction après tous les services qu'ils auraient rendus à l'Excel. Ils doivent retourner le problème et avouer qu'ils ont été très grassement payés pendant des années. A temps et à heure ! C'est ça, la première chose à respecter ". L'équipe 2004-2005 a déjà été décimée. Place aux jeunes, à des joueurs pas trop gourmands. On peut s'étonner que Teklak, un des meilleurs Mouscronnois la saison dernière, n'ait même pas reçu de proposition de prolongation. C'est une décision de Geert Broeckaert, qui devait choisir entre Teklak et Olivier Besengez, et a tranché pour ce celui-ci. L'ultime gros point d'interrogation concerne Marcin Zewlakow, qui est toujours lié à Mouscron pour un an. C'est le dernier gros contrat du noyau. " Il est à vendre mais pas à brader ", fait savoir Roland Louf. Pierre DanvoyeLA DETTE : 6 millions à l'Intercommunale et entre 4 et 6 millions à des partenaires privés ? LE SALAIRE ANNUEL BRUT tourne maintenant autour de 75.000 euros : QUATRE à CINQ FOIS MOINS qu'il y a quelques mois Le départ de Jean-Pierre Detremmerie signifie-t-il vraiment qu'il n'aura plus rien à dire ? Les ventes de Pieroni, Laybutt, Dugardein, Mbo et Grégoire N'ONT PAS SUFFI à REMBOURSER la perte d'exploitation 2003-2004