A la mi-juillet, nous nous demandions pourquoi le Club Brugeois avait préféré investir dans un Brésilien de 33 ans que dans un joueur plus jeune, comme Steven Defour, par exemple.
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A la mi-juillet, nous nous demandions pourquoi le Club Brugeois avait préféré investir dans un Brésilien de 33 ans que dans un joueur plus jeune, comme Steven Defour, par exemple. D'autant que les premiers matches de Fernando Menegazzo (33) n'ont guère été convaincants. On voit qu'il sait jouer au football mais, dès que ça va plus vite ou qu'il faut travailler, il est largué. De là à en conclure, comme l'a fait un journal après le match contre Anderlecht, qu'il ne s'agit pas d'un renfort, il y a de la marge. Fernando Menegazzo : Il y a déjà eu pas mal de matches et nous avons atteint des objectifs importants, comme la qualification pour les poules de l'Europa League. Ma situation personnelle est un peu particulière : comme j'étais encore sous contrat avec Al-Shabab jusqu'au 15 juillet, je n'ai pas pu m'entraîner avant cette date. J'ai donc perdu trois semaines de préparation et je l'ai payé, surtout lors des matches suivant les rencontres de Coupe d'Europe. Notre première mi-temps était catastrophique, la mienne aussi. En plus, j'avais déjà écopé d'un carton jaune et, comme nous devions nous battre pour revenir au score, le coach a décidé de me remplacer. Globalement, je ne pense pas avoir déçu lorsque nous n'avons pas joué en semaine et que j'ai pu me préparer. Quand un joueur n'est pas en forme, on peut camoufler en jouant court. Quand c'est toute l'équipe comme en première mi-temps contre Anderlecht, c'est plus difficile. Mais il est aussi intéressant d'analyser la façon dont nous nous y sommes pris pour revenir au score. Ce n'était pas un accord mais une idée que j'avais évoquée en 2011. J'y ai joué pendant 9 ans et je me disais qu'après autant de temps, j'étais à même d'évaluer les qualités dont un joueur devait disposer pour réussir en France. De plus, je parle espagnol. Je voulais me limiter au scouting, pas me mêler des négociations. J'ai gardé des contacts avec Jean-Louis Triaud, le président bordelais. L'idée n'est peut-être pas abandonnée. Je n'en ai jamais eu. C'est une région fantastique mais j'avais fait des calculs et il était plus intéressant d'investir en Bourse que de toucher l'argent du loyer. J'ai appris à l'apprécier. Le président possède deux domaines et il arrivait qu'il nous offre une caisse après une victoire. Au Brésil, on apprécie davantage la bière, surtout au nord, où il fait plus chaud. Mais au sud, d'où je proviens, on boit de plus en plus de vin, surtout du Chili et d'Argentine car le vin français est trop cher. J'étais encore très jeune lorsque je suis parti à Sienne en 2003. L'équipe venait de monter et l'entraîneur était craintif. Un jour, il m'a dit que, comme j'avais plus de technique, il allait me faire jouer derrière Tore-André Flo et il a mis deux défenseurs dans mon dos. Vous imaginez la difficulté ! Après un an et demi, je ne jouais plus et j'ai voulu partir, je n'étais pas fait pour ce genre de football. Le président n'a pas voulu me laisser aller à Chievo alors je suis parti six mois à Catane, en D2, où j'ai rejoué à ma place et où Bordeaux est venu me chercher. Lorsque j'étais petit, ma mère me parlait et me chantait des chansons en dialecte de la région de Trévise. Mes aïeux étaient arrivés au Brésil en 1886. Je le sais car j'ai dû retrouver des papiers pour obtenir mon transfert. J'ai visité leur petit village et demander s'il y avait encore des Menegazzo. Il restait une femme, à qui j'ai rendu visite. Au début, elle était un peu effrayée mais elle a fini par me montrer des photos sur lesquelles les traits de famille étaient parfaitement reconnaissables. Seulement, il semble qu'il y avait plusieurs familles Menegazzo dans le village et je n'ai jamais su si elle était vraiment de la même branche que moi. Les résultats jouent toujours un rôle. Bordeaux est une ville bourgeoise où on s'intéresse plus au vin qu'au football, ce n'est ni Marseille ni Paris. Mais en 2009, quand nous avons été champion, tout le Virage Sud était derrière nous. Ce que j'appréciais, c'est que c'était un club professionnel mais qui, en même temps, permettait de vivre normalement. Evidemment, cela exigeait une certaine autodiscipline. Boire un verre de vin à table, OK mais si on buvait une demi-bouteille, on n'allait pas bien loin. Moins. Beaucoup d'équipes ne songeaient qu'à défendre. Au milieu de terrain, c'était très athlétique. Nous avons eu deux belles années, avec Laurent Blanccomme entraîneur et Chamakhen pointe. A part ça... Sur le plan de l'agressivité, peut-être mais l'approche est différente. Pour moi, la défaite de la sélection face à l'Allemagne n'est pas le fruit du hasard. Nous avons pris beaucoup de retard sur l'Europe. Il y a trop d'espace entre les lignes, ce qui provoque sans cesse des situations de un contre un. Il fait chaud et les arbitres sont mauvais : ils sifflent au moindre contact. J'en ai déjà parlé pendant des heures avec les présidents de mes anciens clubs : pourquoi ne pas mettre sur pied de véritables centres de formation à l'européenne ? Ils me répondent que ça ne sert à rien de former un joueur comme en Europe s'il doit d'abord passer par le championnat du Brésil, où on joue très différemment. J'espère que la défaite face à l'Allemagne leur a ouvert les yeux mais ils pensent toujours que le Brésil est le pays du football, que 15.000 Ronaldinho naissent chaque jour. C'est quelqu'un de très intelligent et réfléchi mais en allant à Madrid, il a fait le mauvais choix. Il est grand (1,90 m). Son jeu, c'est donner le ballon devant et s'infiltrer. Or, le Real joue sur des espaces courts, il lui faut des joueurs rapides et forts techniquement. Quand j'étais toujours au Brésil, je rêvais d'y jouer. J'ai des amis là-bas et ils m'ont dit que j'aurais pu y réussir à condition de jouer bas car il y a beaucoup de duels. Lorsque je jouais à Grêmio, Villarreal me voulait. J'ai même posé pour la photo avec le maillot du club mais le président ne m'a pas laissé partir. Les armes, c'était avant. J'en possédais une et j'avais une licence. Le tir m'aidait à me concentrer mais j'ai arrêté quand j'ai quitté le Brésil. J'ai découvert la corrida en Espagne. Ce qui m'attire, ce n'est pas tant le duel entre l'homme et l'animal, même si la puissance de la bête est impressionnante et que ça me rappelle mes vacances à la campagne, chez mes grands-parents. Ce que j'aime, c'est l'ambiance qui règne avant et après : les petits bars, les gens, la musique... Je comprends que les gens protestent, pendant 20 minutes, l'animal souffre. Mais c'est impressionnant. Et l'odeur de l'animal... Non, l'odeur qui me rappelle mes vacances quand j'avais sept ou huit ans. Mais je comprends votre aversion. Nous n'étions ni riches, ni pauvres. Mon père possède toujours son petit magasin, c'est ça qui le garde en vie. J'habitais dans une petite ville de 10.000 habitants où il n'y avait pas d'école convenable. Car au Brésil, l'enseignement public pose problème. Je pense que c'est volontaire : plus le peuple est ignorant, plus c'est facile de diriger et de détourner de l'argent. Peut-être que, si je n'avais pas quitté le pays, je n'aurais pas ouvert les yeux mais maintenant, ça ne me fait plus rire, tellement c'est évident. Quand je pense qu'à Bordeaux, il y avait sans cesse des manifestations. Oui, et on disait que c'était l'opposition qui payait les gens pour manifester. Les pauvres ont droit à des programmes d'intégration et ne disent rien. Les riches s'en fichent car ils ont de l'argent pour faire appel au privé. Et rien ne change, le fatalisme s'installe. Savez-vous qu'un enseignant gagne moins que la famille d'un détenu ? A cause de tout ça, j'ai dû faire 200 km pour fréquenter l'enseignement privé. Nous avions un professeur d'histoire spectaculaire, un passionné qui montait sur les tables. Je me suis dit que je voulais faire comme lui. Je me voyais bien donner cours d'histoire mais, à un an de la fin de mes études secondaires, j'ai reçu ma chance au football et la vie a pris une autre tournure. Elle occupe toujours une place importante mais, à 33 ans, j'ai plus de doutes qu'à 15 ans. J'ai vécu trois ans en Arabie Saoudite, où l'islam est considéré comme la seule religion et où les gens sont fanatiques. Qui a raison ? Jésus n'était-il qu'un prophète, une invention de l'époque pour maîtriser le peuple ? J'y crois encore mais je doute. Toute forme de discrimination me préoccupe. La famille royale agit à sa guise. Ce n'est pas un pays mais une entreprise. Ils ont le pétrole et s'isolent complètement afin d'éviter les problèmes. De plus, ils sont soutenus par les Américains. Il est pratiquement impossible d'y inviter quelqu'un, même un membre de la famille. Il faut demander l'autorisation du gouvernement qui, souvent, refuse. C'est pourquoi il n'y a pas de tourisme. Oui. Pour les étrangers, les règles sont différentes mais ça reste strict. Si nous étions ensemble, les policiers ne lui parlaient pas mais si elle était seule, ils étaient parfois très agressifs. Il a joué un rôle déterminant. J'ai eu la chance de travailler avec un staff européen et Michel Preud'homme a changé beaucoup de choses. J'ai tenté de comprendre le mode de vie des gens mais ils expliquent tout par la volonté de Dieu. Quand Michel est parti, les problèmes ont repris : retards de payement, retards à l'entraînement... J'avais une offre d'un autre club arabe mais trois ans de sacrifices, c'était assez. J'aurais également pu rentrer au Brésil, à Palmeiras puis Emilio Ferrera m'a appelé pour Genk. Le directeur de Genk voyait en moi un défenseur pour remplacer celui qui était parti à Naples (Kalidou Koulibaly). J'avais joué une vingtaine de matches à cette place sous la direction d'Emilio mais c'était pour dépanner. Michel a tout simplement été plus rapide et plus concret. Non. C'est un beau métier pour ceux qui réussissent. Mais pour les autres... J'ai deux neveux qui jouent et me demandent conseil mais que puis-je faire ? Demander à Michel de leur proposer un contrat ? C'est un milieu difficile. Je m'intéresse beaucoup à la vie des entraîneurs. Cela demande bien plus d'énergie et de temps que lorsqu'on est joueur. Je ne pourrais pas entraîner au Brésil, question de mentalités. On n'a pas le temps d'y développer ses idées. En France, on conserve l'entraîneur même quand l'équipe descend et on remonte avec lui. Ça, ça m'intéresse. Devenir scout aussi. PAR PETER T'KINT - PHOTOS: BELGAIMAGE /STOCKMAN" Le foot est un beau métier pour ceux qui réussissent. Mais pour les autres... " " Le Brésil a pris beaucoup de retard sur l'Europe. Il y a trop d'espace entre les lignes. "