1. Une nouvelle race de défenseurs latéraux.

La notion de football total a été popularisée lors de l'éclosion internationale de l'Ajax et de ses défenseurs latéraux qui se sont souvent distingués par leurs raids, leurs centres, leurs présences dans le camp adverse. Ils se souciaient plus de leurs missions offensives que de leurs tâches défensives. Ce fut encore le cas, au stade précédent de la Ligue des Champions, avec Roberto Carlos et Michel Salgado (au Real Madrid) ou via Juliano Belleti et Giovanni Van Bronckhort (au FC Barcelone). Cette tendance s'est inversée de façon significative : les ténors misent désormais sur des défenseurs latéraux se concentrant exclusivement sur leur travail de récupération du ballon. Dès que c'est fait, ils cèdent la balle aux médians, déposit...

La notion de football total a été popularisée lors de l'éclosion internationale de l'Ajax et de ses défenseurs latéraux qui se sont souvent distingués par leurs raids, leurs centres, leurs présences dans le camp adverse. Ils se souciaient plus de leurs missions offensives que de leurs tâches défensives. Ce fut encore le cas, au stade précédent de la Ligue des Champions, avec Roberto Carlos et Michel Salgado (au Real Madrid) ou via Juliano Belleti et Giovanni Van Bronckhort (au FC Barcelone). Cette tendance s'est inversée de façon significative : les ténors misent désormais sur des défenseurs latéraux se concentrant exclusivement sur leur travail de récupération du ballon. Dès que c'est fait, ils cèdent la balle aux médians, dépositaires du style de jeu de leur formation. Il s'agit d'un retour, dans leur cas, vers une philosophie assez prudente, plus conservatrice peut-on même dire. Les exemples sont significatifs. Il en va ainsi à Liverpool qui a installé Steve Finnan à droite et Djimi Traoré à gauche. Ils ne quittent guère leur zone d'influence. La Juventus procède de la même façon avec Jonathan Zebina à droite et Gianluca Zambrotta de l'autre côté. Quant à Chelsea, on notera, dans le même registre, la présence prudente de William Gallas à gauche et celle, tout aussi essentiellement défensive, de Glen Johnson à droite. Ce n'est plus un hasard : nous assistons à la naissance d'une nouvelle race de défenseurs latéraux. Plus la Ligue des Champions progresse vers son terme, plus les gardiens de but sont fébriles. Au stade des quarts de finale aller, tout le monde aura noté le nombre de buts encaissés par des derniers remparts réputés pour leur quasi-invincibilité ou presque. Petr Ceh ne nous avait pas habitués à ce manque de sérénité dans la cage de Chelsea, notamment sur le premier but du Bayern. Le portier bavarois, Oliver Kahn, s'est retourné à quatre reprises à Londres : c'est beaucoup. Grégory Coupet peut s'en vouloir sur le but qui a entraîné l'égalisation du PSV Eindhoven à Lyon. Et on peut en dire de même en ce qui concerne l'erreur du jeune Scott Carson, de Liverpool, sur le but signé par la Juventus à Anfield Road. Je me demande s'il n' y a pas un problème au niveau de la préparation et de l'entraînement des gardiens. Leur rôle a énormément évolué ces dernières années. Les joueurs de champ n'ont pas dû assimiler autant de changements qu'eux. Or, si les méthodes d'entraînement ont beaucoup évolué pour les joueurs, en va-t-il de même pour les gardiens ? Je constate qu'on les bombarde parfois à la fin d'un entraînement. En quelques minutes, ils doivent négocier 50 ballons, autant qu'en un demi-championnat. Je ne dis pas que c'est mauvais mais ne doivent-ils pas, aussi, examiner des cassettes vidéo consacrées aux adversaires, moderniser leur préparation mentale d'un match afin de ne pas stresser face à des exigences de plus en plus importantes ? Le médian de Chelsea et son compère de Liverpool ont le même vécu et se sont nourris des valeurs du football anglais. Frank Lampard et Steve Gerrard font partie de la même génération, sont désormais des membres éminents de la Premier League, du football international, etc. Ils gravitent dans le même secteur du terrain, sont si british mais si différents. A mon avis, Lampard est taillé pour le jeu en contres de Chelsea et le championnat anglais. Il brille dans une équipe, qui cherche avant tout la verticalité. Je ne le verrais pas à son avantage dans un championnat étranger où les clubs ont comme principal souci de contrôler la circulation de la balle. Gerrard, par contre, est très à l'aise en possession de la sphère, exhibe une technique qui lui permettrait de s'imposer en Espagne. Pierre Bilic