Carrington, centre d'entraînement de Manchester City. Si les Skyblues nous la jouent bling-bling depuis la reprise du club durant l'été 2008 par un fonds d'investissement d'Abu Dhabi, le training ground ne suit pas les mêmes contours. Les bolides dernier cri des joueurs côtoient des infrastructures des plus basiques. A l'entrée, un petit box en préfabriqué fait office de media-center. C'est là qu'on doit rencontrer le capitaine d'un club qui lutte pour le titre en Premier League, celui qui a définitivement repris le brassard à un Carlos Tevez plongé dans les jérémiades depuis l'entame de saison.
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Carrington, centre d'entraînement de Manchester City. Si les Skyblues nous la jouent bling-bling depuis la reprise du club durant l'été 2008 par un fonds d'investissement d'Abu Dhabi, le training ground ne suit pas les mêmes contours. Les bolides dernier cri des joueurs côtoient des infrastructures des plus basiques. A l'entrée, un petit box en préfabriqué fait office de media-center. C'est là qu'on doit rencontrer le capitaine d'un club qui lutte pour le titre en Premier League, celui qui a définitivement repris le brassard à un Carlos Tevez plongé dans les jérémiades depuis l'entame de saison. Avant l'interview, on tombe sur Sheila, une mamy venue remettre le prix du joueur du mois de janvier à Joe Hart suite à un concours remporté sur le site officiel du club. Quand on lui explique le pourquoi de notre venue, Sheila, toute de b lue vêtue fait tomber le haut et nous montre fièrement son maillot floqué du numéro 4 et du nom : KOMPANY. " J'ai beau être grand-mère, je serais comme une gamine si je pouvais le rencontrer. Vinnie est mon joueur préféré. Il n'est pas seulement beau, il est très intelligent sur un terrain. C'est un leader !", nous témoigne celle qui ne rate jamais un match de City que ce soit en championnat ou en Coupe d'Europe. " Le seul déplacement que je ne fais pas, c'est à Old Trafford. Je ne vais quand même pas donner de l'argent à United. " 14 h PM : Vincent Kompany entre dans la pièce, Sheila dégaine alors l'appareil photo et immortalise le moment. Groupie, ça n'a pas d'âge. Vincent Kompany : Je n'ai pas souvent l'occasion de m'arrêter et de réfléchir sur ce qui s'est passé ces derniers temps. Tout se suit avec une rapidité impressionnante, la succession des matches fait que tu ne te poses pas trop de questions. La seule chose que je peux dire c'est que j'ai toujours voulu avancer dans ma carrière, je ne me satisfais pas de ce que j'ai déjà accompli ou des éloges. Le jour où celles-ci devraient s'arrêter, ça ne me bousculera pas car je ne me braque pas dessus. J'ai eu la chance de progresser chaque année. Mais j'estime que la différence notable avec les années précédentes, c'est au niveau de ma lecture du jeu. J'ai toujours eu pas mal d'attributs physiques et dorénavant, je sais que je n'ai pas besoin d'être à 100 % pour réussir une bonne prestation. Je me sens à l'aise pour aborder n'importe quel match, que ce soit un gros ou un petit. J'ai l'impression de savoir avant le coup d'envoi si ça va bien se passer. Ce n'est pas de l'arrogance, mais ça a à voir avec l'expérience. Ça fait environ 18 mois que j'ai cette assurance. Quand je réalise un moins bon match, je ne panique pas par rapport aux prochaines échéances. C'est difficile à dire. Surtout que c'est un championnat avec une grande tradition de défenseurs centraux. Tony Adams, Sol Campbel, Jaap Stam, Rio Ferdinand, et j'en oublie. Je crois surtout qu'il me manque les gros titres avec City même si on a commencé avec la Cup l'an dernier. Je n'arriverai pas à apprécier les éloges tant qu'on n'aura pas été champion. J'ai appris à connaître de mieux en mieux mon corps. Je n'ai jamais été le responsable de mes blessures : c'est plutôt à la poisse que je les devais. Footballeur, c'est un métier à risque et on ne maîtrise pas tous les paramètres. Si je devais à nouveau être sur la touche, je ferais exactement la même chose que ce que j'ai réalisé pour m'en sortir dans le passé. C'est rassurant de savoir qu'on en est capable. Beaucoup de personnes spéculent là-dessus mais beaucoup d'autres sous-estiment la confiance qui nous habite. À aucun moment on ne monte sur le terrain en se disant qu'on est moins fort que l'adversaire. On n'est pas du genre à paniquer ou être nerveux par rapport à la pression. Si pour le club, se retrouver en tête c'est nouveau, il ne faut pas oublier que pas mal de mes coéquipiers sont habitués aux succès. Je ne l'ai pas dit dans ces termes-là. J'ai dit que remporter le titre ce ne serait pas un accomplissement mais que je voulais en remporter d'autres. Ce discours démontre aussi les objectifs que j'ai pour ce club. Je n'aurai pas moins faim de succès la saison prochaine si on venait à être champion dans quelques mois. Bien sûr que je suis heureux ici. Je ne suis pas du genre à me dire que l'herbe est plus verte ailleurs. Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de clubs en Europe qui se trouvent dans une situation plus favorable que City par rapport à l'avenir. Je fais partie de cette histoire depuis le début, depuis la reprise du club par le cheik, l'histoire m'est devenue personnelle et je ne pense pas à autre chose pour le moment. C'est difficile à expliquer. Peut-être que ça se voit que je me sens bien dans ce club et que j'adhère complètement à sa vision. Il faut aussi savoir qu'en Angleterre, le rôle du capitaine est plus important que dans n'importe quel autre pays. C'est davantage que simplement porter le brassard sur le terrain. C'est plus important même que l'image qu'on peut avoir du capitaine en équipe nationale. Il y a le poids de la tradition et l'arbitre vous donne le droit de lui parler plus facilement. En Europe ( sic), ce n'est pas le cas par exemple. Ils ne m'ont pas désigné capitaine, ça s'est fait naturellement. Même quand Tevez l'était, je faisais partie de ceux qui donnaient de la voix dans les vestiaires. J'ai toujours fait partie de ceux qui mettent les choses en place, qui parlent à leurs coéquipiers. Tous ceux qui sont arrivés jusqu'à City ne sont pas arrivés là par hasard : ça veut dire que ce sont de grands pros, qui acceptent un certain discours et qui savent que pour progresser ensemble, il faut se parler. Oui bien sûr. Mais on sait aussi qu'on évolue dans un milieu où le moindre fait est grossi de façon exponentielle. Un caractère un peu plus flamboyant va plus facilement se faire repérer... Mais sur le terrain, on est tous sur la même longueur d'onde. Quand tu connais quelqu'un, tu finis par savoir comment le gérer. Quand il y a eu ce petit incident, on a su très vite comme gérer la situation. Mais le plus important, c'est qu'il ait fait son boulot sur le terrain. C'est une perte de temps d'accorder trop d'importance à tout ça. Le problème n'est pas qu'une erreur ait été commise ou non ou que je sois suspendu quatre ou cinq matches, mais plutôt que l'on interdise tout contact dans le foot. Peut-être mais ce sont des valeurs qu'il faut préserver. J'ai eu l'impression ces derniers temps qu'on s'attardait lors des analyses tv à disséquer les tackles. Quand on a l'habitude d'évoluer dans un championnat où les contacts sont durs, on a appris à les éviter, je ne pense qu'il y a, par exemple, plus de blessures en Angleterre qu'en Italie ou en Espagne. Le foot anglais a ses spécificités, et il faut veiller à ce qu'elles persistent. Ce qui m'ennuie c'est la triche. Et malheureusement, on est plus proche d'avoir trop de tricheurs que trop de mauvais tackleurs... Hormis City qui a été éliminé dans un groupe très difficile, où on a quand même pris 10 points, l'erreur que les clubs anglais ont faite c'est d'avoir mis leur équipe B en Ligue des Champions. La Premier League est tellement éprouvante que certaines équipes ont choisi de faire reposer leurs joueurs, et elles se sont fait punir. C'est tout. Cette saison est exceptionnelle comme l'était à l'inverse l'année 2007-2008 où trois clubs anglais se sont retrouvés en demi-finales. Je crois aussi que le niveau du championnat anglais augmente, il n'y a plus de vrai Big Four, des clubs comme Tottenham même Newcastle ont désormais de grosses équipes. Que les clubs anglais se soient fait taper sur les doigts, c'est une bonne leçon pour la saison prochaine. Je me faisais la réflexion dernièrement que quand j'ai signé pour City il y a plus de quatre ans, j'étais le seul Belge, avec Hoefkens qui venait de monter avec WBA, en Premier League. Je crois que les bonnes prestations de Fellaini, de Vermaelen, ont rendu le marché belge plus intéressant. Non. En Angleterre, personne ne se pose la question pourquoi Romelu ne joue pas plus. A la limite, le fait qu'il ait reçu la possibilité de monter au jeu à plusieurs reprises, c'est positif. Ce n'est pas à moi de juger son choix. Mais je trouve normal qu'à partir du moment où l'on a atteint un certain niveau dans un championnat, on cherche un autre cadre pour se développer. Et pour l'instant, il n'y a rien d'alarmant, au contraire. Le fait qu'un club comme Chelsea l'ait acheté si jeune, c'est déjà un signe de confiance. Quand on a les qualités d'Hazard, on peut s'imposer partout. Dans n'importe quel championnat. Je l'ai dit clairement depuis un petit temps : l'objectif c'est 2014. On est au-devant d'une génération qui peut jouer encore dix ans ensemble. Ça veut dire qu'il faut leur donner dix ans pour les juger. Je ne dis pas qu'il faudra attendre dix ans mais il ne sert à rien de tirer des conclusions sur une génération après leur première année. Des joueurs comme Hazard ou Lukaku, ce sont des gamins. Je le réalise parce qu'à Manchester, je fais partie des plus jeunes alors que chez les Diables, je fais partie des plus vieux. Je crois que si la presse arrêtait de parler de génération dorée, le public ne serait pas agacé par cette façon de nous décrire. Ce ne sont certainement pas les joueurs qui ont utilisé ce terme. Je ne cherche pas d'excuse mais si notre génération doit être jugée, c'est maintenant et non hier car elle débute seulement. Le fait que je revois les mêmes têtes lors de chaque convocation, c'est récent. Et pourtant je suis chez les Diables depuis huit ans. Aujourd'hui, je sais qu'on va pouvoir reprendre le fil là où on l'a laissé. Ce n'est pas à moi de commenter ce genre de cas. Ce que je peux dire, c'est qu'il y a désormais une énorme envie de se retrouver, de jouer pour l'équipe nationale. On n'aura jamais le réservoir de l'Allemagne mais il suffit que ça accroche à un moment et on peut réaliser de grandes choses. Qui peut dire aujourd'hui qu'on n'arrivera pas à atteindre des choses magnifiques ? Moi j'y crois. Et c'est mon rôle en tant que capitaine d'y croire. C'est différent. A Manchester, je me retrouve avec des joueurs qui ont déjà de gros palmarès, qui savent ce qu'ils font. Il ne faut pas jouer aux gendarmes. Je sais une chose : c'est que je me suis toujours donné à 100 % pour les Diables et pour City. Et ça me suffit. Quant à mes propres prestations, ce n'est pas à moi de les juger. Je préfère toujours analyser une prestation collective, surtout quand comme moi, tu es défenseur central et que tu dépends beaucoup du travail des autres. J'ai estimé le dernier match en France plus mature et ça me conforte dans l'idée qu'on est sur la bonne voie. Ce n'était pas notre meilleur match mais arriver à prendre un point à l'extérieur face à de bonnes équipes, sans être flamboyant, c'est ce qu'on doit être capable de faire à l'avenir. Dans un pays comme la Belgique, ça serait bien la première fois qu'un sélectionneur fait l'unanimité ( il rit). L'important pour les joueurs et les coaches, c'est de rester soudés. Et il existe une volonté tellement positive aujourd'hui qu'elle éclipse tout ce qui peut être dit. Aussi, quand on évoque le coaching, il faut juger la paire Wilmots-Leekens car ils sont très complémentaires. Et c'est cette complémentarité-là qui fait que le suivi de l'équipe est très soutenu et fait énormément de bien à un jeune groupe comme le nôtre. On peut regarder ce groupe de différentes manières. D'une part, il n'y a pas de grosse équipe comme l'Allemagne où l'on sait que ça va être extrêmement difficile. D'autre part, il n'y a pas de petite équipe. Mais qu'est-ce qui nous convient le mieux ? Je crois que c'est le nombre de points pris à l'extérieur qui fera la différence et ce paramètre peut nous convenir. On devra être en mesure de surprendre nos adversaires car nous n'avons certainement pas l'étiquette de " supers favoris " du foot européen. Il y a deux raisons à cela : être plus proche de ses fans, et pouvoir communiquer avec eux. Mais aussi être responsable de tes propos, sans que ceux-ci ne soient détournés. L'exemple le plus marquant concerne Wayne Rooney. Des journaux anglais allaient annoncer qu'il quitterait Manchester, et bien la veille de la parution, il a démenti son départ sur son twitter qui compte plusieurs millions de followers. Quand l'" info " est sortie dans la presse, elle n'avait donc plus aucune valeur. On est pas tous pareils ( il rit). A partir du moment où tu donnes ton opinion, tu parles de ton expérience, sans offusquer personne, je ne vois pas en quoi ça peut m'être néfaste. Je ne dis pas que j'ai la vérité, loin de là. Je ressens le besoin de m'exprimer comme d'autres ressentent le besoin d'aller voter. Je ne suis pas le genre de personnes à rester dans son coin. Je ne suis pas né avec la bouche cousue. Non pas du tout. J'ai beau avoir 100.000 personnes qui me suivent, je m'exprime comme quelqu'un qui en a 50. Après, je peux peut-être avoir plus d'influence vu le nombre. J'avais, par exemple, lu un article dans la presse sur le problème d'un pont construit en Indonésie. J'avais photographié l'article et mis sur mon twitter en légendant que ça me choquait. Des followers indonésiens m'ont remercié par la suite, disant que cela avait créé un débat. Après je ne sais pas si c'est moi ou 200 autres personnes qui ont fait comme moi et qui ont permis de faire bouger les choses, mais ces moyens de communications sont en tout cas une arme supplémentaire. Je ne mets pas que des trucs sérieux non plus sur Twitter. On se fait une fausse idée de pas mal de footballeurs. Beaucoup d'entre eux cachent leurs opinions alors qu'ils sont intéressés par ce qui se passe dans le monde. Je n'ai jamais compris pourquoi on critiquait les personnes qui dépensent leur argent. Depuis que je suis petit, quand j'étais pauvre, je me disais déjà que plus une personne dépense plus il fait marcher l'économie. Si quelqu'un achète une Bentley, ça permet à des ouvriers de travailler. Si je vais au restaurant et que je ne commande un bon vin, ça fait vivre les restaurateurs. J'ai jamais compris pourquoi en Belgique, on applaudissait celui qui avait beaucoup d'argent mais qui le montrait à personne et qui garde tout sur son compte en banque en Suisse. Je sais d'où je viens, mes premiers salaires ont permis de payer les dettes de mes parents, et je n'ai aucune honte à être aujourd'hui un privilégié. Sans oublier qu'il est important d'aider les gens autour de soi, s'investir dans des associations caritatives, et sur ce point, beaucoup de footballeurs sont exemplaires. PAR THOMAS BRICMONT" En Angleterre, personne ne se pose la question de savoir pourquoi Lukaku ne joue pas plus. "" Hazard et Lukaku, ce sont des gamins. Je le réalise parce qu'à Manchester, je fais partie des plus jeunes. "