" Anderlecht déplore la disparition, à 87 ans, de l'entraîneur le plus important de son histoire : Pierre Sinibaldi. Les coaches travaillent souvent comme ils ont joué. GeorgesLeekens était un arrière engagé mais assez limité techniquement et, dans son job à la tête de l'équipe nationale, il éprouve des difficultés avec les plus doués de ses joueurs. Sinibaldi, lui, était un grand attaquant. Né en Corse, il joua d'abord pour le compte d'un petit club de Marseille (le SC ...

" Anderlecht déplore la disparition, à 87 ans, de l'entraîneur le plus important de son histoire : Pierre Sinibaldi. Les coaches travaillent souvent comme ils ont joué. GeorgesLeekens était un arrière engagé mais assez limité techniquement et, dans son job à la tête de l'équipe nationale, il éprouve des difficultés avec les plus doués de ses joueurs. Sinibaldi, lui, était un grand attaquant. Né en Corse, il joua d'abord pour le compte d'un petit club de Marseille (le SC Victor Hugo) et à Troyes avant de prendre son envol de grand attaquant au Stade de Reims. Sinibaldi y a collectionné les satisfactions : champion en 1949 et 1953, Coupe de France 50, meilleur buteur en 47 (33 buts), etc. Quand Albert Roosens le repéra à la tête de l'équipe nationale du Grand-Duché de Luxembourg en 1960, il savait bien qu'Anderlecht mettait la main sur un coach amoureux du jeu offensif et technique. Sinibaldi était le Guardiola des années 60. Pour lui, le talent primait. Un an après son arrivée, tout était au point. Pour lui, il était impératif de poser le jeu dans le camp adverse. Sinibaldi a instauré la défense en ligne et, adepte du off-side et du jeu haut, il lançait souvent : - Je veux voir mes arrières centraux dans l'£uf. C'est ainsi qu'il désignait le rond central. La ligne médiane calibrait merveilleusement notre jeu à la grande époque du 4-2-4. Dans le " deux " , Pierre Hanon et Jef Jurion, deux artistes, étaient les maîtres du jeu et combinaient sans cesse avec leurs attaquants : Paul Van Himst, JanMulder, Wilfried Puis, Jacky Stockman, etc. C'était beau, impressionnant ; Sinibaldi décrocha quatre titres avec nous de 1960 à 1966, revint une saison (1969-1970) et nous qualifia pour la finale de la Coupe des Villes de foire perdue contre Arsenal. Pour moi, Sinibaldi a été plus qu'un coach. Comme Raymond Goethals, il fut un vrai père, un exemple, une source d'inspiration. Ce grand homme qui savait écouter et comprendre ses hommes. C'est lui qui m'a lancé en D1 à la place de... Laurent Verbiest qu'il transforma en immense arrière central. Après sa naissance, mon fils Stéphane passa quatre mois entre la vie et la mort. Mon épouse ne quitta pas l'hôpital et Sinibaldi proposa de m'aider dans mon magasin d'articles de sport... Plus tard, quand j'entraînais Lille, il venait nous voir à Toulon, à Nice et même à Marseille. Il m'a dit quelques fois : -Je te félicite Georges car tu n'as pas oublié nos principes. Lui, ce qui l'intéressait, c'était le spectacle, marquer quelques buts de plus que l'adversaire : Sinibaldi était un génie et un précurseur. " PIERRE BILIC