E mile Mpenza a lâché sa bombe de la victoire juste avant le coup de sifflet final d'un Charleroi-Standard (0-1) électrique, engagé, passionné, qui fait encore couler beaucoup d'encre.
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E mile Mpenza a lâché sa bombe de la victoire juste avant le coup de sifflet final d'un Charleroi-Standard (0-1) électrique, engagé, passionné, qui fait encore couler beaucoup d'encre. Le lendemain, après six minutes de jeu à peine, son frère, Mbo, força un penalty transformé par Steve Dugardein, premier fait d'un GBA-Mouscron (2-2) de facture intéressante mais qui ressembla parfois à un match de water-polo tant le ciel arrosa la pelouse du Kiel. Les frérots ne sont donc pas passés inaperçus même s'ils ne signèrent pas, loin s'en faut, leur meilleur match de la saison. Mais, dans leur cas, un seul coup d'éclat suffit parfois à faire la différence. Georges Leekens hésita longtemps avant de coucher le nom de Mbo Mpenza sur la feuille d'arbitre. Sa flèche noire ne s'entraîne quasiment pas depuis des semaines en raison de problèmes à la cheville et aux genoux. Long Couteau mesure cependant mieux que personne que Mbo Mpenza représente une grande partie de l'arsenal offensif de l'Excel, même s'il serait injuste de négliger la puissance de plus en plus affirmée de Luigi Pieroni (magnifique but de la tête sur un centre diablement précis de Christophe Grégoire) et les mouvements d'ensemble d'une équipe athlétique et bien organisée. " Mais la seule présence de Mbo Mpenza est une source de soucis pour le coach adverse ", souligne Marc Brijs, l'entraîneur du GBA. " Il est à la fois un homme de finition, qui peut griller toute une défense, un relais et un point d'appui pour sa ligne médiane et le deuxième attaquant de son équipe ". Le marais anversois empêcha probablement Mbo Mpenza de dérouler sa foulée. Pour y arriver, le buteur des Hurlus aurait dû chausser des palmes tant la balle était freinée par des flaques d'eau. Georges Leekens le garda sur la pelouse durant 63 minutes avant de procéder à son remplacement par Julien Catrain. Le GBA venait d'égaliser en deux minutes par Kristof Snelders et Carl Hoefkens sur un penalty qui entraîna l'exclusion de Geoffrey Claeys et le coach mouscronnois prit des mesures défensives afin d'éteindre l'incendie. " Il était imprudent de ma part de maintenir Mbo aussi longtemps au jeu vu son état physique ", avança-t-il à l'issue de la rencontre. Au repos, Georges Leekens estimait certainement que le GB A se lancerait dans un baroud d'honneur et libérerait des espaces, de quoi permettre à Mbo de décrocher de l'or sur 100 mètres au stade olympique anversois. L'état du terrain et un bon GB A en décidèrent autrement. En conclusion : prestation courageuse et moyenne de Mbo Mpenza, mais suffisante pour apporter la différence en début de match. A Charleroi, Emile Mpenza a sauvé son match sur la ligne d'arrivée, émergeant de la mêlée comme... Roger Claessen. Sa tête victorieuse suscita la frustration compréhensible de Zèbres qui méritaient un point. L'envolée d'Emile vaudra probablement son pesant d'or au moment du décompte final. Pourtant, avant cette conclusion sensationnelle, Emile n'avait pas été à la fête. Il fut quasiment invisible durant la première mi-temps. Mbo aurait téléphoné à son frère trois heures avant le début du match pour lui dire : " Attention, Charleroi joue très dur ". Est-ce que cela a joué dans son approche mentale de la rencontre ? Se souvenait-il de Mohamed Lashaf séché le 29 septembre 1991 (" A 21 h 06 très précisément. ", nous a-t-il dit) par Atty Affo, tour défensive d'un Charleroi coaché par Georges Heylens ? La fracture de la jambe signifia la fin de carrière de Momo qui, à 21 ans, s'attendait à un avenir rose. Douze ans plus tard, le Montois joue en P2, à Frameries, et entraîne un club de mini-football (Boussu, D3 nationale) : la gloire et l'argent sont passés sous le nez de Momo... dont le premier club fut le même que celui des Mpenza : Mesvin. A Charleroi, Emile a-t-il été impressionné par le rapide remplacement de GonzagueVandooren et d' Aliyu Datti ? N'en a-t-il pas vu d'autres en Allemagne ? " On ne l'a pas vu car il a eu peur pour sa santé... ", affirma Dominique D'Onofrio au cours d'une conférence de presse des coaches de très haut vol (la meilleure de la saison) avec des échanges au couteau entre deux coaches encore marqués par les événements de la fin de match. " J'ai perdu beaucoup de joueurs à Charleroi (Gonzague Vandooren, Aliyu Datti, RobertoBisconti, Onder Turaci) où j'ai dû faire appel très vite à mon banc ", continua-t-il. " J'espère les récupérer au plus vite mais je n'en suis pas sûr. Nous avons heureusement pu terminer le match à 11. Au repos, Onder Turaci avait demandé son remplacement. Je lui ai demandé de continuer. Il l'a fait, je l'en félicite. Après la pause, le Standard a subi les événements et la pression physique imposée par Charleroi. En fin de match, le hasard a choisi le Standard. Un match dure 90 minutes et Emile a fait la différence ". Robert Waseige prit la balle au bond. " L'arbitre avait annoncé quatre minutes de temps additionnel. Il a ajouté 13 secondes, 13 secondes de trop. Si on continue à être arbitrés par des belettes, ce sera difficile. Cet infini respect des hommes en noir pour les plus puissants est enrageant. Charleroi a disputé un match engagé contre le top de la D1. Nous avons bousculé un Standard au mieux de sa forme, sans être trop agressifs. Il nous a manqué un peu d'efficacité à la conclusion. Je félicite, entre autres, IbrahimKargbo, excellent dans ses duels avec Emile Mpenza, surtout à l'interception. Maintenant, si Emile se plaint, c'est qu'il y a un problème. Face à nous, à Mouscron, son frère, Mbo, avait, lui, su griller ses gardes du corps ". Une remarque très intéressante et à glisser dans un débat à la page : qui d'Emile ou de Mbo est le meilleur ? Au vu des deux matches du dernier week-end, la balance penche légèrement en faveur d'Emile suite à son exploit de la fin de match. En 1996, la différence entre Emile et Mbo était nette. Même si ce dernier avait signé 12 buts pour ses débuts en D1, il était généralement considéré comme un futur bon joueur belge, sans plus. Mbo était le frère de l'autre, presque le faire-valoir du phénoménal Emile qui, avec sa vitesse, suscitait la sensation, au point d'attirer le regard des plus grands clubs étrangers. La presse sportive internationale s'intéressait à Emile, moins à Mbo. La tendance fut plus ou moins la même au Standard, même si Mbo effaçait petit à petit son retard par rapport à Emile, en démontrant par exemple une lecture du jeu plus complète que celle de son frère. Mbo pouvait être aligné à gauche, au poste d'attaquant en retrait, sur le flanc droit, etc. Mûrissait-il plus à l'aise alors que la pression s'exerçait plus sur les épaules d'Emile ? Peut-être quand on sait que la presse people s'intéressa à ses aventures sentimentales. Mbo, lui, n'avait pas de Miss Belgique dans les pattes. Mais pouvaient-ils se passer l'un de l'autre, vivre leur propre carrière sans tenir compte du frangin ? Mbo a toujours répondu par l'affirmative à cette question. La séparation a pourtant été plus intéressante pour Emile que Mbo. Ce dernier s'est un peu perdu au Sporting de Lisbonne avant de perdre son temps à Galatasaray. L'étranger fut un échec pour lui. Pas pour Emile. Protégé par Marc Wilmots, il est devenu une star de Schalke 04 et de la Bundesliga avant de connaître le mal du pays et de vivre des problèmes relationnels avec le manager du vieux club de la Ruhr. Ces événements ont-ils été utiles dans le film de leur carrière ? Georges Leekens répond par l'affirmative. Roberto Bisconti aussi. Le Standardman était à Sclessin quand Emile y débarqua pour la première fois. Il y était aussi au moment de son retour après le début de cette saison. " Emile a indiscutablement tiré un grand profit de son passage à Schalke 04 ", souligne-t-il. " Il y a au moins progressé de 30 %, et ce n'est pas fini. En Allemagne, il a multiplié les matches au sommet. Les stades bien remplis ne l'impressionnent plus. Quand il a été transféré de Mouscron au Standard, il y a eu du pétard entre les deux clubs, un procès. Emile et son frère devaient justifier les tonnes de compliments tressés à leur égard. Emile était stressé, surtout lors des grands matches, et cela se traduisait par trop de raids, un style épuisant. Il galopait partout sans réfléchir. La poisse lui a aussi joué de vilains tours. Ce n'est plus le même aujourd'hui. Le mariage lui a fait du bien. Sa femme, Nathalie, assume un rôle important en replaçant le football au centre de sa vie. Quand on est célibataire, l'existence est parfois plus chahutée. Mbo a toujours été très stable et réfléchi. Sur le terrain, il n'est plus simplement un joueur de ruptures ou un sprinter. Emile est capable de faire la différence à chaque instant mais il pense aussi à l'équipe. Il se retourne, joue plus qu'avant dos au but adverse, propose des solutions. Il est donc plus difficile à neutraliser que dans le passé car il est infiniment plus complet. Il réfléchit sur un terrain et, quand c'est plus dur que prévu, il attend son heure, comme un oiseau de proie qui prend le temps qu'il faut à la chasse. C'est un plaisir de jouer avec lui. J'adore Mbo aussi. Il a plus de technique. Emile reste plus explosif. Difficile de dire qui est le meilleur des deux. Moi, j'aimerais les revoir à l'£uvre ensemble. Mbo est cité à Anderlecht et à Bruges. Je l'ai dit à Dominique D'Onofrio : le Standard doit faire le maximum pour le faire revenir dès le mercato d'hiver. S'il partait ailleurs, j'en serais malade. Avec Emile et Mbo, le Standard pourrait dominer le championnat de Belgique durant des années et, surtout, jouer un rôle important en Ligue des Champions. J'en suis sûr ". Mais Mbo n'est-il pas plus important pour l'Excelsior qu'Emile ne l'est au Standard ? " Si on pose le débat de cette façon, je suis affirmatif : l'Excel dépend quasiment de Mbo ", avance Roberto Bisconti. " Au Standard, on peut gagner avec et sans Emile. Nerveusement, c'est quand même moins usant pour un joueur. Si Emile ne joue pas, ou s'il est bloqué sur la pelouse, Dominique D'Onofrio peut avancer SambegouBangoura, Alexandros Kaklamanos, Aliyu Datti, Moreira, etc. Emile évolue donc dans des conditions plus favorables que Mbo. Celui-ci a rapidement été plus mature qu'Emile. Cela lui a permis de résorber son retard. Je suis incapable de choisir entre les deux : je prends Emile et Mbo ". Si Mbo a rejoint Emile dans son développement sportif, il le doit à Georges Leekens mais aussi à Robert Waseige. Emile avait un peu déçu lors de la phase finale de l'EURO 2000. Son but signé face à la Suède constitua, en fait, sa seule véritable action d'éclat. Un peu maigre. Lors de la Coupe du Monde 2002, Mbo a acquis un autre statut, démontra ses qualités de joueur complet. Robert Waseige l'aligna sur le flanc droit face au Brésil. Il y fut superbe et l'ancien coach fédéral n'hésita pas à dire : " Mbo a approché des étoiles ". Une belle image. Signifiait-elle que Mbo avait dépassé Emile? Et le jeu des comparaisons entre frères ? Devait-il rester à droite pour qu'on ne lui parle plus sans cesse de son frangin ? Non. Sa maturité faisait en tout cas la différence. En faveur de Mbo alors qu'Emile était blessé. Ce calme est un atout, surtout aux yeux des clubs qui consacreront une fortune pour l'acheter. Avec lui, le placement est quasiment une garantie de bons rapports. Avec Emile, on ne le sait pas encore. Mbo a déjà franchi la phase de confirmation dans le sérieux et le professionnalisme, Emile vient d'entamer ce processus. Olivier Besengez peut glisser son grain de sable dans la discussion car il connaît les Mpenza. Le fidèle Hurlu était déjà là quand le célèbre duo débarqua au Canonnier en provenance de Courtrai. " Mbo est le meilleur attaquant de D1 ", affirme-t-il. " Dans les duels d'homme à homme face à un gardien de but, on ne fait pas mieux que lui en Belgique. Mbo garde son calme, peut alors émerger en vitesse ou en finesse. Même s'il progresse dans le geste final, Emile a toujours été un finisseur plus fébrile que son frère. Dans ce cas de figure, Mbo est plus fort qu'Emile, qui conclut moins clairement ou sereinement que son frère. Mbo est plus complet. Je ne prétends pas qu'il marquera 25 buts chaque saison mais il pèse, bloque plusieurs défenseurs adverses, crée de l'espace au profit des autres. Emile va vite et base son jeu sur cet atout. Mbo est également explosif, surtout dans les premiers mètres où il crée une différence qu'on ne lui reprend pas. Dans sa globalité de joueur, il est un cran au-dessus de tout le monde en Belgique. Mbo, Emile et Aruna Dindane sont le top du top en Belgique. Mbo a évidemment progressé à l'étranger. Emile aussi. Le rêve de tout entraîneur est de reconstituer le duo magique. Mbo est décisif, vital pour l'Excel. On ne peut pas se passer de lui. Emile est important au Standard mais pas dans les mêmes proportions que Mbo à Mouscron car l'effectif y est effectivement plus complet et varié ". L'un et l'autre sont de véritables cauchemars pour les entraîneurs adverses. " Ce sont deux attaquants somptueux ", analyse Emilio Ferrera, le coach du Lierse. " Tous deux permettent à leur équipe de bien jouer en ne présentant pas des masses d'attaquants dans le rectangle adverse. Mbo et Emile ne forment pas à eux seuls la ligne d'attaque à Mouscron ou au Standard. Ce serait exagéré, ou utopique, mais cela y ressemble. J'ai été épaté par la transformation mentale d'Emile. Quand il est revenu d'Allemagne, il aurait pu s'en prendre à Schalke 04 et à son manager, Rudi Assauer. C'était le plus facile et cela n'aurait mené à rien. En réalité, il a déclaré tout de suite que son désir était de s'entraîner autrement, de travailler ses imperfections, de comprendre pourquoi il avait été aussi souvent blessé en Allemagne. C'était une bonne réflexion, la preuve qu'il cherchait la raison de ses échecs chez lui. Quand on en arrive à cela, c'est la preuve qu'on est prêt pour le grand travail. Emile a évolué dans sa tête. Mbo, lui, a progressé dans son jeu. Je l'ai vu à l'action sur le flanc droit face au Brésil. Il fut brillant ce soir-là mais il reste, selon moi, un attaquant de pointe. Emile en pointe, Mbo en léger décrochage, c'est l'idéal. Ils sont tous les deux capitaux. Mais il est un fait qu'il y avait un Standard avant Emile et un Standard infiniment plus fort avec Emile. Il n'y a pas photo entre les deux époques, au c£ur d'une même saison, tant son apport est important. Si je devais choisir entre Emile et Mbo, je ferais presque confiance au hasard. Ils sont aussi décisifs l'un que l'autre, complémentaires, donc différents et difficiles à comparer ". La Belgique redeviendra bientôt trop petite pour Emile et Mbo. Mais ne commettraient-ils pas une erreur en repartant vite à l'étranger ? La Belgique n'est-elle pas finalement leur scène idéale comme le prouve leur renouveau après leurs hauts et leurs bas à l'étranger ? " Mbo parle souvent de l'Angleterre ", dit Emilio Ferrera. " Quand je vois que Tomasz Radzinski réussit à Everton, je me dis qu'il a tout, lui aussi, pour s'imposer en Premier League ". Emile ou Mbo ? Qui est meilleur ? Qui est le plus important ? Qui réussira le plus beau trajet ? Qui vaut le plus sur le marché international des transferts ? Emile a indiscutablement toujours eu une plus grosse cote à l'étranger. Il a souvent brillé à Schalke, cela compte, et le Standard est plus suivi que Mouscron. Fait intéressant (en plus de nos statistiques) : Mbo a joué 36 fois en équipe nationale mais n'a jamais marqué pour les Diables Rouges. Emile compte 41 sélections et... 14 buts. S'ils sont assez proches l'un de l'autre en championnat, la différence de productivité en équipe nationale est énorme. On le sait à l'étranger. La vitesse d'Emile fait encore rêver les grands clubs. S'il confirme au Standard, il vaudra 7.500.000 euros, comme Aruna Dindane. Mbo, plus âgé, devrait partir pour moins de 2.500.000 euros. Faut-il les opposer comme Caïn et Abel pour répondre à la question ? Le marché a fait son choix en faveur d'Emile. Mais est-ce nécessairement le meilleur ? L'histoire jugera. Pierre Bilic" Il y avait un Standard avant Emile et un Standard infiniment plus fort avec Emile " (Emilio Ferrera) " Mbo est le meilleur attaquant de D1 " (Olivier Besengez)