Il semble s'exprimer sans prendre le temps de peser ses mots, mais le discours de Josip Skoko est toujours mesuré. C'est d'ailleurs sous ce jour qu'on le connaît à Genk. Sans se mettre à l'avant-plan ni s'imposer comme un distributeur autour duquel tout doit tourner, le médian australien est précieux. Entretien avec un socceroo, comme on surnomme les internationaux australiens.
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Il semble s'exprimer sans prendre le temps de peser ses mots, mais le discours de Josip Skoko est toujours mesuré. C'est d'ailleurs sous ce jour qu'on le connaît à Genk. Sans se mettre à l'avant-plan ni s'imposer comme un distributeur autour duquel tout doit tourner, le médian australien est précieux. Entretien avec un socceroo, comme on surnomme les internationaux australiens. Bravo. Avec cinq assists, vous êtes en tête du classement.Josip Skoko:Thanks, yeah, well, l'équipe tourne bien. L'année dernière, nous ne savions pas vraiment ce que nous devions faire. On ne prend confiance que quand on le sait. Maintenant, c'est le cas. Cela rend ma tâche beaucoup plus facile. Je peux me concentrer sur ce que je dois faire: conserver ma position, soutenir les attaquants quand je le peux, sans oublier la ligne arrière, faire circuler le ballon, keeping things organized. La saison passée, j'ai délivré beaucoup d'assists mais le ballon ne rentrait pas. Jos Daerden vient de déclarer: "Si chacun maîtrise le système, les médians marqueront aussi". Que faut-il améliorer?Je suis d'accord avec lui. Les avants sont bons mais il faut qu'ils comprennent qu'ils doivent parfois conserver le ballon pour nous donner le temps de monter. C'est pareil pour les défenseurs, pour que nous puissions créer des brèches. Ainsi, nous oserons monter davantage, sachant que la dernière ligne assure. Tout est mêlé. L'attaque reste souvent trop isolée.Les défenseurs manquent encore de confiance en eux-mêmes. Nous, les médians, devons suivre notre adversaire direct jusqu'à un certain point. Nous ne pouvons pas le laisser filer. Mais avec quatre défenseurs, il en reste souvent un de trop, qui devrait pouvoir monter à certains moments. C'est parfois difficile quand nous affrontons une équipe qui joue avec trois médians. Ce n'est pas compliqué, il faut gêner et intercepter l'adversaire dans chaque compartiment. C'est une question de timing et de compréhension sur le terrain. Nous avons besoin de temps. De même, notre confiance augmente au fil des matches et nous pressons de mieux en mieux."Deux demi-occasions contre Bruges ont suffi"Bernd Thijs estime que jouer avec un seul médian défensif est dépassé. Quel est votre avis?Le 4-4-2 est moderne mais difficile à appliquer et beaucoup d'entraîneurs l'évitent, car il doivent à tout prix obtenir des résultats. Nous évoluons avec deux médians défensifs et un offensif en même temps. Bernd et moi sommes plus défensifs que les quatre autres, je veux dire les ailiers et les attaquants. Nous nous retrouvons trop souvent seuls. Il faut que les ailiers apprennent à converger vers l'axe pour nous aider à défendre.Thijs a apprécié l'évolution de l'entrejeu car vous êtes à ses côtés et plus seulement en soutien offensif. Appréciez-vous ce rôle qui vous est dévolu en équipe nationale australienne?D'un point de vue offensif, c'est plus dur car je dépense beaucoup d'énergie en défense. Si chacun effectue sa part de travail, nous ne sommes pas submergés. Donc, un de nous -mais jamais les deux simultanément- a le temps et les espaces voulus pour monter. Pour prendre confiance, Thijs et moi devons recevoir davantage de ballons dans des positions difficiles. Nous sommes capables de temporiser, même si nous pouvons encore progresser. Nous nous entraînons beaucoup, durement même, depuis six semaines. Nous venons d'émerger de la première phase de la saison, pendant laquelle il faut travailler. Il ne faut pas oublier Rogerio et Wamfor, mais je n'ai pas beaucoup de concurrence. Pourtant, ça fait du bien car inconsciemment, on travaille plus dur. Je ne suis pas ici depuis longtemps, ce n'est donc pas un problème, mais en Croatie, après trois ou quatre ans, je n'arrivais plus vraiment à me forcer. Le moment de partir était venu.Vous vous êtes fait une mauvaise réputation en déplacement.Nous avons pourtant joué quelques très bons matches mais nous les avons perdus et on ne retient que les chiffres. Cette saison, nous sommes capables de battre les meilleurs. Si nous restons appliqués, nous terminerons parmi les six premiers. La saison passée, nous n'aurions pas vaincu Bruges. Nous avions été battus 6-1. Cette fois, nous avons moins bien joué mais nous l'avons emporté. Mais à chaque défaite, on rappellera notre réputation. Cette victoire à Bruges nous a considérablement aidés à nous en défaire. Marquer sur deux demi-occasions comme à Bruges constitue une qualité.Quelle est la différence entre Paas et Dagano?Je ne porterai pas de jugement de qualité. Dagano est un talent naturel, il est puissant et rapide, il a un bon tir. Mais il doit s'intégrer au système, assimiler certaines choses, comme sa contribution défensive. Sonck et moi nous comprenons mieux, ne serait-ce que parce que nous jouons depuis plus longtemps ensemble. Quand j'ai le ballon, je regarde Wesley et je sais exactement comment le servir. Si je fais pareil avec Dagano, je ne sais toujours pas dans quelle direction il va partir. Il est tout à fait capable de conserver un ballon, mais alors, il doit observer ce que nous faisons. Alors, il lui arrive de tirer au but dans des positions parfois incroyables au lieu d'effectuer une passe. Il doit apprendre où courir et que faire. Nous nous en occupons."Comme ça va vite: je suis capitaine"N'avez-vous pas l'impression d'être immatures, puisque l'arrivée d'un autre entraîneur a suffi à vous faire progresser?Il y a beaucoup de jeunes dans le groupe. L'année dernière, j'ai constaté que beaucoup de garçons talentueux ne demandaient qu'une chose: connaître leur place et leur rôle. Les joueurs ne le comprennent pas vraiment. Boskamp était bon mais ce n'est pas un professeur comme Vergoossen. C'est la grande différence.On vous considère comme le leader potentiel du groupe. Vous avez toujours dit qu'avant d'assumer ce rôle, vous deviez prester et maîtriser la langue. Où en êtes-vous?Je suis capitaine. Comme ça va vite... J'apprends aussi à diriger mais je ne me considère pas comme un leader unique, que tous les autres suivent. Chacun doit apporter sa pierre. Il est clair que s'il faut un plus, je suis là.La saison passée, n'avez-vous pas eu le sentiment de devoir prendre les commandes?Si, mais j'en étais incapable. C'était frustrant: je savais ce dont nous avions besoin et, malheureusement, il fallait que l'entraîneur l'organise. On peut fournir des indications mais il est impossible de changer quelque chose si les 50 ou 60% de l'équipe ne savent pas ce que vous voulez. Vous pouvez tout au plus disputer quelques bons matches en essayant vous-même des trucs. Bien entendu, ça ne suffit pas. Je le répète: c'est plus facile quand l'entraîneur explique clairement ce qu'il veut.Short baisséVous essayez de vous imposer ici tout en étant soumis à un lourd programme avec l'équipe d'Australie pour la Coupe du Monde.A Genk, l'entraîneur répartit nos tâches en petites parties compréhensibles. Si nous nous concentrons, nous oublions tout ce qui peut nous mettre sous pression. Mais les choses vont se compliquer. Nous n'avons pas encore disputé de match international cette saison. J'ai pu me préparer parfaitement. Mon problème de genou est oublié. En novembre, j'ai des matches de qualification. Si nous réussissons, ce sera plus calme. Je suis capable de me concentrer sur deux choses, l'une après l'autre. Si nous ne nous qualifions pas -nous affrontons la France en match amical puis le cinquième d'Amérique du Sud-, ce sera terrible car notre équipe est capable d'atteindre le tour final. Une qualification changerait la place du football en Australie. Les clubs font de leur mieux. La fédération a eu des problèmes avec les différents groupes ethniques mais elle a trouvé uns solution. Nous manquons d'argent, de sponsors, car le football n'est pas le premier sport en Australie. C'est pour ça que la qualification est aussi importante. La première génération d'internationaux qui a évolué à l'étranger revient au pays et va lui conférer plus de professionnalisme.Frank Farina a-t-il changé depuis qu'il est sélectionneur?Non. Nous jouons en 4-4-2. Il n'est pas très âgé et il a une bonne relation avec nous. Il n'y a pas de problème quand votre groupe sait jouer. Il n'a pas beaucoup d'expérience, et si quelque chose cloche, il en discute avec nous. Il n'est certainement pas autoritaire.Un groupe aux coutumes bizarres: Steve Corica a shooté sur le derrière de l'adjoint, Graham Arnold...(Il éclate de rire). A l'entraînement, nous avons un petit jeu: maintenir le ballon en l'air le plus longtemps possible. Celui qui perd doit baisser son short et se baisser devant le but. Les autres peuvent tirer, du point de penalty... Quand c'est l'entraîneur adjoint qui est dans cette position, tout le monde y va à fond. Ses fesses étaient toutes rouges (il rit). Raoul De Groote