Comment vit-on la retombée dans un relatif anonymat après avoir connu, comme toi, la gloire de l'équipe nationale ?

Christophe Lepoint : J'étais à mon top après avoir vécu une terrible année lors de mon arrivée à Gand en 2009. Une saison qui s'était d'ailleurs ponctuée par une sélection avec l'équipe nationale. Après, tout le monde sait ce qu'il s'est passé. Je n'ai plus trop envie d'en parler. Mais ce qui est certain, c'est que j'ai travaillé dur pour revenir. Après, c'est vrai que cela ne sera peut-être plus jamais la même chose. Mais bon, j'ai quand même eu cinq opérations, ce n'est pas rien. La première année après l'accident a été difficile, mais je pense avoir fait le bon choix en partant me relancer à Waasland Beveren. Ça a super bien marché. C'est le retour à Gand qui a été plus difficile. On m'a directement mis sur le banc. C'est le foot, il y a des hauts et des bas. L'an dernier, j'ai joué pas mal, malheureusement jamais à ma position puisque j'évoluais en défense centrale. Dans l'ensemble, j'ai fait de bons matchs. Cette année, tout le monde sait qu'il y a énormément de qualités à Gand et que les efforts nécessaires ont été faits pour retrouver les play-offs 1. Il y a donc beaucoup de joueurs, beaucoup de concurrence aussi.
...

Christophe Lepoint : J'étais à mon top après avoir vécu une terrible année lors de mon arrivée à Gand en 2009. Une saison qui s'était d'ailleurs ponctuée par une sélection avec l'équipe nationale. Après, tout le monde sait ce qu'il s'est passé. Je n'ai plus trop envie d'en parler. Mais ce qui est certain, c'est que j'ai travaillé dur pour revenir. Après, c'est vrai que cela ne sera peut-être plus jamais la même chose. Mais bon, j'ai quand même eu cinq opérations, ce n'est pas rien. La première année après l'accident a été difficile, mais je pense avoir fait le bon choix en partant me relancer à Waasland Beveren. Ça a super bien marché. C'est le retour à Gand qui a été plus difficile. On m'a directement mis sur le banc. C'est le foot, il y a des hauts et des bas. L'an dernier, j'ai joué pas mal, malheureusement jamais à ma position puisque j'évoluais en défense centrale. Dans l'ensemble, j'ai fait de bons matchs. Cette année, tout le monde sait qu'il y a énormément de qualités à Gand et que les efforts nécessaires ont été faits pour retrouver les play-offs 1. Il y a donc beaucoup de joueurs, beaucoup de concurrence aussi. Avant le match du Cercle, le coach est venu me trouver pour me dire qu'il allait donner le brassard à Sven et que je restais le vice-capitaine. Il a insisté sur le fait qu'il était important que j'aide le nouveau capi à bien s'intégrer dans l'équipe, que je l'entoure un maximum. Je comprends sa décision à partir du moment où, à mes yeux, pour être capitaine, il faut jouer. Je pense que le capitaine doit être un titulaire indiscutable, ce qui n'allait manifestement pas être mon cas. À partir de là, j'ai directement compris et accepté. C'est le coach qui décide. C'est clair qu'avec des jeunes comme Séba (Sébastien Locigno, 19 ans), Thomas (Foket, 20), Benito (Raman, 19), Hannes (van der Bruggen, 21), le rôle des anciens est de montrer l'exemple. De donner le plus de conseils possible pour qu'ils s'améliorent de jour en jour. C'est un rôle qui me plaît. Comme je dis aux jeunes, on peut s'amuser, aller boire un verre, mais il faut savoir choisir le bon moment. Il faut faire attention. C'est bien de boire un verre, mais après, si tu dois prendre la route, c'est plus compliqué. Je pense que je suis bien placé pour le savoir. Tout le monde parle de mon hygiène de vie : c'est clair que mon accident m'a ouvert les yeux et je crois que, depuis l'accident, on ne peut plus dire quoi que ce soit sur mon hygiène de vie. Je suis passé à côté de la mort, et si cela ne te fait pas changer de comportement, c'est que tu es un imbécile. J'ai ma femme à la maison, deux enfants, j'ai tout pour être heureux et en plus, je pratique le plus beau métier du monde. Il me reste 5, peut-être 6 saisons, peut-être plus, et je suis bien décidé à tout faire pour jouer le plus longtemps possible. Quand je suis parti à Munich 1860, j'avais 17 ans et demi. Je m'étais fait remarquer après un match avec l'équipe nationale des jeunes, en match de qualification pour les championnats d'Europe, contre l'Allemagne précisément. Directement, il y a eu 4-5 clubs de ce pays qui sont venus à l'hôtel. Ça ne se faisait pas encore trop à l'époque et ce n'était pas mon premier choix. Je me voyais bien rester à Anderlecht, mais tous ces clubs étaient déjà là avec des contrats... Moi, j'avais demandé à mon manager de voir si Anderlecht n'était pas prêt à m'offrir un petit quelque chose, un petit geste, mais c'était non. Par la suite, ça n'a pas toujours été facile à Munich. Je ne parlais pas la langue, j'étais jeune, mais je crois que physiquement et tactiquement, cela m'a apporté énormément. Pendant un an et demi, j'ai joué là-bas, mais c'est aussi là que j'ai découvert l'univers du foot professionnel. Ce que je regrette, c'est d'avoir découvert cela tout seul. Mon père est décédé quand j'avais 15 ans. S'il avait été là tout au long de ma carrière, les choses auraient été différentes aussi. Vous auriez vu un autre Lepoint, il m'aurait mis des claques, c'est sûr. Depuis mes 15 ans, il me manque mon père à côté de moi. En tout cas pendant ma jeunesse. Quand tu vois Vincent Kompany, c'est quelqu'un qui a toujours eu son père près de lui, moi ça m'a manqué. Tout le monde sait ce qu'il s'est passé aux Pays-Bas. Ma suspension c'est une erreur de jeunesse. C'était après un quart de finale de Coupe des Pays-Bas. Là-bas, je vivais à l'hôtel. Mais j'ai assumé. J'ai pris six mois, j'ai continué de jouer au foot avec mon frère dans son équipe. Heureusement que mon grand frère était là, par moments, pour me conseiller. Ça reste comme une belle leçon. Ce genre de truc, tu le fais une fois, mais pas deux. Après cette histoire, je n'avais qu'une envie c'était de me faire oublier. C'est pour cela que je suis parti en Turquie en janvier. Je n'ai joué que deux matchs en quatre mois, mais ça m'a permis de reprendre le rythme. C'était une super expérience, dans une ville, Ankara, avec une belle ambiance et des gens très gentils. Si je peux y retourner, j'y retourne direct. Après, j'ai voulu prendre le risque de revenir en Belgique en sachant qu'il s'agissait d'un vrai défi. Personne ne me connaissait, j'arrivais en division 2 à Tubize, et Philippe Saint-Jean m'a fait confiance. C'est là que j'ai su remonter la pente peu à peu. C'est souvent une question de moment. À Tubize, on n'a perdu aucun match du tour final et c'est vrai que, pendant les deux dernières semaines, on a bien fait la fête pour la montée en D1. À ce moment-là, oui, pendant la semaine on fêtait notre montée, mais sans plus non plus. Moi, je n'ai pas besoin de me cacher pour boire un verre, et c'est vrai qu'avant, j'aimais bien profiter de la vie. Maintenant, j'ai passé l'âge, j'ai des responsabilités aussi bien dans le foot qu'à la maison, donc tout ça, c'est du passé. Mais je ne peux rien y faire, et c'est clair que cette étiquette restera collée sur mon dos. Après une victoire, on sortait, on allait boire un verre, ça oui. Aujourd'hui, je ne vais même plus boire un verre après une victoire. Limite une bière et encore. Je préfère boire un petit verre de vin calmement à la maison avec ma femme. Par contre, ce qui est certain, c'est que les discothèques et tout ça, ça ne me dit plus rien. On me propose encore de venir boire un verre, mais aujourd'hui c'est systématiquement non. Même à Mouscron, où j'habite, quand on me demande de venir à un anniversaire ou d'aller boire un verre à l'ouverture d'un truc, je n'y vais pas. Je suis devenu un petit papy qui reste bien sagement dans son fauteuil avec sa femme et ses enfants, et c'est mieux comme ça. Ça plaît à madame et c'est bien pour moi. Depuis mon retour de Beveren, tout se passe bien. Je ne vais pas dire qu'on a mis les points sur les i, mais des choses devaient être arrangées et elles l'ont été. Il n'y a plus aucun problème avec lui ni avec qui que ce soit à Gand. Je suis heureux ici. D'ailleurs, si je ne l'avais pas été, je serais parti à Courtrai à la fin août, où j'avais une offre concrète pour un prêt d'un an. Mais bon, comme j'ai dit à tout le monde, si je vais là-bas, je dois aussi me battre pour ma place. J'ai estimé que je pouvais encore apporter quelque chose au club et à l'équipe. Ici, je sais qu'avec le système mis en place par le coach, j'ai plus une place de milieu-attaquant. C'est un monde de différence par rapport à l'an dernier, mais ça ne me pose vraiment pas de problème. J'ai bien travaillé pendant les vacances et je crois que ça s'est vu en préparation. J'ai fait de très bons matches aussi, mais c'est vrai qu'après mon terrible match contre le Standard (victoire 0-1 de Gand à Sclessin, le 10 août dernier, ndlr), j'ai eu deux semaines de moins bien où je suis sorti de l'équipe. Je sentais mon corps un peu fatigué. Dans ma tête, je n'étais pas très bien non plus. Aujourd'hui je me sens beaucoup mieux. J'ai joué 90 minutes en Coupe de Belgique, et j'ai marqué trois buts (contre l'UR Namur, le 24 septembre). Maintenant, je n'ai plus qu'à prendre mon mal en patience et attendre ma chance. J'ai douté comme tout le monde à partir du moment où tu ne joues pas pendant un et demi. Sollied ne comptait pas sur moi, il me l'a dit. Je n'avais pas une seule chance de jouer. Du coup, je suis parti à Beveren. Je crois que j'y ai fait mes preuves et que c'est là que le premier déclic s'est opéré. En 4-5 mois, j'ai mis 5 assists et 5 goals. Dans une équipe comme Beveren, c'est pas mal. Ça m'a donné énormément de confiance aussi. Après, ce n'était pas simple non plus au moment de mon retour à Gand. Un changement d'entraîneur m'a fait repasser par le banc. Avec le recul, je me dis que j'aurais peut-être dû terminer la saison à Beveren, mais en revenant, Gand m'offrait un an de contrat en plus. C'est des choses qui ont joué aussi. Quand il était à Courtrai, il me voulait à Courtrai, quand il était à Lokeren, il me voulait à Lokeren. Ça a toujours été un entraîneur qui m'a beaucoup apprécié. C'est peut-être pour ça qu'il m'a aussi appelé chez les Diables. Mais je pense qu'à l'époque, c'était une sélection méritée. C'est quelqu'un avec qui j'ai toujours eu un bon rapport. C'est clair que j'ai beaucoup appris avec chacun d'eux. Même ceux avec qui cela s'est un peu moins bien passé, comme Sollied et Fernandez. C'est peut-être aussi parce que je n'ai pas joué avec eux. Mais chacun m'a apporté un plus. Et j'ai aussi eu Mazzu à Tubize comme deuxième coach. Je connais beaucoup de monde. Aujourd'hui, en déplacement, j'ai toujours bien quelqu'un à aller saluer. Que ce soit un T1, un T2 ou des joueurs. J'ai tout suivi oui, mais tranquillement de chez moi avec ma famille et mes enfants. Mais je l'ai vécu comme un vrai supporter. Après, on ne peut pas m'empêcher de penser qu'avec des si, j'aurais peut-être fait partie de l'aventure. Mais c'est fait, c'est fait. Il faut regarder devant. Aujourd'hui, c'est du passé, je ne pense plus à l'équipe nationale. Non. Non, vraiment pour moi c'est fini. Il ne faut pas se voiler la face non plus. J'ai 30 ans, je ne joue pas dans mon club, je ne vais pas commencer à espérer une place en équipe nationale. C'est impossible. Avec le recul, avec des regrets, mais c'est des choses de la vie, et je ne peux m'en prendre qu'à moi-même. Ce n'est pas pour ça que je vais m'arrêter de vivre, j'espère jouer le plus longtemps possible, mais les Diables faut pas rêver. Après, je n'exclus pas encore un transfert à gauche ou à droite. PAR MARTIN GRIMBERGHS - PHOTOS: BELGAIMAGE" Au bout du compte, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même. " " Quand il était à Courtrai, il me voulait à Courtrai et à Lokeren pareil. Georges Leekens est un coach qui m'a toujours beaucoup apprécié. " " Les Diables, je n'en rêve plus. Mais je n'exclus pas un transfert. "