"J'ai eu l'air stressé à mes débuts ? Je gigote juste beaucoup. Je ressentirai la pression quand Abbas Bayat me dira que ma place est en jeu ", explique Yannick Ferrera. Le nouveau coach carolo n'a pas su faire grand-chose pour ses débuts en championnat. Son effectif est déforcé et il n'a pas d'attaquant valide. Bison Gnohéré revient de blessure et Mynor Escoe a débarqué il y a seulement une semaine.
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"J'ai eu l'air stressé à mes débuts ? Je gigote juste beaucoup. Je ressentirai la pression quand Abbas Bayat me dira que ma place est en jeu ", explique Yannick Ferrera. Le nouveau coach carolo n'a pas su faire grand-chose pour ses débuts en championnat. Son effectif est déforcé et il n'a pas d'attaquant valide. Bison Gnohéré revient de blessure et Mynor Escoe a débarqué il y a seulement une semaine. " Avec ou sans attaquant, mon rôle sera de réussir à faire marquer des buts à mon équipe ", poursuit-il. " Du haut de mes 31 ans, je n'ai strictement rien exigé. J'ai pointé certains manquements que j'aimerais voir comblés, mais c'est Abbas Bayat qui a le dernier mot. Puis, je pense que je peux déjà faire quelque chose avec ce que j'ai sous la main. On manque d'expérience, c'est clair. Mes kets, avec de l'envie et du travail, dépasseront peut-être les vieux roublards. Certains vont très rapidement s'ériger en leaders. "C'est seulement deux semaines avant le début du championnat que Ferrera a pris la place vacante d'entraîneur au Mambourg. Par facilité financière ou par défi, personne ne connaît réellement les raisons pour lesquelles le choix s'est porté sur un entraîneur inexpérimenté. Certains disent que Bayat s'est frotté les mains au vu du salaire de misère et du contrat à durée indéterminée offert à son coach. " Je n'ai aucune idée des conditions d'engagement de Yannick Ferrera ", commente Mario Notaro, son assistant. Hésitant, il pense que la jeunesse et les idées du neveu de Manu et d' Emilio ont joué en sa faveur. C'est en tout cas le message que le club et son directeur général, Mehdi Bayat, souhaitent faire passer : " Yannick a de l'ambition. Il a faim et possède la flamme que certains coaches plus âgés ont perdue. Sa fougue sera encadrée par l'expérience de Luka Peruzovic. " " J'ai voulu relever un défi en tant que coach et Charleroi a été assez ambitieux pour me lancer ", lâche Yannick d'une voix enjouée. " J'ai rongé mon frein à Al-Shabab. Je n'ai jamais voulu qu'une seule chose : être entraîneur et plus scout. C'est vraiment frustrant de sentir que je sais apporter certaines choses. Mais la hiérarchie est ainsi faite. Si les idées et les discours ont toujours été là, j'ai dû les refouler. J'ai beaucoup appris en Arabie Saoudite où la vie est détestable. Quand Abbas Bayat m'a engagé, je me suis assis sur un putain de contrat qui portait sur 4 ans. Je ne souhaitais plus être un simple analyste. J'ai voulu voir plus haut, viser la lune. "Même s'il s'est senti trop confiné dans un rôle de l'ombre, ses années passées à Gand et en Arabie Saoudite n'ont pu être que bénéfiques pour l'apprenti coach. " Son job d'analyste lui a fait découvrir beaucoup de choses. Le fait d'avoir côtoyé d'excellents T1 l'aidera à évoluer en tant qu'entraîneur principal ", explique Marc Marchal, coordinateur de l'école fédérale des entraîneurs. Il a connu Yannick lorsque ce dernier y enseignait. C'est d'ailleurs lui qui a décidé d'en faire l'un de ses professeurs. Un choix dont il se vante encore aujourd'hui. Dès les premières minutes de championnat, Charleroi a impressionné par son jeu court, basé sur la construction et sur les combinaisons. " Notre tactique à l'espagnole, sans aucun attaquant spécifique, nous a coûté pas mal d'énergie et l'apport de Bison Gnohéré s'est fait sentir ", expose Ferrera. " Il faudra réussir à être très solide derrière. Ensuite, on construira le jeu en gardant le ballon. Nous n'avons pas de joueurs taillés pour balancer de longs ballons. De toute manière, ce n'est pas trop ma tasse de thé. " Ni celle de ses joueurs qui se réjouissent de l'arrivée d'un coach doté d'une philosophie basée sur un football positif. On le dit également fin tacticien. " C'est clair qu'il a un certain sens tactique, mais c'est encore trop tôt pour mettre un nom sur son approche ", explique Notaro. Quoi qu'il en soit, Yannick Ferrera ne se basera pas sur un schéma de jeu fixe. Il s'explique : " Je sais que ça fait bateau de dire ça, mais c'est la vérité : je n'aurai pas de carcan pour mes joueurs. Je veux proposer un football positif et de qualité. J'ai quelques principes simples pour chaque poste. Si mes joueurs les suivent à la lettre, ma philosophie de jeu sera respectée. "Ferrera n'a pas compté ses heures pour tenter de mettre en place une équipe et un jeu capables de tenir la route dès les premières rencontres. " Il ne laisse rien au hasard, c'est un vrai pro. Tout ce qu'il fait est parfaitement calculé. Il fait attention au moindre détail ", remarque Marchal. A force d'observer les plus grands entraîneurs de la planète foot, Ferrera a réussi à faire passer son message auprès de l'effectif. " Je m'exprime toujours avec mon c£ur et mes tripes ", s'enorgueillit-il. " Je n'hésite pas à stopper l'entraînement pour parler trois minutes à mes joueurs. Je suis parfois grossier pour qu'ils se bougent le cul sur le terrain. "Avant les premiers matchs, il leur a montré des vidéos du Barça et de leur match face à Trabzonspor pour prouver à ses joueurs qu'ils possèdent des qualités. " Nous sommes arrivés sur-boostés sur le terrain ", confie Hervé Kagé. " En plus des images, le coach nous a bien fait comprendre que les gens nous prenaient pour des moins que rien. Il nous a demandé de la fermer et de prouver notre talent sur le terrain. " Si son discours passe aussi bien, c'est également dû à son jeune âge. Ferrera se veut proche de ses joueurs. " Il sait également se faire respecter par le groupe, ce n'est pas parce qu'il est jeune qu'il n'est pas capable de s'imposer ", affirme fermement Notaro. " Je suis encore un gamin. J'ai le même âge que mes joueurs et les mêmes centres d'intérêt ", explique Yannick. " Par exemple, le jour des photos officielles, nous nous sommes tous marrés, car l'équipe a fredonné l'air de Super Mario lorsque Mario Notaro s'est fait tirer le portrait. Je trouve ça génial de pouvoir avoir une ambiance pareille dans un groupe. On est tous sur un pied d'égalité, tels des amis, mais ils savent que sur le terrain ils doivent tout donner. Après le boulot, ils font ce qu'ils veulent. Je trouve ça normal qu'après le match ou l'entraînement je puisse aller boire un verre avec l'équipe. Je ne veux pas coller à l'image du coach-dictateur. Si je me plante, on dira de moi que je n'avais pas de poigne vis-à-vis de mon équipe. Si je réussis, on dira que mon approche est intéressante. "Malgré des qualités intrinsèques notables, son âge fait jaser dans le monde du football. Aura-t-il, à 31 ans, l'expérience nécessaire pour mener une équipe jusqu'au maintien ? Beaucoup pensent qu'il court à l'échec. Dans le groupe comme dans le staff, on a confiance en ses capacités. Mario Notaro : " À partir du moment où ses idées sont là et qu'il possède une ligne de conduite qui est respectée de tous, on peut mettre de côté la question de l'âge. Yannick a de bons concepts de coaching et il est intelligent ". Il faudra dès lors que son message passe et qu'il dispense des entraînements pouvant remédier aux lacunes pointées à l'analyse. Chaque mouvement réalisé en préparation est utile en compétition. Il en faudra certainement plus pour sauver un Charleroi qui risque de rapidement battre de l'aile. " Je n'ai pas peur ", répond Ferrera. " Je ne m'imagine pas une seconde de rater. J'ai tout à gagner sur le plan sportif et personnel. Je suis inexpérimenté et Charleroi n'est, de réputation, pas une équipe simple à gérer. Si je sauve le club, je deviens un héros et si je perds, tout le monde trouvera cela logique. "PAR ROMAIN VAN DER PLUYM - PHOTO: IMAGEGLOBE" Il nous a demandé de la fermer et de prouver notre talent sur le terrain. " Hervé Kagé