Bizarrement, Waasland-Beveren est le meilleur élève de la classe, au nombre de Belges dans son noyau. Au début du siècle, son contingent d'Ivoiriens lui avait pourtant valu une volée de bois vert et avait été à l'origine de l'obligation d'inscrire six Belges sur la feuille de match. Désormais, ce sont Charleroi et Anderlecht qui doivent croiser les doigts, avec respectivement huit et sept Belges, parfois assimilés, pour qu'il n'y ait pas trop de forfaits, sous peine de ne pas atteindre le plancher. C'est arrivé à Mouscron en 2012 : faute de Belges, le club n'a couché que seize joueurs sur la feuille d'arbitre, pour ne devoir inscrire que quatre Belges, utilisant ainsi une des multiples issues de secours prévues par le règlement.
...

Bizarrement, Waasland-Beveren est le meilleur élève de la classe, au nombre de Belges dans son noyau. Au début du siècle, son contingent d'Ivoiriens lui avait pourtant valu une volée de bois vert et avait été à l'origine de l'obligation d'inscrire six Belges sur la feuille de match. Désormais, ce sont Charleroi et Anderlecht qui doivent croiser les doigts, avec respectivement huit et sept Belges, parfois assimilés, pour qu'il n'y ait pas trop de forfaits, sous peine de ne pas atteindre le plancher. C'est arrivé à Mouscron en 2012 : faute de Belges, le club n'a couché que seize joueurs sur la feuille d'arbitre, pour ne devoir inscrire que quatre Belges, utilisant ainsi une des multiples issues de secours prévues par le règlement. " Le nombre obligatoire de Belges (établi en 2009, ndlr) est trop laxiste et loupe complètement son objectif ", constate Stijn Boeykens, du syndicat des joueurs ACV Sporta. " En 2008, on a également décidé de rendre le précompte des sociétés plus intéressant pour nos clubs (à l'instigation de Johan Vande Lanotte, politicien, bourgmestre d'Ostende et président du club de basket local, une loi a été votée stipulant que les clubs pros ne payeraient plus que 20 % de précompte... à condition que le solde aille à l'école des jeunes, ndlr) afin de favoriser la formation des jeunes et de limiter l'afflux de main-d'oeuvre étrangère mais c'est le contraire qui s'est produit. Le propos était de faire une évaluation après quelques années, mais elle n'a jamais eu lieu. Sept années se sont écoulées depuis cette date et il appert que les footballeurs belges sont encore moins prisés qu'avant. A l'issue du mercato estival, le championnat a atteint un fond historique avec seulement 41 % de joueurs ayant la nationalité belge, contre 44 % l'année dernière et 53 % il y a dix ans. A titre de comparaison, aux Pays-Bas, plus de 60 % des joueurs sont néerlandais. Comment cela se fait-il ? Boeykens : " C'est essentiellement, si pas complètement, lié au salaire minimum imposé pour les étrangers non européens. En Belgique, ce plafond, indexé annuellement (depuis 2003, ndlr) de l'ordre de 2 %, s'élève actuellement à environ 80.000 euros par an mais aux Pays-Bas, il atteint les 400.000 euros annuellement pour les joueurs de plus de 21 ans. Grâce à toutes sortes de constructions - assurances-groupes, appartements, primes à la signature -, les clubs peuvent même payer les étrangers moins qu'avant en Belgique. " Les footballeurs belges sont trop chers, arguent nos clubs. Prenez Charleroi, qui a entamé la préparation avec un manque manifeste de Belges, comme le Standard et Anderlecht, mais n'en a pas moins cherché des renforts étrangers. Mehdi Bayat, l'administrateur délégue de Charleroi : " Nous avons vendu pas mal de Belges ces dernières années, comme DieumerciNdongala et SébastienDewaest, des joueurs que nous avions découverts dans les séries inférieures et nous avons acheté trop peu de Belges. C'est ma faute, j'ai négligé cet aspect et je vais rectifier le tir mais nous ne devons pas nous fixer sur le nombre de Belges. L'essentiel, c'est quand même la qualité et le niveau de notre D1 ? Nous apprécions le marché français : ses joueurs s'intègrent facilement, apportent de la qualité et sont financièrement moins exigeants que la plupart des Belges. Je ne vois pas le problème. A côté de ça, nous voulons former des professionnels. " Et d'ajouter, sans doute à juste titre : " Je vais être franc. Par rapport à d'autres pays et à l'Asie, par exemple, la Belgique est très accessible aux étrangers. Beaucoup de pays prennent des mesures protectionnistes mais est-ce nécessaire ? Prenez les Pays-Bas, où le salaire minimum pour les étrangers non européens est plus élevé et où on en trouve moins : le niveau du championnat est-il meilleur ? " " C'est un leurre que les Belges sont trop chers ", rétorque Boeykens. " Un joueur africain qui signe son premier contrat chez nous ne peut être comparé à un joueur qui évolue ici depuis des années. Le premier contrat de Ndongala ou Dewaest n'aura sûrement pas été plus lourd que celui d'un joueur français moyen issu des séries inférieures. Les étrangers, surtout les Africains, sont simplement plus faciles à exploiter. Ils ne connaissent pas leurs droits. Certains clubs casent toujours deux ou trois étrangers par appartement, généralement dans un immeuble dont ils sont propriétaires mais pour lequel ils retirent une somme trop élevée du salaire. " Ce n'est qu'une des multiples constructions utilisées en football. Ça explique pourquoi peu de clubs sont prêts à procéder à une évaluation sur le nombre minimum de Belges. Confronté à cette accusation, Mehdi Bayat réagit : " Ce sont des conneries typiques de syndicalistes. " " En fait, c'est le monde politique qui devrait se saisir du dossier ", raconte Boeykens. " En rehaussant le salaire minimum des étrangers hors-UE, on pourrait déjà fortement limiter l'afflux de ceux-ci mais... les politiciens ne se rendraient pas populaires en prenant pareille mesure. La plupart d'entre eux ne veulent pas poser de problèmes à leur club favori ni heurter des électeurs potentiels. Ce n'est pas simple non plus car ce salaire minimum concerne tous les sports. Pareille mesure poserait d'énormes problèmes aux clubs de volley et de basket. Il faudrait donc d'abord scinder les types de contrats. " Une autre solution consisterait à relever le nombre minimum de Belges. A dix, par exemple. " Là, on obtiendrait un effet ", avait déjà dit Boeykens il y a quelques années. " Mais, dans ce cas, on risque d'entrer en conflit avec la législation européenne sur la libre circulation des travailleurs. Aucun championnat européen n'ose aller aussi loin car il suffit d'une plainte pour que tout le système soit battu en brèche. En outre, les clubs ne sont pas demandeurs en la matière. Cela explique pourquoi le nombre d'étrangers ne cesse de croître dans notre championnat, sans que personne ne bronche. " PAR MATTHIAS STOCKMANS - PHOTOS BELGAIMAGE