Grâce à son succès, il a rejoint Sven Davidsson, Bjorn Borg, Mats Wilander et Stefan Edberg parmi les vainqueurs suédois de Grands Chelems. "C'est incroyable de faire partie d'un tel groupe", ajouta-t-il presque timidement. "Cette victoire est l'accomplissement d'un rêve que je nourris depuis que je suis gamin".
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Grâce à son succès, il a rejoint Sven Davidsson, Bjorn Borg, Mats Wilander et Stefan Edberg parmi les vainqueurs suédois de Grands Chelems. "C'est incroyable de faire partie d'un tel groupe", ajouta-t-il presque timidement. "Cette victoire est l'accomplissement d'un rêve que je nourris depuis que je suis gamin". Curieux destin, tout de même, que celui de Thomas Johansson. Né il y a 28 ans à Linkoping, une ville située à 200 kilomètres au sud de Stockholm, il a passé sa jeunesse à admirer ses illustres compatriotes à la télévision. De son propre aveu, deux rencontres sont restées gravées dans sa mémoire: la finale de l'US Open entre Lendl et Wilander et celle entre Wilander et Cash en 1988 à Melbourne. "Je devais avoir quelque chose comme 13 ans et je me souviens m'être levé en plein milieu de la nuit pour suivre leurs rencontres", se souvient Johansson. "J'ai toujours admiré Edberg et Wilander".Malgré cet intérêt et un talent certain pour la chose tennistique, tout ne fut pas rose pour le jeune Thomas. Dans une récente interview au quotidien suédois Expressen, Krister Johansson, le père du joueur, expliqua que lorsque son fils avait 15 ans, la famille se rendit compte qu'elle n'avait pas les moyens de payer ses frais de voyage. "Ma femme et moi nous sommes résolus à vendre notre caravane mais malgré cela, l'argent manquait toujours. Ce fut une des choses les plus dures qui nous soient arrivées. Nous en avons discuté pendant des jours entiers avant de prendre notre courage à deux mains et annoncer à Thomas qu'il fallait qu'il cesse de jouer au tennis!".Heureusement, trois sociétés locales mirent sur la table la somme de 51.000 couronnes suédoises, l'équivalent de 5.500 euros. Pas de quoi fouetter un chat mais suffisamment tout de même pour lui permettre de continuer."Je ne sais pas qui de Thomas ou de moi-même pleura le plus", poursuivit Krister Johansson. "Il nous a remboursé de brillante manière depuis. Mais la chose que j'apprécie le plus chez mon fils est qu'il appelle tous les jours à la maison pour voir si tout va bien, où qu'il soit dans le monde".Il est devenu plus patientThomas aspirait à devenir médecin comme son père,...jusqu'au jour où il découvrit qu'il avait horreur du sang. "Pourtant, j'aimerais une fois ma carrière tennistique terminée m'occuper d'athlètes en phase de réhabilitation. J'aimerais savoir comment fonctionne le corps humain".Pour l'heure, il savoure sa vie de globe-trotter. Jusqu'à sa victoire à l'Open d'Australie, son caractère lui permettait de se cacher et de ne faire parler qu'un tennis intelligent, basé avant tout sur un excellent service et des retours taillés au millimètre. C'est lui qui lui permit de battre Marat Safin lors d'une finale dont on n'a pas fini de parler et qu'il qualifia après coup de plus beau jour de sa vie. "Il a l'un des meilleurs services du circuit", expose Carl-Axel Hageskog, le capitaine de l'équipe suédoise de Coupe Davis. "Lorsque sa balle arrive à 210 kilomètres/heure, il n'y a pas beaucoup de monde qui peut la retourner". Hageskog revient également sur la nouvelle attitude affichée sur le court par Thomas. "On a pu le voir lors de sa demi-finale face au Tchèque Novak remportée en cinq sets. Si cette rencontre s'était disputée il y a deux ans, Thomas l'aurait vraisemblablement perdue. Il est devenu un joueur plus patient". Passionné par les baleinesVainqueur de deux Open d'Australie, Stefan Edberg abonde dans le sens du capitaine. "Thomas n'a plus cette attitude négative qu'il traînait sur le court à chaque fois qu'il perdait un set", explique l'ancien numéro un mondial.Son surnom de "Toker" signifie dans sa Suède natale quelqu'un d'un peu fou. Curieux, car après avoir vu Johansson évoluer pendant 15 jours sous le soleil australien, on peut jurer qu'il n'a rien du joueur qui perd ses moyens sur le court. Son tempérament est tellement calme que sur la balle de match en finale, son seul geste de réjouissance fut de lever les deux bras au ciel. Là où l'euphorie aurait poussé certains à se rouler par terre, Thomas resta d'un incroyable stoïcisme, à peine brisé lors du discours au micro où il tenta une pointe d'humour qui sonna faux. A l'exception du tennis et d'un peu de hockey sur glace, le vainqueur de Melbourne ne connaît pas grand chose aux autres sports. "Si vous prenez Enqvist, Norman ou n'importe quel autre Suédois du circuit, ils savent tout", explique Thomas. "Moi, je ne connais rien, ni règles, ni résultats. Et ils se fichent de moi...Mais Toker est également le nom d'un des sept nains dans Blanche Neige. Celui qui a de grandes oreilles". Simplet, quoi! Grand amateur de baleines, le Suédois a souvent répété que son plus grand désir serait de se rendre un jour dans les fjords norvégiens pour se retrouver personnellement nez à nez avec un de ces énormes mammifères. Il paraît que ça porte bonheur et ça tombe bien : Johansson est très superstitieux. "Je lace toujours mes chaussures sur le court et ne marche jamais sur les lignes entre les points", explique-t-il. "Ce sont des choses stupides que je fais tout le temps. Elles m'aident à avoir du courage".Les amateurs se souviendront qu'il est entré dans l'histoire comme étant le dernier adversaire de Henri Leconte à Roland Garros en 1996. Une expérience qu'il définit comme inoubliable. "Je me souviens du court central et de la grande foule", dit Johansson. "Henri était terriblement nerveux parce que c'était son dernier match et qu'il devait normalement me battre. Je l'ai défait en trois sets secs". Johansson ne pourra plus se cacher longtemps derrière sa timidité et tel est peut-être le plus grand défi qu'il va maintenant devoir relever lors d'une année qui n'en est qu'à son début. Partout où il passera, il sera désormais le vainqueur de l'Open d'Australie.Pour l'heure, sa nouvelle réputation ne semble pas lui poser d'énormes problèmes. Deux semaines après son succès aux antipodes, et malgré un temps de repos réduit à sa plus simple expression, le fils du médecin a aidé son pays à aller battre la Grande-Bretagne chez elle en Coupe Davis. Florient Etienne,