Mouscron sortait d'une série dramatique, 4 points en 10 matches. Dernière victoire le 23 septembre. Et un basculement vers la onzième place alors que les gars de Mircea Rednic avaient passé 11 des 12 premières journées dans le Top 6. On évoquait des tensions, des incompréhensions. Et - évidemment - un coach menacé.
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Mouscron sortait d'une série dramatique, 4 points en 10 matches. Dernière victoire le 23 septembre. Et un basculement vers la onzième place alors que les gars de Mircea Rednic avaient passé 11 des 12 premières journées dans le Top 6. On évoquait des tensions, des incompréhensions. Et - évidemment - un coach menacé. Autant dire que la victoire contre Ostende, il l'a savourée. Parce qu'elle met fin à une sale série, parce qu'elle permet de respirer, et aussi parce qu'elle lui donne une nouvelle légitimité pour envoyer quelques réponses qui claquent. Que ça plaise (à ses employeurs) ou pas. Magnéto. Presque trois mois sans gagner un match, tu as paniqué ? MIRCEA REDNIC : Paniquer, moi ? (Il rigole un bon coup). J'ai quand même une petite expérience, tu sais... Je voyais bien pourquoi on ne gagnait plus. J'ai toujours eu de six à huit blessés. Pas facile parce que j'ai besoin de tout mon noyau. Je n'ai pas vingt joueurs, hein ! J'en ai douze ou treize sur qui je peux compter. Quinze en étant gentil. J'ai perdu toute ma défense. Puis presque tout mon entrejeu. J'ai chaque fois dû changer, improviser, passer à des systèmes de jeu différents en fonction des joueurs qui étaient disponibles. Dans les bureaux, tu ne crois pas qu'on a paniqué ? REDNIC : Ça, c'est leur problème. Mon contrat, il est clair : maintenir Mouscron. On a une belle avance sur Eupen, donc je n'ai jamais eu de raison de paniquer. Je veux que tout le monde accepte de voir les choses en face. Il y a eu tous les blessés, je viens de te le dire. Et cette accumulation de blessures, ce n'est pas ma faute. Il y a des joueurs qui sont arrivés après la préparation, en dernière minute, et en plus de ça, ce ne sont pas des gars qui jouaient beaucoup la saison passée. Regarde leurs statistiques. On a fait venir plus de réservistes que de titulaires, hein. Des joueurs en tests, des gratuits. On n'a pas dépensé un euro. On a même vendu, des titulaires de la saison dernière, Dino Arslanagic et Mickaël Tirpan. Ce n'est pas un reproche à la direction, je connaissais les règles du jeu, je les ai acceptées. Mais dans le staff, on savait qu'on aurait tôt ou tard des problèmes. Tu vas réclamer des nouveaux joueurs en janvier ? REDNIC : Bien sûr. C'est indispensable. La direction le sait. Les joueurs qui ne sont pas intégrés, qui ne jouent pas beaucoup, ils doivent partir. On a besoin de gars qui vont mettre de la concurrence. C'est pour ça, par exemple, que le profil d'Olivier Werner m'intéressait. Logan Bailly est mon numéro 1, c'est clair, mais Werner va lui mettre une nouvelle concurrence. Et au final, c'est toujours le meilleur du moment qui jouera. Votre départ en boulet de canon, il t'a surpris ? REDNIC : Non parce que je savais qu'on avait certaines qualités. Mais, pour tout ce que je viens de te dire, c'était précaire. On avait une bonne équipe quand tout le monde était là mais on est loin d'avoir le noyau d'Ostende, par exemple. Tu as vu leur banc ? Et ils ont payé combien pour un joueur comme Zinho Gano ? Deux millions et demi ? Là-bas, un seul joueur représente près de la moitié du budget de Mouscron ! Ils ont des internationaux, des gars qui gagnent quatre ou cinq fois plus que mes joueurs. Et ça aussi, il faut que tout le monde accepte d'en tenir compte. Qui a marqué le but de notre victoire contre Ostende ? Selim Amallah. La saison passée, il était à Tubize et il n'était même pas toujours titulaire. Malgré tout ça, on continue à regarder vers le haut. Avant le match contre Ostende, j'ai dit à mes joueurs : -Les gars, soit vous regardez vers l'équipe qui a huit points de moins que nous, c'est Eupen, ils sont derniers ; soit vous regardez vers l'équipe qui a huit points de plus, c'est Gand et ils sont quatrièmes. À vous de choisir vos objectifs. Le championnat est encore long et je suis sûr d'une chose : les équipes qui sont devant nous au classement ne sont pas toutes meilleures que nous. On a perdu à Saint-Trond à la 93e minute, on a laissé filer un point contre Malines à la 92e, Genk a égalisé à la 81e, on méritait beaucoup mieux contre Zulte Waregem, l'Antwerp et d'autres. On devrait être plus haut dans le classement. Parce qu'on le mérite. Jonathan Bolingi symbolise la saison de Mouscron. Il mettait tout au fond en début de championnat, puis subitement, plus rien. Il n'a plus marqué depuis fin septembre. REDNIC : Tu sais c'est quoi, son problème ? Il a beaucoup changé depuis qu'il a eu une discussion avec le Standard. Je ne sais pas ce qu'ils lui ont raconté, mais depuis ce jour-là, il n'est plus le même dans sa tête. Maintenant, il a aussi des agents autour de lui. Il ne doit pas oublier que Mouscron lui a tendu la main. Récemment, après le nul à domicile contre Saint-Trond, Jürgen Röber est allé te parler sur le terrain. Il n'avait pas l'air franchement heureux. REDNIC : Je peux accepter qu'on me fasse des reproches, mais faire ça en public juste quand un match se termine, je trouve que ce n'est pas le bon moment... Il y a des tensions ? REDNIC : Jamais. Je donne mon avis, il donne son avis, on discute. Il sait ce que je veux. Vous êtes toujours sur la même longueur d'onde ? REDNIC : On est sur la même longueur d'onde mais je ne sais pas toujours ce que la direction pense. J'espère seulement qu'ils ont le réalisme, la lucidité pour bien juger cette période pendant laquelle on n'a plus gagné. Ils ne doivent pas oublier non plus que quand j'ai commencé à Mouscron, il y a juste un an, l'équipe avait 11 points. On en a maintenant 23. Plus du double. On parle quand même d'un club qui vient de se battre jusqu'au bout pour ne pas descendre, trois saisons de suite. On a dit et écrit que tu étais menacé. REDNIC : Je vais te révéler un scoop ! Depuis le début de la saison, j'ai reçu deux offres de clubs belges qui étaient moins bien classés que Mouscron à ce moment-là. Ils me proposaient trois fois plus d'argent que ce que je gagne ici. Dans les deux cas, j'ai été très clair, directement : -Je ne quitte pas Mouscron. J'ai commencé un travail ici il y a juste un an, j'ai sauvé l'équipe, je veux continuer le boulot. C'est moins stressant que l'année dernière... REDNIC : Mon stress, en début de saison, je le sentais quand je pensais aux blessés qu'on risquait d'avoir. Je priais pour qu'on n'en ait pas trop. J'en parlais avec le docteur, avec le préparateur physique. Ceux qui étaient habitués à être réservistes et qui sont devenus titulaires du jour au lendemain, ils ont claqué. Sans toutes ces blessures, on serait toujours dans le Top 6. Sûr et certain.