"W elcome to the Barbour Country ". Telle est la première image qu'offre l'aéroport de Newcastle à ses visiteurs : une affiche représentant une lady en blouson kaki en train de caresser son setter. Drôle de scène quand on sait que Joey Barton est au bout du chemin. Joey Barton ? Des débuts professionnels retardés avec Manchester City pour cause de maillot volé par un tiers sur un banc de touche, une baston géante en amical contre Doncaster en 2004, une histoire de cigare planté dans l'£il de son coéquipier Jamie Tandy pendant la fête de Noël de City, une baston avec un gamin de 15 ans, supporter d'Everton, alors que City était en tournée en Thaïlande, une paire de fesses exhibée aux supporters des Toffees à Goodison Park, une relation intime avec l'alcool qui lui a fait péter les plombs un soir dans les rues de Liverpool sur un type qui lui avait mal parlé, un séjour en prison de 60 jours et puis surtout, en 2007, le fracassage en règle de son coéquipier Ousmane Dabo pendant un entraînement à Manchester. Bref, un type qu'on n'a pas trop envie de vexer.
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"W elcome to the Barbour Country ". Telle est la première image qu'offre l'aéroport de Newcastle à ses visiteurs : une affiche représentant une lady en blouson kaki en train de caresser son setter. Drôle de scène quand on sait que Joey Barton est au bout du chemin. Joey Barton ? Des débuts professionnels retardés avec Manchester City pour cause de maillot volé par un tiers sur un banc de touche, une baston géante en amical contre Doncaster en 2004, une histoire de cigare planté dans l'£il de son coéquipier Jamie Tandy pendant la fête de Noël de City, une baston avec un gamin de 15 ans, supporter d'Everton, alors que City était en tournée en Thaïlande, une paire de fesses exhibée aux supporters des Toffees à Goodison Park, une relation intime avec l'alcool qui lui a fait péter les plombs un soir dans les rues de Liverpool sur un type qui lui avait mal parlé, un séjour en prison de 60 jours et puis surtout, en 2007, le fracassage en règle de son coéquipier Ousmane Dabo pendant un entraînement à Manchester. Bref, un type qu'on n'a pas trop envie de vexer. Aujourd'hui, le lascar affirme qu'il a changé. Il ne boit plus, s'énerve à peine, même si un coup de poing dans le thorax du Norvégien Pedersen (Blackburn Rovers) lui a valu trois matches de suspension en décembre 2010. Barton : " C'était juste de l'instinct, rien de méchant. " Son tacle sur Abou Diaby lors du mythique Arsenal-Newcastle (4-4) de février dernier ? Barton : " Rugueux mais juste, dans les règles. "L'été dernier, Fabio Capello a bien dû s'exprimer sur le fait qu'il ne voulait pas de Barton dans l'équipe à la Rose alors que le milieu avait sans doute presté sa meilleure saison. " Trop risqué ", a simplement dit l'Italien. Cette saison, Barton a à nouveau fait parler de lui, lors du match à Arsenal, où il a allumé Gervinho qui l'a finalement baffé (le monde à l'envers !) et pris trois matches de suspension. Même sanction pour Alexander Song, qui avait lors du même match écrasé la jambe de notre rédempteur. Flash-back sur le 17 février dernier à Darsley Park, le QG des Magpies. Joey reçoit décontracté, Puma Samba délacées aux pieds, polo blanc, jean et sacoche de toilette sous le bras. " Ça pose un problème si je me rase avant l'interview ?", demande- t-il. Évidemment non. La peau lisse, Joey se dirige ensuite vers son Aston Martin DB9, immatriculée 89 J- " 1989 " pour la première fois qu'il a touché un cuir, et J pour Joey, of course. Le milieu de terrain met les gaz, direction sa cantine préférée, où il déjeunera de pâté et de café. Sans même attendre la première question, il se met à table : " Tu sais, l'histoire avec Ousmane Dabo, je n'ai jamais vraiment donné ma version des faits. Mais c'est lui qui est venu par derrière, et il m'a baffé. Et quand il m'a baffé, je l'ai frappé en retour. Donc c'est lui l'instigateur, pas moi. "Moi, quand on m'attaque, je me défends. J'ai grandi dans la rue, je viens d'un milieu ouvrier à Liverpool, et chez moi, quand tu te bats, il n'y a pas de règle. Si tu es dans la rue, qu'il y a une baston, il n'y a pas de règle : tu dois te défendre. Ousmane était plus costaud que moi. Mais ça s'est fait comme ça, bang-bang-bang et c'était fini. La vérité, c'est qu'il a commencé la baston et que moi je l'ai terminée. Je ne suis pas une brute. Je n'aime pas me battre. Mais c'est humain de se défendre. Les humains font ça non ? Le problème, c'est que je l'ai frappé trois fois. Mais s'il vient vers moi, et qu'il me met une baffe, à quoi il s'attendait ? Que je lui dise : -C'est pas grave, je te pardonne ? Même si en y réfléchissant à présent, ma réponse n'était sans doute pas la meilleure, moi, je suis un homme. Si quelqu'un m'en colle une, je réponds comme un homme. C'était avant un match contre Manchester United et une histoire de tacle en retard. Nous avons échangé quelques mots. Quand je joue, j'ai un style très combatif et Ousmane n'était pas très content après un tacle en retard que j'avais fait. Je lui ai dit quelque chose comme : - T'es une merde, me cherche pas... Et il m'a dit : - Ouais, ouais, t'es arrogant, tu crois que t'es un monsieur, que t'es un grand joueur. Et bla-bla-bla. On continuait à marcher et je lui disais - Ouais ouais, t'es un bon, t'es un bon joueur. Tu vois, des petits sarcasmes parce qu'il ne jouait pas bien. Il était en colère et il m'a baffé, par derrière. Quand je me suis défendu, il a réalisé que je n'étais pas une pute et pour lui, c'était la honte parce que tous les autres joueurs ont vu la scène. Il a essayé de faire le dur et finalement il s'est étalé par terre. Après, il criait : - Il est où ? Moi je lui ai dit : - Je suis là, pas de problème, si tu veux te battre, je suis OK. Chez toi, chez moi, où tu veux. Pas de problème. Ou alors on discute comme des hommes... Et finalement, il est allé chez les flics. Alors qu'on aurait dû régler ça lui et moi. C'est difficile à expliquer. Si tous les deux on devait se battre aujourd'hui, demain, on pourrait très bien se revoir et se dire : -Ouais, tu sais, ce qu'on a fait, c'était stupide, je suis désolé, on n'aurait pas dû se battre, et terminé. J'ai peut-être vu une quinzaine de fois dans le foot durant ma carrière des joueurs de la même équipe s'embrouiller ou se battre. Les coéquipiers séparent tout le monde et le lendemain, tout est oublié. Ils ont dit que je l'avais frappé trop de fois. Il te frappe une fois, tu lui réponds une fois. Mais tu sais, là d'où je viens (NDLA : Huyton, banlieue compliquée de Liverpool), tu te bats jusqu'à ce que ce soit fini. Et à l'époque, c'était mon instinct : en deux, trois secondes, poum poum poum, c'était terminé. Même si aujourd'hui je suis un mec différent. À l'époque, le manager de City, c'était Stuart Pearce. Il m'a dit : - OK, tu seras suspendu pour les trois semaines restantes. Et donc je leur ai répondu : - Si c'est comme ça que vous traitez l'histoire, eh bien je pars. Voilà pourquoi je suis parti à Newcastle. Et là City a dit : - Oh non, reste. Tu sais, Stuart Pearce s'en va, un nouvel entraîneur va arriver, on pense que ça va être Eriksson, attends de voir. Et j'ai répondu : - Vous ne m'avez pas soutenu, je me barre. Je vous ai fait rester en Premier League pendant deux saisons en y mettant ce que j'avais dans les tripes, dans le froc. Tous les autres problèmes, j'en suis responsable. Si je suis allé en prison, c'est de ma faute. Je n'aurais jamais dû me retrouver au centre-ville complètement bourré à cinq heures du mat'. C'était stupide. Après chaque incident, je ne prenais pas les choses au sérieux, je me disais que c'était OK. Et puis quand on m'a mis en prison, là, je me suis dit : - Merde. Quand tu es joueur, tu as beaucoup de pression : les supporters, les médias. C'est pour ça qu'après les matches, j'avais l'habitude de boire plusieurs verres. Parce que je voulais oublier tout ça, je voulais oublier que j'étais footballeur. Au début, après deux verres de vin, tu es relax. Mais après deux bouteilles, tu fais de la merde. Depuis que je suis allé en prison, j'ai arrêté la boisson. Je n'ai plus jamais bu un verre depuis. Je m'assois sur mon canapé, je me sers un grand verre de Coca, pas du light, le seul vrai Coca, le rouge-là, et un Twix ou du chocolat, et je mate un match. Ça peut être Barcelone, Real Madrid. S'il n'y a pas de football, je regarde du golf, du rugby. Chez moi, il y a aussi un aquarium. J'aime bien les poissons. Et les courses de chevaux. Tu sais, j'ai à peu près quinze chevaux de course. C'est une grande passion. Je suis allé à Chantilly quelquefois. Deauville aussi. Les courses en France, ce sont les meilleures. Mais je n'achète jamais mes chevaux en France, ils sont trop chers. J'ai comme l'impression qu'ils manipulent le marché. J'ai gagné plein de titres avec mes chevaux. Si tu enquêtes, tu trouveras les victoires de mes canassons. Moi, j'aime bien contrôler ma vie. Quand tu es en prison, on te dit toujours où aller, quoi faire. Je ne voulais plus du tout me retrouver dans une situation qui pourrait me faire revenir en prison. Je crois au destin et au fait que la prison s'est retrouvée sur mon chemin pour que je prenne des décisions. Ça a été le signe qu'il fallait que je change de vie. Je me suis demandé ce que j'avais envie de laisser comme héritage. Je ne veux pas qu'on retienne de moi que je suis un fou, il se battait, tout ça. J'ai envie qu'on dise - Quand il était jeune, il avait des problèmes mais ensuite, il est devenu un bon mec. Les gosses, ils te regardent, ils te copient. Si tu craches sur le terrain, ils vont faire pareil. Ils veulent être toi. Et toi tu es un modèle pour eux. Tu dois avoir ça en tête. J'ai lu, lu et encore lu. J'ai pas mal parlé aux autres détenus. J'aime bien parler, à n'importe qui, tu vois. J'essayais de comprendre comment les autres en étaient arrivés là. Ouais, ouais, j'ai fait du badminton aussi, du tennis de table. Les autres, ils me voyaient comme un petit dur, ils voulaient sans doute m'apprendre un peu la vie. Mais en parlant avec moi, ils ont vu que j'étais un bon mec, au fond. Et en plus, j'ai été emprisonné à Liverpool. Je connaissais une vingtaine de personnes là-bas. Ça m'a fait comprendre que si je ne changeais pas, j'allais y retourner rapidement. Je ne me vois pas comme un criminel, tu sais. Mais la vie, ce n'est pas une répétition générale, tu ne peux pas revenir en arrière pour changer telle ou telle chose. Tu prends des décisions et tu dois faire avec. Moi, j'en ai pris des mauvaises. Dans le futur, j'espère que je n'en prendrai que des bonnes. Tu ne sais jamais ce que le futur te réserve. Tu dois être en alerte. Mais la prison, c'est la meilleure chose qui me soit arrivée. Finalement, je remercie même les journalistes, même si je ne les ai pas toujours portés dans mon c£ur. Je te donne un exemple. Mikael Silvestre, il a failli venir à Newcastle mais il a dit : - Non, il y a Barton qui joue pour Newcastle. Pour moi, si je ne t'aime pas, je dois te rencontrer et te dire : - Non je ne t'aime pas. Il ne faut pas écouter ce que la propagande raconte dans les journaux. Moi, je prends mes décisions en face-à-face. La plupart des villes ont plusieurs clubs. À Liverpool, à Manchester, à Londres, à Birmingham. Newcastle, c'est seulement Newcastle, ils ne supportent même pas l'équipe d'Angleterre. La ville entière est passionnée, 100 % des gens sont derrière le club. Je ne sais pas si, en France, il y a un club similaire, peut-être Marseille, sauf qu'à Marseille il fait chaud et qu'à Newcastle il fait froid. Newcastle, c'est un gros club qui a fait la Champions League, la Coupe de l'UEFA puis qui est descendu. Aujourd'hui, on remonte petit à petit. On doit respecter les personnes qui viennent voir les matches, ou qui les regardent à la télé. C'est ce que je leur ai dit : - Vous devez avoir de l'ambition. Le but, ce n'est pas juste de survivre, de finir seizième, dix-septième, chaque saison. Nous avions un bon joueur, Andy Carroll, nous l'avons vendu. Alors, j'ai dit aux dirigeants que je m'inquiétais, que j'avais peur que ce schéma se reproduise chaque année, mais les dirigeants m'ont assuré qu'ils ne voulaient pas prendre ce chemin-là. Honnêtement, je pense que je suis le meilleur. Modric et Nasri ont un très bon niveau. Mais chez les Anglais... Ouais, Wilshere est pas mal, Lampard, il est down et puis Gerrard, il a souvent été blessé. Gerrard, c'est un très, très bon mec, il vient du même quartier que moi. Tu as vu le match contre l'Allemagne pendant la Coupe du Monde ? Si tu regardes le quatrième but, je crois, Özil à la course avec Barry, c'était comme le lièvre et la tortue. Barry, je crois qu'il a un très bon agent. Et puis il est discret, ce n'est pas le genre à aller voir son coach pour dire : - Je suis pas d'accord. Il est toujours d'accord. C'est un peu le type du premier rang, celui qui écoute le prof. Quand je joue contre lui, je peux dormir tranquille, no problem. Gerrard il peut t'ennuyer, il est dangereux. Mais Barry, aucun problème. Modric, Luka Modric. Nasri aussi, très, très bon joueur. Modric, techniquement, il est très bon, c'est un joueur super intelligent. Il est assez petit et il se retourne très facilement. Avant chaque match, tu dois penser ta partie différemment parce que ce n'est pas pareil d'être en face de la technique de Modric que d'être en face du boum-boum-boum au milieu de Wolverhampton. Moi, je n'ai aucun problème. Je suis anglais, j'adore jouer pour mon pays. Maintenant, peut-être que dans les instances dirigeantes, ils ont un problème avec moi. Je ne sais pas. Mes problèmes, c'était il y a quatre ans. Ils devraient savoir pardonner, non ? Les médias ont créé une grosse pression. Les joueurs ont eu peur de se louper. Regarde le gardien de but, Robert Green : Il a fait une boulette contre les Etats-Unis et les journaux lui sont tombés dessus, genre - Il faut le tuer. Quand tu lis ça, c'est dur. Et sa famille... C'est naturel de se sentir mal après ça. Il a fait des erreurs, c'est un humain, quoi. Les attentes sont très fortes en Angleterre. Avant le Mondial, les journaux disaient : - Oh, Capello, t'es le meilleur entraîneur qu'on ait jamais eu. Et deux nuls contre l'Algérie et les États-Unis plus tard, ils écrivaient qu'il était nul, qu'il n'avait pas de cerveau, qu'on devait le virer. Nous étions les meilleurs du monde, puis les plus nuls. Laurent Blanc, il fait du bon boulot avec la France ? Parce qu'à Wembley, il nous a tué l'équipe d'Angleterre. Il y avait des nouveaux joueurs, des jeunes tout ça. Loïc Rémy, je n'avais jamais entendu parler de lui. Au fait, qu'est-ce qu'il s'est passé avec Franck Ribéry, les autres joueurs et la fille là ? Ribéry, il est musulman non ? Il a dû avoir des problèmes avec cette histoire dans sa famille. Moi si je fais ça à ma copine, elle me tue, elle se barre et je retrouve ma maison complètement vide. Plus de bouffe, plus rien. Ouais, mais regarde Henderson : il était face à M'Vila, Valbuena, Nasri, Gourcuff. Et il était aux côtés de Barry. Qu'est-ce qu'ils pouvaient faire face à ces joueurs ? Pour les Français, c'était plutôt tranquille. Nous les Anglais, on va jouer les 50 prochaines Coupes du Monde, et nous ne la gagnerons jamais. Il faut changer le système. Les types à la tête de la FA, ils jouaient au foot il y a peut-être cinquante, soixante ans, et ils pensent qu'on peut gagner à nouveau la Coupe du Monde à la manière de 1966. Mais ils doivent évoluer. En Angleterre, on est trop concentré sur la tradition, comme le fait qu'on doit jouer en 4-4-2, des trucs comme ça. Moi, je ne veux pas que penser en 4-4-2. Parfois, il faut faire des expérimentations, reculer un peu pour mieux avancer ensuite. La France, l'Italie, l'Allemagne l'ont fait. Nous, ça fait vingt ans qu'on fait la même chose. On est aliénés. On a une équipe pour les Jeux, là ? Ils devraient. Le football est un grand sport en Grande-Bretagne. Et les JO à Londres sans avoir une grande équipe de Grande-Bretagne, ce serait fou, non ? J'espère que les discussions se passeront bien. En tout cas si on me demande de faire partie de l'équipe, bien sûr que je dirai oui. Il me reste peut-être cinq, six années à jouer. Après, j'aimerais bien devenir entraîneur ou manager. Ou m'occuper de jeunes joueurs, pour leur éviter de faire les conneries que j'ai faites plus jeune. Parce qu'on n'a pas besoin d'aller en prison pour régler ses problèmes. Bon j'y vais, je dois aller nourrir mes poissons. PAR RONAN BOSCHER, À NEWCASTLE." Depuis que je suis allé en prison, j'ai arrêté la boisson. Je n'ai plus jamais bu un verre depuis. " " Wilshere est pas mal, Lampard est 'down' et Gerrard a souvent été blessé... Honnêtement, je pense que je suis le meilleur milieu anglais actuellement " " Barry, c'est un peu le type du premier rang, celui qui écoute le prof. Quand je joue contre lui, je peux dormir tranquille. "