On nous avait prévenu au Standard : " Eyong Enoh, c'est toute la sagesse africaine. " On ne demande qu'à voir. Ce milieu def camerounais est ici depuis plus d'un an mais on ne le connaît pas encore très bien. En cause, une première saison compliquée. Exclusions, blessures, méforme... ça n'a pas été le meilleur cru de sa vie. Son temps de jeu a été tout sauf folichon. Mais tout ça, c'était hier. Le roquet rouge fait le point sur son expérience liégeoise, sa carrière et plein d'autres choses.
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On nous avait prévenu au Standard : " Eyong Enoh, c'est toute la sagesse africaine. " On ne demande qu'à voir. Ce milieu def camerounais est ici depuis plus d'un an mais on ne le connaît pas encore très bien. En cause, une première saison compliquée. Exclusions, blessures, méforme... ça n'a pas été le meilleur cru de sa vie. Son temps de jeu a été tout sauf folichon. Mais tout ça, c'était hier. Le roquet rouge fait le point sur son expérience liégeoise, sa carrière et plein d'autres choses. EYONGENOH : Compliqué ? Tu trouves ? ENOH : Bah, des explications qui tiennent la route, il y en a ! L'équipe qu'on voit sur le terrain, ce n'est pas celle qui a terminé le dernier championnat, hein ! On a des difficultés pour créer du jeu, moi ça ne m'étonne pas. Tu ne peux pas avoir d'automatismes offensifs quand tous tes joueurs offensifs sont partis. C'étaient aussi les joueurs qui nous amenaient de la vitesse. Quand Geoffrey Mujangi-Bia n'était pas au top, on se doutait que Mehdi Carcela allait déranger l'adversaire. Quand Carcela ne le sentait pas, on savait qu'Imoh Ezekiel allait s'en charger. On savait d'où allait venir le danger, on était sûrs qu'il partirait d'un des quatre offensifs. Aujourd'hui, on se demande un peu d'où il va bien pouvoir démarrer. Il faudra un peu de temps pour qu'on trouve la finesse, la facilité à jouer vers l'avant comme on l'a parfois fait l'année dernière. ENOH : La saison est longue, je n'aime pas trop regarder vers l'avant, j'aime regarder où on est... On a beaucoup de potentiel mais il faut gagner des matches pour que la confiance monte. Les choses se mettent automatiquement en place avec les victoires. Les défaites et même les nuls mènent au doute. ENOH : Ce sont les matches les plus compliqués. Il faut trouver la concentration pour des rendez-vous pareils. Tu joues à Anderlecht, tu joues à la maison, pas de problème, l'envie sera là, tout le monde aura envie de jouer et de courir. Mais pour certains joueurs, aller à Mouscron, c'est un peu plus relax. ENOH : Je ne regardais pas trop le championnat de Belgique avant de venir, et pour tout te dire, Vainqueur, je n'en avais jamais entendu parler. Je suis venu ici pour jouer au foot, pas pour remplacer Vainqueur ou un autre. Après, c'est le foot. Il y a des choses qui vont bien aller, des choses qui vont aller moins bien, des choses qui iront super bien... ENOH : Au début, c'est vrai que ça a été très compliqué. Je n'ai pas pu jouer directement parce que mon ancien club turc ne voulait pas donner les documents de transfert. Moi, dans ma tête, je voulais juste recommencer à jouer au foot ! Puis il y a eu ces exclusions et la blessure, mais ce sont des choses qui arrivent à un joueur. Tout ne sera pas toujours facile sur ton chemin... Dès que ça passe, c'est le passé... ENOH : Quelle frustration ! Dans un match au sommet, il y a beaucoup de bruit et beaucoup d'engagement, il y a des contacts et des tacles, c'est normal. Mais là, quand j'ai vu la carte rouge, j'ai été vraiment surpris. On m'avait dit que le Standard prenait traditionnellement beaucoup de cartons à Bruges, j'ai vu ! Avant ma faute, les Brugeois ont fait au moins cinq tacles par derrière qui méritaient au moins une jaune. Moi, je mets le pied, le public commence à hurler, il met une grosse pression sur l'arbitre et le gars me met dehors. Les supporters du Standard mettent la pression sur le jeu, ceux de Bruges mettent la pression sur l'arbitrage... J'ai râlé mais j'ai aussi vite remis les choses à leur place. Ce n'est pas une exclusion ou une blessure qui va m'arrêter. Je suis jeune, je suis ici pour jouer au foot et je vais encore jouer au foot... ENOH : Si tu arrives avec tout ton palmarès mais que tu n'es pas capable de courir ou de donner une bonne passe, ton palmarès, tout le monde s'en fout ! Ça ne compte plus. On va t'insulter, par devant ou par derrière ! Dans le foot, ce qui compte, c'est l'aujourd'hui. Si tu ne sais plus être déterminant, te bagarrer pour aider ton équipe à gagner, arrête et fais autre chose. Deviens entraîneur, par exemple, et donne ton expérience aux autres. ENOH : Il y a des joueurs qui connaissent un peu et me posent des questions. Il y en a qui ne connaissent pas et me posent des questions... ENOH : Le succès d'un footballeur, c'est d'être là où Dieu lui permet d'être. Et plus tard, j'ai quand même fait quelques mois à Fulham. ENOH : Les gens qui créent une image de Londres, c'est comme une baignoire remplie d'eau. Il faut se tremper dedans pour sentir la température... Moi, je joue au foot, je ne me suis pas mis dans la baignoire. ENOH : Quand je m'entraîne, c'est du foot. Quand je joue, c'est du foot, même si c'est contre Chelsea. Rien que du foot. Fulham, c'est un club de tradition, un vieux stade qui ne va pas changer, les gens sont contents de ce qu'ils ont et ils ne se comparent pas à Chelsea. ENOH : J'étais prêté par l'Ajax et ils demandaient beaucoup d'argent pour un transfert définitif. ENOH : Non ! (Il rigole). Ça fait partie des choses que je n'expliquerai qu'à la fin de ma carrière, quand je publierai mes mémoires. ENOH : Non, elle est juste personnelle. X-file... ENOH : C'est la seule opportunité que j'avais reçue pour rester pro tout en quittant le Cameroun. ENOH : J'avais été élu meilleur joueur du championnat de Chypre, on m'a proposé de partir à l'Ajax Cape Town. Un vrai bon choix. L'Afrique du Sud était en pleine préparation de sa Coupe du Monde, son championnat montait, ça devenait fort médiatisé et l'Ajax Cape Town profitait de sa collaboration avec l'Ajax Amsterdam. Je savais que l'Ajax avait le droit, par convention, de tester les meilleurs joueurs de Cape Town et d'en prendre quelques-uns gratuitement. C'est comme ça que je me suis retrouvé à l'Ajax. ENOH : Pour moi, c'était un rêve parce que Van Basten, c'est Van Basten. J'avais vu des vidéos de ses plus grands matches et j'avais craqué pour le grand Ajax qui avait gagné la Ligue des Champions au milieu des années 90 avec Frank Rijkaard, Clarence Seedorf, Patrick Kluivert, Edgar Davids. Et pour moi, l'Ajax, c'était aussi le club où des joueurs africains avaient explosé. Finidi George, Nwankwo Kanu, Tijani Babangida. Quand j'ai signé, j'ai appris que je devenais le premier Camerounais de l'histoire du club. ENOH : Sans plus. Dès que je joue au foot, si je gagne des matches, ça suffit à mon bonheur. Je gagne un peu d'argent pour manger et pour aider ma famille, c'est parfait. ENOH : Moi, la seule reconnaissance que je recherche, c'est celle de ma famille. Pas celle de l'extérieur. Beaucoup de footballeurs sont frustrés parce qu'ils ne reçoivent pas la reconnaissance qu'ils estiment mériter. Alors que c'est quand même bien plus important d'être apprécié dans sa famille, non ? ENOH : Parfois, tu te rappelles des moments pareils. Mais le foot et les matches, c'est comme un plat qui est bien cuisiné. On te fait ton plat préféré, tu le manges, tu es rassasié, tu dis à tout le monde que c'était super bien, et dans ta tête, tu mangeras encore la même chose. Mais tu ne peux pas rentrer en arrière... ENOH : Ils restent dans mes archives, je me dis que j'ai juste la chance d'avoir joué des matches pareils mais ça ne va pas plus loin. Quand tu rentres dans un stade, si tu te dis que tu as déjà joué contre le Real, ça ne te sert à rien. Les gens l'ont quand même oublié, et si tu rates une passe... oh non... J'ai affronté des très grands joueurs mais c'est le passé. ENOH : Exactement. J'ai affronté en direct beaucoup de numéros 10. Si je prends par exemple Diego, de la Juventus, je n'ai pas le souvenir d'un match très compliqué. Alors que c'était un tout grand joueur. Chaque fois, j'ai l'impression d'avoir trouvé les bonnes solutions. Sauf contre Özil. Contre n'importe quel adversaire, il y a moyen d'anticiper, de lire ses intentions, mais pas contre lui. Il paraît nonchalant. Quand tu penses que tu vas le rattraper, il accélère. Tu accélères aussi, alors il s'arrête net. Et normalement, quand on court avec le ballon, on prend appui au moment de faire la passe, mais lui, il passe sans prendre appui. Bref, c'était vraiment délicat. ENOH : Arrogants ? L'arrogance peut être la même à Bruxelles... (Il rigole). Je n'ai eu aucun problème d'adaptation. Quand tu joues bien au foot, tu deviens l'ami de tout le monde ! Je retourne encore très souvent à Amsterdam, ma femme est restée là-bas avec nos cinq fils. On a estimé que ça ne valait pas la peine de déménager toute la famille à Liège. Je n'ai signé ici que pour deux saisons, après ça, on ne sait pas ce qui va se passer. ENOH : Ça m'a aidé d'avoir joué et vécu à Chypre, côté turc. A Antalya, j'ai retrouvé presque la même culture, la même nourriture, la même manière de parler, de penser, de s'habiller. ENOH : Oui mais l'idée n'était pas de moi. (Il rigole). C'est mon père qui voulait que je devienne docteur. Lui-même aurait voulu l'être, et comme ça n'avait pas marché, il avait reporté son rêve sur moi. Après trois ans, j'ai décidé de me consacrer à fond au foot. ENOH : Je lis beaucoup, je m'intéresse beaucoup au comportement humain. Pourquoi les gens disent les choses qu'ils disent. Pourquoi on fait les choses qu'on fait. Pourquoi on réfléchit comme on réfléchit. Pourquoi on réagit comme on réagit... ENOH : C'est tout simple. Je crois en Dieu, je vis une relation avec lui. C'est une vraie expérience spirituelle mais j'estime qu'elle doit rester personnelle. Je n'ai pas besoin qu'on me donne des conseils sur la façon dont je dois vivre cette relation. Et la religion, c'est ça. Elle a été créée par l'homme, ce sont des lois créées par les hommes. Ça, je n'y crois pas. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS" Tu ne peux pas avoir d'automa-tismes offensifs quand tous tes attaquants sont partis. " EYONG ENOH " Les supporters du Standard mettent la pression sur le jeu, ceux de Bruges sur l'arbitre. " EYONG ENOH " Beaucoup de footballeurs sont frustrés parce qu'ils ne reçoivent pas la reconnaissance qu'ils estiment mériter. " EYONG ENOH