" Axel Witsel a clairement le niveau pour des équipes comme le Bayern, le Real ou Barcelone. " À l'autre bout du fil, c'est Hans-Peter Lehnhoff, qu'on a connu comme chouchou des supporters de l'Antwerp dans une autre vie. Aujourd'hui, il est team manager du Bayer Leverkusen. Fin septembre de cette année, il a assisté en témoin privilégié à une démonstration de Dortmund sur la pelouse de son club. Et une démonstration perso du Belge.
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" Axel Witsel a clairement le niveau pour des équipes comme le Bayern, le Real ou Barcelone. " À l'autre bout du fil, c'est Hans-Peter Lehnhoff, qu'on a connu comme chouchou des supporters de l'Antwerp dans une autre vie. Aujourd'hui, il est team manager du Bayer Leverkusen. Fin septembre de cette année, il a assisté en témoin privilégié à une démonstration de Dortmund sur la pelouse de son club. Et une démonstration perso du Belge. " Un match fou. À la 65e minute, on mène encore 2-0, c'est tranquille. Et puis là, subitement, la machine jaune se met en route. Et c'est Axel Witsel, notamment, qui est à ses commandes. Ils marquent deux buts en cinq minutes. Puis ils nous achèvent en fin de match : 2-4 et une terrible désillusion pour nous. Ce jour-là, Witsel a clairement contribué à faire basculer la rencontre. En patron. " Patron. Boss. Leader. Trois termes qui reviennent fréquemment quand les Allemands évoquent la première saison de Chaloupe en Allemagne. C'est l'histoire d'un mec qui semble avoir décidé de marquer son territoire dès ses débuts. Première apparition sous les couleurs du Borussia le 20 août, en Coupe contre Greuther Fürth : un but, celui de l'égalisation, à la dernière minute du temps réglementaire, et Dortmund se qualifie après les prolongations. Première sortie en Bundesliga le 26 août, à domicile contre Leipzig : un but, avec la manière, sur un retourné acrobatique. Premier vrai choc en Ligue des Champions, contre l'Atlético Madrid, le 24 octobre : un but encore, le premier des quatre de son équipe. Qu'est-ce qu'il a l'air bien dans sa tête et dans son football ! Confirmé par Alain Goblet, l'homme qui gère ses affaires et règle sa communication. " À tous points de vue, il s'éclate à Dortmund. Il adore l'ambiance dans le stade, il dit que c'est un truc de fous. Et il se plaît à fond dans la ville aussi. Il est émerveillé, il me dit que ça respire le foot, il n'a jamais vu ça ailleurs. C'est Liège en plus grand, en plus fort. Il a passé très peu de temps à l'hôtel, après sa signature. Il voulait se poser le plus vite possible dans son propre logement, il est maintenant dans un appartement à un quart d'heure du stade et du complexe d'entraînement. Posé avec sa femme et ses enfants. La vie de famille comme il l'aime. " On le croyait heureux comme un prince à Tianjin. Mais, au fil des mois, une forme de lassitude s'est installée. Une envie de découvrir à nouveau autre chose. " On a eu des premiers signaux avant la Coupe du Monde ", continue Alain Goblet. " Il nous a fait quelques petites remarques, on a cru comprendre qu'il commençait à avoir envie de quitter la Chine. Pour plusieurs raisons : le niveau du championnat, le cadre de vie, l'envie de se rapprocher de la Belgique. Et puis, on comprenait de mieux en mieux la difficulté de vivre dans un pays où il est pratiquement impossible de communiquer avec les gens. Si tu t'installes en Chine sans parler chinois, ton rayon d'action est d'office assez limité. " À Tianjin, il ne côtoyait que deux personnes dans le club qui parlaient français : son coéquipier AnthonyModeste et Javier Ruis Bonilla, l'entraîneur des gardiens qui avait quitté le staff de Claude Makélélé à Eupen pour tenter cette expérience au bout du monde, il y a un an. Aujourd'hui, après 12 matches de championnat, avec Dortmund en tête, les Allemands en ont plein la bouche quand ils évoquent le phénomène Witsel. Roberto Martinez lui-même leur donne de la matière quand il déclare dans Sport Bild que " Witsel est le meilleur transfert réalisé dans le monde l'été dernier. Pour dire ça, je me base sur son apport sur le terrain, comparé au petit prix qu'il a coûté à Dortmund. Le club est à féliciter sur le coup. Et je savais qu'il allait réussir là-bas. " Lucien Favre, le coach, aurait déjà voulu l'attirer autrefois au Borussia Mönchengladbach. Maintenant, entre le Suisse et Axel Witsel, c'est presque de l'amour. Il a fait du Diable le phare, le repère de son entrejeu. Pour résumer : tout, ou presque, passe par les pieds d'Axel Witsel. En championnat, il tourne à une moyenne de 80 ballons touchés par match et son ratio de passes réussies frôle les 95 %. Dans un portrait que lui a consacré le site officiel de la Bundesliga, on apprend que, quand il était gosse, il voulait devenir architecte. " Rien d'étonnant ", écrit le journaliste du site. " Il a un talent naturel pour construire le jeu. " Dans le même portrait, on lit que " Witsel est clairement une des pièces les plus importantes du puzzle du Borussia Dortmund ", et Michael Zorc, le directeur sportif du club, est cité : " Il a toutes les qualités requises pour imprimer sa griffe sur notre milieu de terrain. " Axel Witsel avait autrefois deux modèles dans le métier : Andrea Pirlo et Zinédine Zidane. Chez les Diables, on le voit surtout contrôler et arracher comme l'Italien. À Dortmund, il joue un peu plus haut sur le terrain et on le voit alors diriger et peser sur les défenses comme le Français. Et puis, les Allemands qui n'avaient pas trop fait attention à lui pendant ses premières semaines dans la Ruhr ont tout compris le samedi 10 novembre en début de soirée. Der Klassiker. Le clasico à la sauce allemande. Borussia Dortmund vs Bayern Munich. " Ce jour-là, Axel Witsel est entré dans la vie des fans de foot de tout le pays ", nous dit Hans-Peter Lehnhoff. 0-1 par Robert Lewandowski, 1-1 par Marco Reus, 1-2 par Lewandowski, 2-2 par Reus. Puis, à la 73e minute, une passe géniale du Belge pour lancer Paco Alcácer qui fait 3-2, score final. 80.000 personnes en transe. Witsel et Alcácer sont les révélations du début de saison. Le premier n'a coûté qu'une vingtaine de millions, fruit de la clause libératoire qu'il avait dans son contrat chinois. Le second est prêté par Barcelone avec une option d'achat inférieure à 25 millions. Il n'arrête pas de marquer, c'est l'autre gros coup gagnant de la fenêtre estivale des transferts en Allemagne. " Witsel, c'est un transfert roi ", image Lehnhoff. " Son match contre le Bayern, c'était un peu la cerise sur le gâteau qu'il cuisinait depuis son arrivée. Le Bayern a contrôlé le match pendant un bon moment mais personne ne s'est excité du côté de Dortmund. Ils ont simplement laissé passer l'orage, fait le gros dos, et dans ce rôle, Witsel était comme un poisson dans l'eau. On a l'impression que son caractère cool aidait à calmer tout le monde. Puis, subitement, ils ont accéléré et tué l'adversaire. Après avoir calmé les choses pendant une heure, Witsel a mis un autre habit, il s'est mis à organiser et contrôler les actions vers l'avant. On a vraiment vu deux Axel Witsel dans ce Klassiker. " D'un coup, la presse s'emballe. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung écrit que " Witsel a remporté pour ainsi dire tous ses duels en deuxième mi-temps, il a raté une seule passe et il a été le grand stabilisateur du Borussia. " Et dire que les Allemands ont failli rater tout ça. Si Axel Witsel n'avait pas dit à l'agent Paul Stefani, quand il l'a croisé par hasard avant la Coupe du monde, qu'il envisageait de quitter la Chine, ce Stefani n'aurait pas mis Dortmund sur le coup. Et peut-être que Witsel serait toujours à Tianjin aujourd'hui. " Le Paris Saint-Germain s'est aussi renseigné pendant l'été ", explique Alain Goblet. " Mais ils le voyaient plus comme un plan B parce que leur priorité, c'était N'Golo Kanté. " Avec Dortmund, dès la première discussion, tout est allé très vite. " Tout le monde, ici, est surpris qu'il se soit adapté aussi rapidement ", lâche Lehnhoff. " Il s'est adapté à tout. Au jeu, à un stade où ce n'est pas nécessairement simple de rester toi-même quand tu as 80.000 furieux qui mettent une ambiance complètement dingue, à un entraîneur qu'il ne connaissait pas, à un championnat qu'il devait découvrir. Et puis il y a la mentalité allemande, qu'il faut aussi apprivoiser. Mais tout ça, on a eu l'impression qu'il connaissait dès le jour où il a débarqué au stage du Borussia. Moi, je le connais depuis longtemps. Ce qui me surprend, ce n'est pas qu'il soit devenu aussi vite très bon en Bundesliga. J'ai surtout été étonné par ses choix dans le passé. Aller jouer en Russie, quand tu as autant de talent, à la limite, je veux encore bien. Mais partir en Chine, aussi jeune, ça non, je ne comprendrai jamais. Il peut dire maintenant dans les interviews qu'il ne regrette rien, mais là-dedans, je ne le suis pas. Parce qu'il a quand même sacrifié quelques belles années de sa carrière. Au lieu d'être en Chine, il aurait pu jouer le haut du tableau en Allemagne, en Espagne ou ailleurs. Et ce sont des années qui ne se rattrapent pas, des beaux trophées qu'il n'ira jamais rechercher. Il a tout à fait le niveau pour jouer au Real, à Barcelone ou au Bayern. Ce qu'il fait pour le moment avec Dortmund, c'est la meilleure preuve de ce que je te dis. " Et l'ancien joueur de l'Antwerp étend la discussion au futur à court et moyen terme du Borussia. " Ce club a maintenant une occasion unique de balayer des années de frustration. Le Bayern a tout écrasé depuis six ans, c'est très mal vécu à Dortmund. Cette saison, ça ne va pas à Munich, donc c'est le moment ou jamais. Dortmund produit le plus beau jeu de la Bundesliga, on dit que sa campagne de transferts est une réussite totale, la greffe Favre prend parfaitement. Ce serait malheureux de passer à côté du titre avec autant d'atouts. " Et en Ligue des Champions ? " Là, on parle de l'étape suivante, d'un palier supérieur. Mais il y a, aussi dans cette compétition, des prestations qui rassurent. Je prends l'exemple du match à Bruges. Le Borussia n'était pas très bien, mais l'équipe a fait la même chose que contre le Bayern. Laisser passer l'orage quand l'adversaire poussait puis le tuer sur une action dangereuse. Et puis il y a eu cette victoire 4-0 contre l'Atlético Madrid. Combien de clubs peuvent se vanter d'en avoir mis quatre à cet adversaire ? C'est aussi un signe de la puissance offensive du Borussia. "