Philippe Gilbert a sorti les baguettes pour briller récemment au Tour de Pékin. Pour ce faire, le champion ardennais avait fait l'impasse sur une classique d'octobre, Paris-Tours. Le sport cycliste se mondialise de plus en plus vite. En 1992, j'avais abordé cette thématique, qui ne passionnait alors pas grand monde, avec l'immense Francesco Moser. Cette légende du cyclisme mondial m'en avait déjà parlé chez lui, à Palu di Giovo, dans le Trentin, à la fin des années 80 et son discours s'était affiné. Ses propos étaient d'...

Philippe Gilbert a sorti les baguettes pour briller récemment au Tour de Pékin. Pour ce faire, le champion ardennais avait fait l'impasse sur une classique d'octobre, Paris-Tours. Le sport cycliste se mondialise de plus en plus vite. En 1992, j'avais abordé cette thématique, qui ne passionnait alors pas grand monde, avec l'immense Francesco Moser. Cette légende du cyclisme mondial m'en avait déjà parlé chez lui, à Palu di Giovo, dans le Trentin, à la fin des années 80 et son discours s'était affiné. Ses propos étaient d'une modernité incroyables. SignoreMoser avait tout compris dès 1992 : " Il faut modifier les mentalités, plus même que le calendrier. Ne pas courir d'octobre à mars ? Mais cela ne rime à rien quand on songe à la mondialisation. Et je suis tout à fait pour un sport cycliste dépassant le cadre de notre continent car quand on n'avance pas, on recule. Garder les mêmes habitudes peut être lassant, donc dangereux. Mais peut-on carrément dire :-On ne court pas en Australie en novembre et décembre ? Or, il fait bon là-bas quand on skie en Europe. Il y a des coureurs et des sponsors américains dans nos pelotons. Il me paraît normal d'organiser des courses chez eux. Tout en respectant nos traditions et en songeant aux problèmes des voyages et des fuseaux horaires. " Le champion italien précisa encore : " Je ne vois qu'une solution : ouvrir le calendrier pour qu'on puisse courir aux quatre coins du monde durant toute l'année. Libre à chacun de faire individuellement ses choix, l'été en Europe, l'hiver dans le sud de la planète. Je n'imposerais qu'une règle de base : une limitation stricte du nombre de courses par coureur : 70 jours de course par saison. Il faut choisir son programme, l'adapter en fonction de son talent, de ses possibilités, de ses objectifs, du désir de ses sponsors. Je pense que c'est aussi une façon de respecter les traditions tout en incitant les coureurs à faire des choix précis. " Moser connaissait son sujet sur le bout des doigts. Son palmarès en attestait suffisamment. LoSceriffo a gagné un paquet de classiques (Paris-Roubaix 1978, 1979, 1980, Milan-Sanremo 1984, Paris-Tours 1974, Tour de Lombardie 1975, 1978), le Giro 1984, le Mondial sur route 1977, fixé le record du monde de l'heure à 50, 808 km/h, etc... A Palu di Giovo, Moser me présenta ses frères, sa famille, ses projets, ses idées à propos de l'avenir du cyclisme. A la fin de cette rencontre, il me donna une bouteille d'un excellent vin élevé par le clan Moser. Je l'ai dégusté des années plus tard en levant mon verre à la santé d'un campionissimo pas comme les autres, SignoreMoser. PAR PIERRE BILIC