NOS FOUETS

SILAS GNAKA (20 ans) : " En primaire, les enseignants avaient des fouets et les abattaient sur les fesses des élèves dès qu'ils commettaient une erreur ou qu'ils se comportaient mal. En classe, j'étais généralement gentil. Je ne parlais pas beaucoup. C'est de famille : mes quatre frères et mes cinq soeurs sont également timides. On a plutôt le sang froid. Malgré tout, j'ai reçu quelques coups de fouet aussi mais il ne faut pas dramatiser : ce n'était qu'une forme de correction. Je sais que c'est différent ici et j'ignore si cette pratique perdure en Côte d'Ivoire mais je trouvais que le système avait du bon. Une correction incite l'enfant à se remettre en question.

LE SALUT DE MON ÂME

J'ai grandi à San Pédro, une petite ville portuaire du sud, où on affrète le café et le cacao du pays. Ma mère était commerçante. Elle vendait des bananes et des aubergines sur le marché. Je devais parfois l'aider mais pas à la vente, seulement au stockage des produits dans son magasin. Les hommes achètent certaines choses au marché, comme de la viande, mais pas les fruits : ce sont les femmes qui s'en chargent.

Mon père est pasteur. Il appartient à l'église évangélique. Il a d'abord travaillé à San Pédro. Toute la famille se rendait à la messe du dimanche, lui en tête. Il a ensuite été affecté à des endroits différents dans toute la Côte d'Ivoire. Enfant, j'étais donc habitué à ne pas le voir souvent à la maison. Je lui rendais visite de temps en temps, à Man, notamment, une ville superbe entourée de montagnes et de chutes d'eau. Maintenant, mon père vit et travaille à Abidjan mais ma mère est restée à San Pédro. Mon père est employé par la même église d'Abidjan que le mari de ma soeur aînée, qui est également pasteur.

Je trouve génial que mon père occupe cette fonction. Il se passe beaucoup de choses en Afrique. C'est donc bien que mon père soit un homme de dieu. On priait beaucoup à la maison et j'ai conservé cette habitude. Je prie avant chaque repas, avant un match, avant de faire quoi que ce soit. Plus tard, au terme de ma carrière, je deviendrai peut-être pasteur aussi. Je pense régulièrement au salut de mon âme. On n'a pas une meilleure vie après la mort parce qu'on a été dans les ordres, ça reste à démontrer, mais j'ai à coeur de vivre en bon chrétien.

NOTRE HÉROS

Didier Drogba est un héros en Côte d'Ivoire. Parce qu'il est un buteur et un leader. Il a été le dirigeant de l'équipe nationale, le joueur qui remontait le moral de ses coéquipiers. Les jeunes ont besoin d'un exemple pareil. Il insuffle confiance. On peut s'inspirer de lui ou penser qu'on deviendra peut-être le nouveau Drogba. Ça pousse.

J'ai vu Drogba en action, en direct, lors d'un match Sénégal-Côte d'Ivoire. À partir de treize ans, j'ai vécu au Sénégal. J'ai été recruté par l'Aspire Academy du Qatar, qui effectuait du scouting dans différentes villes ivoiriennes : Korhogo, Odienné, Man, San Pédro. Les 50 meilleurs ont été invités à passer un test à Abidjan. J'en étais. Ensuite, j'ai passé un moment au Qatar mais c'est au Sénégal que je suis resté le plus longtemps : j'ai suivi une formation de cinq ans à Saly, à 50 kilomètres de Dakar. Nous vivions à l'académie de Diambars et une fois par an, nous allions au Qatar.

Je ne peux pas vous raconter grand-chose sur le Sénégal car nous sortions rarement de l'académie et nous ne nous en éloignions certainement pas. Tout ce que je sais, c'est qu'à Saly, il faisait beaucoup plus chaud qu'à San Pédro, environ 35 degrés.

NOTRE DJ

San Pédro est très petit par rapport à Abidjan, la capitale économique du pays, où se trouve d'ailleurs l'aéroport. Il est possible d'atterrir à San Pédro avec un petit avion mais pas avec un vol international. Il y a quand même quelques discothèques mais je ne suis pas un sorteur. J'aime pourtant la musique qu'on y joue, comme le zouglou. Et le coupé-décalé, ma musique ivoirienne favorite. J'écoute généralement DJ Kedjevara. Tapez son nom sur YouTube. Il est vraiment super. "

Origine : Cote d'Ivoire

- Où les hommes n'achètent pas de fruits au marché.

- Où Didier Drogba est le héros.

- Où les styles musicaux comme le zouglou et le coupé-décalé sont très tendance.

© Getty Images/iStockphoto
SILAS GNAKA (20 ans) : " En primaire, les enseignants avaient des fouets et les abattaient sur les fesses des élèves dès qu'ils commettaient une erreur ou qu'ils se comportaient mal. En classe, j'étais généralement gentil. Je ne parlais pas beaucoup. C'est de famille : mes quatre frères et mes cinq soeurs sont également timides. On a plutôt le sang froid. Malgré tout, j'ai reçu quelques coups de fouet aussi mais il ne faut pas dramatiser : ce n'était qu'une forme de correction. Je sais que c'est différent ici et j'ignore si cette pratique perdure en Côte d'Ivoire mais je trouvais que le système avait du bon. Une correction incite l'enfant à se remettre en question. J'ai grandi à San Pédro, une petite ville portuaire du sud, où on affrète le café et le cacao du pays. Ma mère était commerçante. Elle vendait des bananes et des aubergines sur le marché. Je devais parfois l'aider mais pas à la vente, seulement au stockage des produits dans son magasin. Les hommes achètent certaines choses au marché, comme de la viande, mais pas les fruits : ce sont les femmes qui s'en chargent. Mon père est pasteur. Il appartient à l'église évangélique. Il a d'abord travaillé à San Pédro. Toute la famille se rendait à la messe du dimanche, lui en tête. Il a ensuite été affecté à des endroits différents dans toute la Côte d'Ivoire. Enfant, j'étais donc habitué à ne pas le voir souvent à la maison. Je lui rendais visite de temps en temps, à Man, notamment, une ville superbe entourée de montagnes et de chutes d'eau. Maintenant, mon père vit et travaille à Abidjan mais ma mère est restée à San Pédro. Mon père est employé par la même église d'Abidjan que le mari de ma soeur aînée, qui est également pasteur. Je trouve génial que mon père occupe cette fonction. Il se passe beaucoup de choses en Afrique. C'est donc bien que mon père soit un homme de dieu. On priait beaucoup à la maison et j'ai conservé cette habitude. Je prie avant chaque repas, avant un match, avant de faire quoi que ce soit. Plus tard, au terme de ma carrière, je deviendrai peut-être pasteur aussi. Je pense régulièrement au salut de mon âme. On n'a pas une meilleure vie après la mort parce qu'on a été dans les ordres, ça reste à démontrer, mais j'ai à coeur de vivre en bon chrétien. Didier Drogba est un héros en Côte d'Ivoire. Parce qu'il est un buteur et un leader. Il a été le dirigeant de l'équipe nationale, le joueur qui remontait le moral de ses coéquipiers. Les jeunes ont besoin d'un exemple pareil. Il insuffle confiance. On peut s'inspirer de lui ou penser qu'on deviendra peut-être le nouveau Drogba. Ça pousse. J'ai vu Drogba en action, en direct, lors d'un match Sénégal-Côte d'Ivoire. À partir de treize ans, j'ai vécu au Sénégal. J'ai été recruté par l'Aspire Academy du Qatar, qui effectuait du scouting dans différentes villes ivoiriennes : Korhogo, Odienné, Man, San Pédro. Les 50 meilleurs ont été invités à passer un test à Abidjan. J'en étais. Ensuite, j'ai passé un moment au Qatar mais c'est au Sénégal que je suis resté le plus longtemps : j'ai suivi une formation de cinq ans à Saly, à 50 kilomètres de Dakar. Nous vivions à l'académie de Diambars et une fois par an, nous allions au Qatar. Je ne peux pas vous raconter grand-chose sur le Sénégal car nous sortions rarement de l'académie et nous ne nous en éloignions certainement pas. Tout ce que je sais, c'est qu'à Saly, il faisait beaucoup plus chaud qu'à San Pédro, environ 35 degrés. San Pédro est très petit par rapport à Abidjan, la capitale économique du pays, où se trouve d'ailleurs l'aéroport. Il est possible d'atterrir à San Pédro avec un petit avion mais pas avec un vol international. Il y a quand même quelques discothèques mais je ne suis pas un sorteur. J'aime pourtant la musique qu'on y joue, comme le zouglou. Et le coupé-décalé, ma musique ivoirienne favorite. J'écoute généralement DJ Kedjevara. Tapez son nom sur YouTube. Il est vraiment super. "