Il fait des yeux ronds comme des toupies. Le décor de l'entretien : une loge de Genk, vue plongeante sur le pré où il a joué son tout premier match en bleu deux jours plus tôt. Sébastien Dewaest est heu-reux. Il le tient, son gros transfert. La conversation glisse directement vers un morceau d'histoire de notre football.
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Il fait des yeux ronds comme des toupies. Le décor de l'entretien : une loge de Genk, vue plongeante sur le pré où il a joué son tout premier match en bleu deux jours plus tôt. Sébastien Dewaest est heu-reux. Il le tient, son gros transfert. La conversation glisse directement vers un morceau d'histoire de notre football. SÉBASTIEN DEWAEST : J'ai entendu parler de Philippe Albert pour la première fois quand je suis arrivé à Charleroi. Puis, mon père m'a dit qu'on commençait à me comparer à lui parce que je découvrais la D1 dans le même club que lui. Alors, je me suis intéressé à Philippe Albert. Je ne le connaissais pas du tout. J'ai tapé son nom sur internet, j'ai vu qu'il avait eu le Soulier d'Or, qu'il avait été un grand nom de Newcastle et de l'équipe nationale. Et là, je me suis dit : waw ! On a aussi fait une comparaison avec Daniel Van Buyten. Lui, je l'avais vu jouer. A Marseille, en plus. C'est mon club, hein ! Je suis fan de l'OM depuis la période Didier Drogba. DEWAEST : Pas trop. C'est vrai qu'ils n'avaient plus besoin de moi. Ou plutôt, un homme n'avait plus besoin de moi : Rachid Chihab. Il entraînait mon équipe, la CFA. Il m'a dit que je pouvais m'en aller. Je pouvais signer dans plusieurs clubs belges de D1 mais c'était pour jouer d'abord en Réserve. J'ai préféré aller à Roulers. En D2 mais j'allais jouer. Par rapport aux portes de l'équipe Première de Lille, oui, c'était un grand pas en arrière. Mais je ne l'ai jamais regretté. Ça m'a fait du bien, aussi, de quitter l'ouate du centre d'entraînement de Luchin pour bosser dans les installations beaucoup moins luxueuses de Roulers. Je savais que si je m'imposais en D2, des clubs de première division allaient revenir. Charleroi a cru en moi. Et maintenant, c'est Genk. DEWAEST : Oui mais je ne jouais pas avec Hazard parce qu'il était systématiquement surclassé d'un an ou deux. Par contre, on a fait l'internat du LOSC ensemble. Il y avait aussi Dino Arslanagic, Junior Malanda, Divock Origi. DEWAEST : J'ai réussi mes débuts contre Westerlo, Kara a souffert avec Anderlecht à Ostende. Mais ce n'était que notre premier match avec notre nouvelle équipe, hein... On fera le point en fin de saison. Si je continue à progresser, si Genk va aux play-offs, si je fais des bons matches, alors là on pourra dire que Dewaest a été une bonne recrue. DEWAEST : On est deux costauds, ça c'est sûr. Maintenant, point de vue jeu, il a plus de facilités que moi balle au pied. Plus d'assurance aussi. Mais j'ai vite compris pourquoi les défenseurs de Genk savaient bien jouer au ballon. Ça m'a frappé dès les premiers entraînements, on fait beaucoup de travail technique. Après une semaine, je me sentais déjà plus fort. Dès mon premier match, j'ai fait des trucs que je n'avais jamais osés avec Charleroi : monter avec le ballon, faire des relances très propres. DEWAEST : J'ai joué dans l'axe à Charleroi avec le gabarit opposé, Javi Martos. On a parfois discuté de notre physique et on se rejoignait sur un point : s'il avait été plus costaud, il aurait fait une plus belle carrière. DEWAEST : C'est sûr. Je le savais et c'est pour ça que je voulais changer de club avant la reprise. Ça n'a pas pu se faire, et finalement, la participation à l'Europa League m'a un peu convaincu que ce n'était peut-être pas une mauvaise chose de rester à Charleroi. Après l'élimination, on a reparlé de Genk, et là, je n'avais plus envie de trop réfléchir ! DEWAEST : Je ne sais pas. L'Europa League, c'est bien. Mais j'avais envie d'un nouveau challenge. Besoin de ça. Déjà avant le début de la saison dernière, je souhaitais changer d'air. Maintenant, si j'avais dû rester, je ne sais pas comment ça se serait passé. Garder un joueur qui a les idées ailleurs, ça peut nuire à tout le collectif parce qu'il y a peu de chances qu'il soit performant. Je prends un exemple tout bête : Neeskens Kebano. A ton avis, pourquoi il a un peu de mal en ce moment ? Parce qu'il n'est pas bien dans sa tête ! Parce qu'il veut partir. DEWAEST : Peut-être. (Il réfléchit un bon moment). Je pense que certains clubs se sont posé des questions. Ceux qui s'intéressaient à moi se sont peut-être dit : -Maintenant qu'il joue chaque semaine contre des bonnes équipes, il n'est plus au top, on doit encore un peu réfléchir. C'est normal. DEWAEST : Il y a plusieurs raisons. J'avais des petits pépins physiques, je ne faisais plus qu'un bon entraînement par semaine. Et puis, mes idées de transfert me trottaient un peu dans la tête, je l'avoue. DEWAEST : On a eu une bonne discussion avant le match retour des barrages contre Malines. C'était un rendez-vous hyper important, il y avait l'Europe au bout. Mazzu m'a demandé si ma tête était toujours à Charleroi. Je l'ai rassuré. Et j'ai été bon. DEWAEST : Mon geste d'adieu, c'est tout mon match qui a été très bon. Et ce sauvetage empêche un but qui nous aurait coûté cher. DEWAEST : Je n'ai jamais été un footballeur talentueux. J'ai toujours dû aller au combat pour m'imposer. C'est surtout ça que les entraîneurs aimaient chez moi. DEWAEST : C'est toujours une bonne pub quand on parle de moi comme ça. Et cette image qu'on m'a donnée, je dois maintenant la confirmer chaque week-end sur le terrain. Dans chaque match, j'essaie de donner ma vie... DEWAEST : Jamais de compétitions parce que les clubs de foot l'interdisent à leurs joueurs, mais j'ai essayé plusieurs trucs, oui. J'ai fait de la boxe anglaise, de la boxe thaïe où tu peux te servir de tes poings, de tes genoux, de tes tibias, de tout... C'est pas mal, tu dois essayer... J'ai aussi fait un peu de free fight. DEWAEST : Oui, on est dans des cages. Mais t'inquiète, on a un masque, des coquilles, on est bien protégé... Quand je suis arrivé à Charleroi, la direction savait que je faisais du freefight. On m'a dit que je devais arrêter tout de suite. Ça m'a vite manqué. Alors, je me suis rabattu sur le krav maga. C'est un sport de self-défense, tu apprends à faire des clés de bras, à les casser s'il le faut. On te montre comment te défendre si un gars t'agresse avec un couteau ou vient vers toi avec un flingue... DEWAEST : Jamais. Même pas un nez cassé, rien... DEWAEST : Bah, ça ne me dérange pas d'être vu, d'être reconnu ! Et ça ne me dérange pas d'entendre que Dewaest a fait ci ou ça, qu'il a des tatouages, qu'il a une coiffure bizarre. J'assume tout ce que je fais. Les tatouages, j'ai toujours aimé. Les cheveux décolorés comme dans Dragon Ball Z, c'est un défi qu'on a imaginé dans l'avion qui nous ramenait d'Ukraine après notre match d'Europa League. Dans mon entourage, ils disent parfois que je suis fou. Maintenant, je sais que si j'avais fait un mauvais match contre Bruges, on aurait dit que je pensais plus à ma coiffe qu'à mon football, je prenais un petit risque... Mais j'ai fait un gros match, c'est... passé crème. DEWAEST : Oui, j'ai deux personnalités. Je suis quelqu'un de très posé, très calme. Mais si on m'énerve, si on me prend pour un con, là c'est moi qui m'énerve et je deviens quelqu'un d'autre. DEWAEST : Il n'y avait rien de calculé. Simplement, la Bible était le livre dans lequel j'étais plongé à ce moment-là. Quand on est allés à Jérusalem avec Charleroi, on a visité le tombeau du Christ, on est montés sur la colline où il a été crucifié. Même si tu n'es pas croyant, ça te marque. Et pour moi qui suis très croyant, c'était une expérience très marquante. En rentrant en Belgique, je suis passé par une librairie et j'ai acheté la Bible. Je lis tout, dans l'ordre. Ça doit faire 2.500 pages, j'arrive vers la 400e. DEWAEST : Mais je lis plein de trucs sur le banc. Je mets mes écouteurs et j'ouvre mon bouquin, ça me détend, ça m'aide à évacuer la pression. La saison dernière, avant notre match contre le Standard, j'étais en pleine lecture du livre sur la vie de Mike Tyson, par exemple. J'ai beaucoup aimé, d'ailleurs. DEWAEST : A la base, sa famille était un peu SDF, ils se retrouvaient dans des immeubles qui tenaient à peine debout. Il n'allait pas à l'école, on le traitait comme un moins que rien. Il est vraiment parti de rien et il est devenu une icône, uniquement à force de travail. Je m'inspire de sportifs comme ça. Il explique pourquoi il battait ses femmes. Sa mère avait un homme qui la frappait, alors ça lui semblait normal de faire la même chose ! J'ai aussi lu Teddy Riner, Zlatan, Cantona,... DEWAEST : Au départ, c'était mon père qui le kiffait à fond. Forcément, je me suis intéressé à Cantona, j'ai regardé des extraits de matches, j'ai vu des documentaires sur lui. DEWAEST : Les deux. Comme footballeur, il était au-dessus du lot. Et sa façon de se conduire dans la vie, un peu bad boy, j'aime bien. J'aime les mecs qui sortent un peu de la norme. Quand Cantona a quelque chose à dire, il le dit. S'il a envie de dire merde au président ou au roi, il le fait. En face. Il n'en a rien à foutre. Je me retrouve un peu dans ça. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS BELGAIMAGE" J'ai toujours dû aller au combat. " SÉBASTIEN DEWAEST